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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2202571

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2202571

jeudi 29 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2202571
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJU2
Avocat requérantHOMEHR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 2 août 2022 et 9 septembre 2022,

Mme A B, représentée par Me Homehr, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 6 juillet 2022 par lequel la préfète de l'Oise lui a refusé le séjour au titre de l'asile, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être reconduite ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Oise de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour en qualité d'accompagnant d'enfant malade, dans le délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le signataire de l'arrêté n'était pas compétent pour ce faire ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- cette décision méconnaît les stipulations de l'article 3.1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- cette décision méconnaît l'article L. 541-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 août 2022, la préfète de l'Oise conclut au rejet de la requête.

Mme B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 21 septembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention de New York relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Boutou, vice-président, conformément à l'article

R. 776-13-3 du code de justice administrative, pour statuer en qualité de juge du contentieux de l'éloignement sur les requêtes instruites selon les dispositions de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M . Boutou, vice-président ;

- et les observations de Me Homehr pour la requérante.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français :

1. Aux termes de l'article 3 de la convention de New-York relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

2. Mme B soutient que la décision d'éloignement attaquée porte atteinte à l'intérêt supérieur de son enfant mineure, née en juillet 2021, dès lors qu'il n'a pas encore été statué sur la demande d'asile de cette dernière. Il ressort en effet de la fiche TelemOfpra produite par la préfecture au dossier qu'une demande d'asile de la fille mineure de Mme B aurait été enregistrée le 7 février 2022 et aurait été rejetée le 17 septembre 2021. Si la préfète de l'Oise, qui se borne à demander le rejet de la requête sans aucune autre précision, produit également un échange de mail avec l'Office français de protection des réfugiés et apatrides qui paraît reconnaître que la date d'enregistrement de la demande d'asile de l'enfant est erronée et doit être corrigée, la requérante n'en produit pas moins au dossier une attestation de demande d'asile établie au nom de cette enfant en date du 19 janvier 2022, dont l'authenticité n'est pas contestée et dont il n'apparaît pas qu'elle aurait fait l'objet, postérieurement, d'une décision de la part de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. Sans autre précision en défense, il y a donc lieu de considérer qu'en l'état de l'instruction, Mme B est fondée à soutenir que la décision attaquée oblige sa fille à quitter le territoire français sans qu'il ait été statué sur sa demande d'asile du 19 janvier 2022, ce qui porte atteinte à l'intérêt supérieur de cette enfant. Par conséquent, le moyen doit être accueilli.

3. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que Mme B est fondée à demander l'annulation de l'arrêté attaqué par lequel la préfète de l'Oise lui a fait obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

4. Le présent jugement, qui annule une décision portant obligation de quitter le territoire français à la suite du rejet d'une demande d'asile, n'implique pas qu'une autorisation de séjour pour accompagner un enfant malade soit délivrée à Mme B, mais seulement que sa situation soit réexaminée. Il reviendra à la requérante, si elle s'y croit fondée, de demander par ailleurs la délivrance d'une telle autorisation pour accompagner son enfant malade. Par suite, il y a lieu d'enjoindre à la préfète de l'Oise, ou au préfet compétent au regard du lieu de résidence actuel de l'intéressée, de réexaminer la situation de Mme B dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les conclusions à fin d'application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et

L. 761-1 du code de justice administrative :

5. Mme B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Homehr de la somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 6 juillet 2022 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète de l'Oise de réexaminer la situation de Mme B dans un délai d'un mois suivant la notification de la présente décision.

Article 3 : L'Etat versera une somme de 1 000 euros à Me Homehr, dans les conditions fixées à l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions présentées par Mme B est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à Me Homehr et à la préfète de l'Oise.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 septembre 2022 .

Le magistrat désigné,

Signé

B. Boutou

La greffière,

Signé

A. Ribière

La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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