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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2202543

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2202543

mardi 6 août 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2202543
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantQUENNEHEN-TOURBIER

Résumé IA

Le Tribunal Administratif d'Amiens a rejeté la requête de M. B, qui contestait le refus de la chambre de métiers et de l'artisanat de la région Hauts-de-France de lui délivrer une attestation de reconnaissance de sa qualification professionnelle de plombier-chauffagiste acquise au Royaume-Uni. Le requérant soutenait que sa demande, déposée avant la fin de la période de transition fixée par l'accord de retrait du Royaume-Uni de l'Union européenne, aurait dû être examinée selon les règles applicables aux États membres. Le tribunal a jugé que les moyens soulevés, tirés d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation, n'étaient pas fondés. La décision s'appuie notamment sur l'accord de retrait du 17 octobre 2019, la directive 2005/36/CE, et le décret n°98-246 du 2 avril 1998.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 1er août 2022 et 23 mai 2023, M. C B, représenté par Me Tourbier, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 19 août 2021 par laquelle le président de la chambre de métiers et de l'artisanat de la région Hauts-de-France a refusé de lui délivrer une attestation de reconnaissance de sa qualification professionnelle de plombier-chauffagiste, ensemble la décision du 20 juillet 2022 rejetant le recours gracieux formé contre cette décision ;

2°) d'enjoindre à la chambre de métiers et de l'artisanat de la région Hauts-de-France de prendre en charge l'étude de sa demande de reconnaissance de qualification professionnelle dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de la chambre de métiers et de l'artisanat de la région Hauts-de-France la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit, dès lors qu'il a déposé un dossier de demande de reconnaissance professionnelle auprès de la chambre des métiers et de l'artisanat avant le 31 décembre 2020, fin de la période de transition fixée par l'accord de retrait du Royaume-Uni de l'Union européenne, ce qui aurait dû conduire la chambre à lui appliquer les dispositions applicables aux Etats membres de l'Union européenne, comme prévu par cet accord ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors qu'il remplit les conditions pour obtenir la reconnaissance de sa qualification professionnelle du fait de son activité de plomberie-chauffage-ventilation exercée au Royaume-Uni.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 17 février 2023 et 6 juillet 2023, la chambre de métiers et de l'artisanat de la région Hauts-de-France, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge du requérant la somme de 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

M. B n'a pas été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle par une décision du 21 septembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord 2019/C384 I/01 du 17 octobre 2019 sur le retrait du Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande du Nord de l'Union européenne et de la Communauté européenne de l'énergie atomique ;

- la directive 2005/36/CE du Parlement européen et du Conseil du 7 décembre 2005 relative à la reconnaissance des qualifications professionnelles ;

- le décret n°98-246 du 2 avril 1998 ;

- l'arrêté du 28 octobre 2009 relatif à la présentation de la déclaration et des demandes prévues par le décret n° 98-246 du 2 avril 1998 et le titre Ier du décret n° 98-247 du 2 avril 1998 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Fumagalli, conseiller,

- les conclusions de Mme Minet, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B a déposé une demande d'attestation de qualification professionnelle tendant à faire reconnaître en France son expérience acquise en tant que plombier-chauffagiste au Royaume-Uni. Par une décision du 19 août 2021, la chambre de métiers et de l'artisanat des Hauts-de-France a refusé de faire droit à sa demande. M. B a formé un recours gracieux contre cette décision le 28 avril 2022, qui a été explicitement rejeté par une décision du 20 juillet 2022. Le requérant doit être regardé comme demandant au tribunal l'annulation de ces deux décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 1er du décret du 2 avril 1998 relatif à la qualification professionnelle, alors en vigueur : " I. - Les personnes qui exercent un métier ou une partie d'activité relevant de l'une des activités mentionnées aux neuf premiers alinéas du I de l'article 16 de la loi du 5 juillet 1996 susvisée () doivent être titulaires d'un certificat d'aptitude professionnelle, d'un brevet d'études professionnelles ou d'un diplôme ou titre de niveau égal ou supérieur homologué ou enregistré lors de sa délivrance au répertoire national des certifications professionnelles institué par l'article L. 6113-1 du code du travail. / Ces diplômes ou titres doivent attester d'une qualification dans le métier ou dans la partie d'activité en cause. / A défaut de diplômes ou de titres mentionnés aux alinéas précédents, ces personnes doivent justifier d'une expérience professionnelle de trois années effectives sur le territoire de l'Union européenne ou un autre Etat partie à l'accord sur l'Espace économique européen acquise en qualité de dirigeant d'entreprise, de travailleur indépendant ou de salarié dans l'exercice du métier ou de la partie d'activité en cause. / Les personnes mentionnées au troisième alinéa peuvent obtenir la délivrance d'une attestation de qualification professionnelle par la chambre de métiers et de l'artisanat compétente (), selon les modalités prévues aux deuxième à quatrième alinéas du I bis et aux premier, deuxième et quatrième alinéas du II de l'article 3-1. () ". Aux termes de l'article 3-1 de ce décret, dans sa rédaction alors en vigueur : " I. - Lorsqu'il ne remplit pas les conditions prévues à l'article 1er, le ressortissant d'un Etat, membre ou partie, qui souhaite exercer ou contrôler de manière effective et permanente un métier relevant de l'une des activités mentionnées au I de l'article 16 de la loi du 5 juillet 1996 susvisée ou une partie de ces activités doit préalablement demander la reconnaissance de ses qualifications professionnelles selon les modalités prévues au présent article et à l'article 3-2./ I bis. - La demande de reconnaissance de qualification professionnelle est adressée à la chambre de métiers et de l'artisanat compétente dans le ressort de laquelle le ressortissant d'un Etat, membre ou partie, souhaite exercer. / La chambre délivre un récépissé qui mentionne la date de réception de la demande complète dans un délai d'un mois à compter de sa réception. /En cas de demande incomplète, elle notifie au demandeur la liste des pièces manquantes dans un délai de quinze jours à compter de la réception de celle-ci et délivre le récépissé mentionné à l'alinéa précédent dès que le dossier est complet. () ".

