jeudi 26 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2202586 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | YAHIA AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, et des mémoires complémentaires, enregistrés les 4 août 2022, 11 mai 2023 et 8 février 2024, le dernier n'ayant pas été communiqué, M. C A, représenté par Me Yahia demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision du 11 mai 2022, par laquelle le conseil départemental de l'ordre des médecins de l'Oise a décidé de ne pas traduire le docteur B devant la chambre disciplinaire de première instance du conseil régional des Hauts-de-France ;
2°) d'enjoindre au conseil départemental de l'ordre des médecins de l'Oise de réexaminer sa demande dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge du conseil départemental de l'ordre des médecins de l'Oise une somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'une erreur de fait, dès lors que le conseil ne s'est prononcé que sur les manquements à l'article R. 4127-56 du code de la santé publique ;
- elle a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L. 4124-2 du code de santé publique, dès lors que le conseil ne pouvait pas déclarer sa plainte irrecevable ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, compte tenu des manquements du docteur B à ses obligations de confraternité ;
- elle est insuffisamment motivée, dès lors qu'elle n'est fondée que sur un des trois griefs ;
- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière, dès lors que les membres suppléants de la formation n'ont pas été convoqués ;
- elle a été prise en violation du principe d'impartialité, dès lors que le docteur B siégeait à la réunion.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 4 octobre 2022 et 19 juin 2023, le conseil départemental de l'ordre des médecins de l'Oise, représenté par Me Derbise, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de M. A, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 19 décembre 2022 et 12 juillet 2023,
Mme D B conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 600 euros soit mise à la charge de M. A, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la requête est irrecevable, dès lors que, d'une part, elle est dirigée contre une décision qui ne peut être réformée ou annulée que par le conseil national de l'ordre des médecins et que, d'autre part, le requérant est dépourvu de qualité et d'intérêt à agir ;
- les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 18 janvier 2024, la clôture de l'instruction a été fixée en dernier lieu au 12 février 2024, à 12 heures.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de la santé publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Rondepierre, rapporteure,
- les conclusions de Mme Minet, rapporteure publique,
- et les observations de Me Rousseau, représentant M. A, ainsi que celles de
Me Ricard, représentant le conseil départemental de l'ordre des médecins de l'Oise.
Considérant ce qui suit :
1. M. C A, praticien hospitalier, affecté au sein de l'unité médico judiciaire du groupe hospitalier du sud de l'Oise (GHPSO), en qualité de chef de service, a saisi le conseil départemental de l'ordre des médecins de l'Oise, le 25 janvier 2022, afin que ce dernier saisisse la chambre disciplinaire du conseil régional des Hauts de France de la plainte qu'il a déposée à l'encontre du docteur D B, praticien hospitalier affectée au sein du même service. Par une décision du 11 mai 2022, dont M. A demande l'annulation, le conseil départemental de l'ordre des médecins de l'Oise a refusé de faire droit à cette demande.
Sur les fins de non-recevoir soulevées par le docteur B :
2. Aux termes de l'article L. 4123-2 du code de la santé publique : " Il est constitué auprès de chaque conseil départemental une commission de conciliation composée d'au moins trois de ses membres. () / Lorsqu'une plainte est portée devant le conseil départemental, son président en accuse réception à l'auteur, en informe le médecin () mis en cause et les convoque dans un délai d'un mois à compter de la date d'enregistrement de la plainte en vue d'une conciliation. En cas d'échec de celle-ci, il transmet la plainte à la chambre disciplinaire de première instance avec l'avis motivé du conseil dans un délai de trois mois à compter de la date d'enregistrement de la plainte, en s'y associant le cas échéant. / Lorsque le litige met en cause un de ses membres, le président du conseil départemental demande, sans délai, au président du Conseil national de désigner un autre conseil afin de procéder à la conciliation. / En cas de carence du conseil départemental, l'auteur de la plainte peut demander au président du conseil national de saisir la chambre disciplinaire de première instance compétente. Le président du conseil national transmet la plainte dans le délai d'un mois ". Par dérogation à ces dispositions, l'article L. 4124-2 du même code : " Les médecins () chargés d'un service public et inscrits au tableau de l'ordre ne peuvent être traduits devant la chambre disciplinaire de première instance, à l'occasion des actes de leur fonction publique, que par le ministre chargé de la santé, le représentant de l'Etat dans le département, le directeur général de l'agence régionale de santé, le procureur de la République, le conseil national ou le conseil départemental au tableau duquel le praticien est inscrit ". Aux termes de l'article R. 4127-112 du même code : " Toutes les décisions prises par l'ordre des médecins en application du présent code de déontologie doivent être motivées. / Celles de ces décisions qui sont prises par les conseils départementaux peuvent être réformées ou annulées par le conseil national soit d'office, soit à la demande des intéressés ; celle-ci doit être présentée dans les deux mois de la notification de la décision "
3. D'une part, les personnes et autorités publiques mentionnées à cet article ont seules le pouvoir de traduire un médecin chargé d'un service public devant la juridiction disciplinaire à raison d'actes commis dans l'exercice de cette fonction publique. En particulier, un conseil départemental de l'ordre des médecins exerce, en la matière, une compétence propre et les décisions par lesquelles il décide de ne pas déférer un médecin devant la juridiction disciplinaire peuvent faire directement l'objet d'un recours pour excès de pouvoir devant la juridiction administrative. D'autre part, les décisions visées par l'article R. 4127-112 du même code sont les décisions d'ordre administratif prises par les instances ordinales en application du code de déontologie des médecins, lesquelles ne comprennent pas les décisions que ces instances peuvent prendre en matière disciplinaire, comme celles qui sont mentionnées aux articles L. 4124-2 et L. 4123-2 du code de la santé publique.
