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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2202682

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2202682

jeudi 23 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2202682
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSCP BEJIN - CAMUS - BELOT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 août 2022, M. B A, représenté par la SCP Bejin-Camus-Belot, demande au tribunal :

1°) de prononcer la réduction des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles il a été assujetti au titre des années 2016 et 2017 et des pénalités correspondantes';

2°) d'ordonner la restitution de ces impositions dans les conditions prévues par l'article L. 208 du livre des procédures fiscales.

Il soutient que :

- les prétendues distributions retenues par le service étaient identifiées en comptabilité de sorte qu'elles ne sauraient constituer des avantages occultes imposables sur le fondement du c. de l'article 111 du code général des impôts';

- la SARL IDF Paysage lui a consenti des prêts et ces sommes ne pouvaient ainsi être imposées entre ses mains en tant que revenus distribués';

- l'application du coefficient multiplicateur de l'article 158 du code général des impôts aux revenus distribués méconnaît les principes d'égalité devant l'impôt et devant les charges publiques';

- il n'a commis aucune omission déclarative dès lors que les erreurs ont procédé non de son fait mais d'un professionnel de la comptabilité.

Par un mémoire en défense enregistré le 28 décembre 2022, la directrice départementale des finances publiques de la Somme conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé et subsidiairement que la pénalité de 10 % de l'article 1758 A du code général des impôts doit être substituée à celle de 40 % de l'article 1729 du même code.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales';

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Menet, premier conseiller,

- et les conclusions de M. Beaujard, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. A a fait l'objet d'un contrôle sur pièces de sa situation fiscale à l'issue duquel l'administration fiscale l'a assujetti, selon la procédure de rectification contradictoire, à des cotisations supplémentaires d'impôts sur le revenu et de prélèvements sociaux au titre des années 2016 et 2017 à raison de rectifications dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers, en raison de revenus distribués de la part de la SARL IDF Paysage sur le fondement des a. et c. de l'article 111 du code général des impôts et de rectifications dans la catégorie des revenus fonciers. Par la présente requête, M. A demande au tribunal de le décharger des impositions supplémentaires, à raison des revenus distribués et des pénalités correspondantes.

Sur le bien-fondé des impositions :

En ce qui concerne les revenus distribués sur le fondement du a. de l'article 111 code général des impôts :

2. Aux termes du a. de l'article 111 du code général des impôts : " Sont notamment considérés comme revenus distribués : / Sauf preuve contraire, les sommes mises à la disposition des associés directement ou par personnes ou sociétés interposées à titre d'avances, de prêts ou d'acomptes ". Si le contribuable a toujours la faculté, pour faire obstacle à l'imposition entre ses mains des sommes regardées comme des distributions en application du a. de l'article 111 du code général des impôts, d'apporter la preuve que ces sommes ont la nature d'un véritable prêt, cette preuve ne peut être apportée que par un acte ayant date certaine, conclu dès l'origine et précisant, en particulier, les dates et les modalités du remboursement.

3. Il résulte de l'instruction qu'à l'occasion d'une vérification de comptabilité de la SARL IDF Paysage dont M. A est associé, le service a relevé que des sommes de 12 000 euros et 20 000 euros avaient été inscrites respectivement les 23 janvier et 6 février 2016 au débit d'un compte courant d'associé ouvert au nom du requérant dans les livres de la SARL IDF Paysages. Ces sommes qui ont été comptabilisées avec le libellé " AVANCE A B " ont été ainsi considérées par le service comme des revenus distribués imposables dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers sur le fondement du a. de l'article 111 du code général des impôts. M. A conteste le libellé de la comptabilisation en indiquant que ces sommes n'étaient pas des avances mais des prêts qu'il avait déjà commencé à rembourser à hauteur de 9 000 euros. Ainsi, M. A qui ne justifie pas dans les conditions rappelées au point précédent de ce que les sommes mises à sa disposition l'étaient à titre de prêt, n'est pas fondé à soutenir que le service ne pouvait l'imposer à raison de ces distributions dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers.