3. Aux termes de l'article 1er de l'arrêté susvisé du 28 octobre 2009 : " Sont soumises aux conditions prévues par le présent arrêté : 1° Les demandes d'attestation de qualification professionnelle prévues par les articles 1er et 2-1 du décret n° 98-246 du 2 avril 1998 susvisé ;

2° La déclaration prévue par l'article 2 du même décret ; 3° Les demandes de reconnaissance des qualifications professionnelles prévues aux articles 3-1 et 3-3 du même décret () ". Aux termes de l'article 2 du même arrêté : " () II.-La déclaration et les demandes mentionnées à l'article 1er sont accompagnées des documents suivants : () 3° La ou les pièces permettant de justifier de la qualification professionnelle du déclarant ou du demandeur et figurant dans la liste suivante : a) Diplôme, titre ou certificat ; b) Attestation de compétence ; c) Pour les demandes fondées même partiellement sur une expérience professionnelle : attestation portant sur la nature et la durée de l'activité délivrée par l'autorité ou l'organisme compétent de l'Etat membre ou partie à l'accord sur l'Espace économique européen dans lequel l'expérience a été effectuée ou tous documents attestant de l'expérience professionnelle () ".

4. Aux termes de l'article 28 de l'accord susvisé du 17 octobre 2019 sur le retrait du Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande du Nord de l'Union européenne et de la Communauté européenne de l'énergie atomique : " L'Article 4, l'Article 4 quinquies en ce qui concerne la reconnaissance des qualifications professionnelles aux fins d'établissement, l'Article 4 septies et le titre III de la directive 2005/36/CE, l'Article 10, paragraphes 1, 3 et 4, de la directive 98/5/CE, l'Article 14 de la directive 2006/43/CE et la directive 74/556/CEE s'appliquent à l'examen, par une autorité compétente de l'État d'accueil ou de l'État de travail, de toute demande de reconnaissance des qualifications professionnelles introduite avant la fin de la période de transition par des citoyens de l'Union ou des ressortissants du Royaume-Uni et en ce qui concerne la décision relative à une telle demande. Les Articles 4 bis, 4 ter et 4 sexies de la directive 2005/36/CE s'appliquent également dans la mesure nécessaire à l'accomplissement des procédures de reconnaissance des qualifications professionnelles aux fins d'établissement au titre de l'Article 4 quinquies de ladite directive. " Aux termes de l'article 126 de ce même accord, la période de transition " commence à la date d'entrée en vigueur du présent accord et se termine le 31 décembre 2020 ".

5. Il ressort des pièces du dossier que M. B a contacté la chambre des métiers et de l'artisanat de la région Hauts-de-France qui lui a demandé, par un courrier électronique du 16 décembre 2020, de compléter son dossier en fournissant un document établissant la nature de l'activité professionnelle qu'il avait exercée au Royaume-Uni, demande à laquelle le requérant n'a pas donné suite. Par conséquent, M. B ne peut être regardé comme ayant déposé une demande complète d'attestation de qualification professionnelle avant le 31 décembre 2020, soit la fin de période de transition prévue par les stipulations citées au point précédent. Si l'intéressé a formé une nouvelle demande le 19 juillet 2021 en se prévalant d'un diplôme britannique et d'une expérience de plus de trois ans dans l'activité en cause au Royaume-Uni, le requérant ne pouvait plus à cette date se prévaloir des dispositions transitoires prévues par l'accord de retrait entre l'Union européenne et le Royaume-Uni citées au point 4, dès lors que la période de transition prévue par l'accord de retrait avait pris fin. Par suite, c'est sans commettre d'erreur de droit que la chambre des métiers et de l'artisanat a refusé d'appliquer l'article 28 de l'accord de retrait à sa demande. Le moyen afférent doit être écarté.

6. En second lieu, compte tenu de ce qui a été exposé au point précédent, le requérant ne peut utilement soutenir qu'il remplissait, du fait de son expérience professionnelle au Royaume-Uni, la condition d'expérience professionnelle dans l'acticité de plomberie-chauffage-ventilation lui permettant d'obtenir une attestation de qualification professionnelle en application de l'article 1er du décret du 2 avril 1998 susvisé. Le moyen tiré de l'erreur d'appréciation doit donc être écarté.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L.761-1 du code de justice administrative et sur les dépens :

8. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par M. B doivent dès lors être rejetées. La chambre de métiers et de l'artisanat de la région des Hauts-de-France n'a pas eu recours au ministère d'avocat et ne justifie pas avoir exposé des frais au titre de la présente instance. Par suite ses conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.

9. La présente instance n'ayant pas occasionné de dépens, les conclusions présentées à ce titre par la chambre de métiers et de l'artisanat de la région des Hauts-de-France doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le conclusions de la chambre de métiers et de l'artisanat de la région Hauts-de-France présentées sur le fondement des dispositions des articles L.761-1 et R.761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et à la chambre de métiers et de l'artisanat de la région Hauts-de-France.

Délibéré après l'audience du 4 juillet 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Galle, présidente,

M. Fumagalli, conseiller,

M. A, magistrat honoraire.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 août 2024.

La présidente,

signé

C. Galle

Le rapporteur,

signé

E. Fumagalli Le greffier,

signé

J.-F. Langlois

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2202543

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