4. Il est constant que la plainte déposée par le docteur A à l'encontre du docteur B, qui est inscrite au tableau de l'ordre des médecins de l'Oise, porte sur des actes que cette dernière a accomplis dans l'exercice de ses fonctions de praticien hospitalier au sein de l'unité médico judiciaire du GHPSO au titre d'un service public et qui relèvent par suite des dispositions dérogatoires précitées de l'article L. 4124-2 du code de la santé publique. La décision par laquelle le conseil départemental de l'ordre des médecins de l'Oise a refusé de saisir la chambre disciplinaire du conseil régional des Hauts de France de cette plainte peut, dès lors et conformément aux principes qui viennent d'être rappelés, faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir, sans que les dispositions de l'article R. 4127-112 du même code ne puissent être opposées à son auteur. Dans ces conditions, les fins de non-recevoir opposées sur ces différents fondements par le docteur B doivent être écartées.
Sur la légalité de la décision du 11 mai 2022 :
5. Aux termes de l'article R. 4127-2 du code de la santé publique : " Le médecin, au service de l'individu et de la santé publique, exerce sa mission dans le respect de la vie humaine, de la personne et de sa dignité. / Le respect dû à la personne ne cesse pas de s'imposer après la mort ". Aux termes de l'article R. 4127-3 : " Le médecin doit, en toutes circonstances, respecter les principes de moralité, de probité et de dévouement indispensables à l'exercice de la médecine ". Enfin, aux termes de l'article R. 4127-56 du même code : " Les médecins doivent entretenir entre eux des rapports de bonne confraternité. / Un médecin qui a un différend avec un confrère doit rechercher une conciliation, au besoin par l'intermédiaire du conseil départemental de l'ordre. / Les médecins se doivent assistance dans l'adversité ".
6. Il ressort des pièces du dossier que la plainte déposée par le docteur A à l'encontre de sa consœur portait, en premier lieu, sur des faits relevant de manquement au devoir de confraternité prévu aux dispositions précitées de l'article R. 4127-56 du code de la santé publique, notamment à raison de la saisine du juge des référés du tribunal par le docteur B afin de dénoncer des faits dont le docteur A aurait été l'auteur, mais également et en deuxième lieu, sur d'autres faits relevant de manquements à l'obligation de tout médecin d'exercer sa mission dans le respect de la vie et de la dignité humaine en application de l'article R 4127-2 du code de la santé publique et, en troisième lieu, de faits relevant de manquement aux principes de moralité, de probité et de dévouement en application de l'article R 4127-3 du même code.
7. D'une part, le conseil départemental de l'ordre des médecins de l'Oise, dont la décision litigieuse se fonde sur le seul article R. 4127-56 du code de la santé publique et se borne à relever que la saisine de la juridiction dans un contexte de profonde mésentente entre les deux praticiens n'était pas constitutive d'un manquement à l'obligation de confraternité, ne s'est dès lors prononcé que sur ce seul grief à l'exclusion des deux autres, ce qu'il ne peut être regardé comme ayant fait en relevant sans autre précision une absence de faute déontologique, et a ainsi entaché sa décision d'illégalité.
8. D'autre part, si le conseil départemental, représenté à l'instance par son président, soutient par la voie d'une demande de substitution de motif qu'il aurait pris la même décision en examinant l'ensemble des griefs articulés à l'encontre du docteur B, il n'est pas démontré que tel aurait été le cas en procédant à un tel examen, qui ne résulte pas plus de ses écritures en défense. En tout état de cause, une demande de substitution de motif d'un acte d'un organisme collégial doit résulter d'une délibération de ce même organisme allant en ce sens et dont la production fait en l'espèce défaut.
9. Il résulte de ce qui précède que la décision par laquelle le conseil départemental de l'ordre des médecins de l'Oise a refusé de traduire le docteur B devant la chambre disciplinaire du conseil régional des Hauts de France doit, pour ces motifs et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, être annulée.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
10. L'exécution du présent jugement implique seulement que le conseil départemental de l'ordre des médecins de l'Oise procède au réexamen de la demande du docteur A dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il y ait lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
11. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du conseil départemental de l'ordre des médecins de l'Oise du 11 mai 2022 refusant de traduire le docteur B devant la chambre disciplinaire du conseil régional des Hauts de France est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au conseil départemental de l'ordre des médecins de l'Oise de procéder au réexamen de la demande du docteur A dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à Mme D B et au conseil départemental de l'ordre des médecins de l'Oise.
Délibéré après l'audience du 22 mai 2024, à laquelle siégeaient :
- M. Thérain, président,
- Mme Rondepierre, première conseillère,
- M. Le Gars, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2024.
La rapporteure,
signé
A. Rondepierre
Le président,
signé
S. Thérain
La greffière,
signé
S. Chatellain
La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026