En ce qui concerne les revenus distribués sur le fondement du c. de l'article 111 code général des impôts :

4. Aux termes du c. de l'article 111 du code général des impôts : " Sont notamment considérés comme revenus distribués : / () / Les rémunérations et avantages occultes ".

5. Le service a relevé d'une part que quatre virements de 1 000 euros chacun avaient été émis du compte bancaire de la SARL IDF Paysage au bénéfice de M. A les

5 août, 5 septembre, 5 novembre et 5 décembre 2016 mais que ces sommes avaient été comptabilisées en tant que paiements de fournisseurs et que d'autre part, un virement de 35 000 euros du compte bancaire de la SARL IDF Paysage avait été émis au bénéfice de M. A le 18 janvier 2017 mais que cette opération avait été comptabilisée dans un compte de charges avec le libellé " ACHATS ". Le service a regardé ces virements comme des revenus distribués imposables dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers entre les mains de M. A.

6. Il ne résulte pas de l'instruction, contrairement à ce que soutient M. A, que ces avantages aient été comptabilisés par la SARL IDF Paysage selon un libellé permettant d'identifier l'objet des dépenses et leur bénéficiaire, ni que les comptabilisations précitées révèlent par elles-mêmes les libéralités en cause. Ces avantages présentaient par suite un caractère occulte au sens du c. de l'article 111 du code général des impôts.

7. S'agissant du virement de 35 000 euros, M. A soutient qu'il ne s'agissait pas d'un avantage ou d'une rémunération mais d'un prêt qui a été remboursé à hauteur de 2 000 euros. Toutefois, la déclaration de prêt produite par le requérant qui n'est pas le contrat de prêt allégué, qui n'a aucune date certaine, fût-il signé par le comptable de M. A, et les attestations de l'intéressé et de son frère ne permettent pas de regarder autrement la somme de 35 000 euros mise à la disposition de M. A et appréhendée par celui-ci que comme un avantage ou une rémunération occulte.

8. Il résulte de tout ce qui précède que le service était fondé à imposer ces sommes entre les mains du requérant sur le fondement du c. de l'article 111 du code général des impôts.

9. En dernier lieu, le moyen tiré de l'inconstitutionnalité de la majoration de 25 % prévue par les dispositions du 2o du 7. de l'article 158 du code général des impôts, en tant qu'elles contreviendraient aux principes constitutionnels d'égalité devant l'impôt et les charges publiques résultant de l'article 13 de la Déclaration des droits de l'Homme et du Citoyen de 1789, faute d'avoir été soulevé dans le cadre d'une question prioritaire de constitutionnalité présentée par mémoire distinct conformément aux articles 23-5 de l'ordonnance du

7 novembre 1958 et R. 771-13 du code de justice administrative, est irrecevable et ne peut qu'être écarté.

Sur les pénalités :

10. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'État entraînent l'application d'une majoration de : / a. 40 % en cas de manquement délibéré () ".

11. Pour assortir les impositions supplémentaires au titre des années 2016 et 2017 de la majoration de 40 % prévue par les dispositions précitées, l'administration s'est fondée sur la multiplicité et l'importance des omissions déclaratives. Pour contester cette motivation,

M. A ne peut utilement soutenir qu'il n'est pas l'auteur de ces omissions au motif que la comptabilité de la SARL IDF Paysage dont il était le gérant depuis le 17 novembre 2016 était tenue par un professionnel de la comptabilité. Dans ces conditions, l'administration doit être regardée comme apportant la preuve, qui lui incombe, du caractère délibéré des manquements commis par M. A justifiant l'application de la majoration de l'article 1729 du code général des impôts.

Sur la demande de restitution :

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin de décharge de

M. A doivent être rejetées. Les conclusions fondées sur l'article L. 208 du livre des procédures fiscales ne peuvent par suite et en tout état de cause, qu'être rejetées.

D É C I D E :

Article 1 er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la directrice départementale des finances publiques de la Somme.

Délibéré après l'audience du 2 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. Boutou, président,

Mme Pierre, première conseillère,

M. Menet, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition le 23 mai 2024.

Le rapporteur,

Signé

M. Menet

Le président,

Signé

B. Boutou La greffière,

Signé

F. Joly

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2202682

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