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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2202720

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2202720

jeudi 4 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2202720
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSCP CARON - DAQUO - AMOUEL - PEREIRA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 17 août 2022, M. A F G, représenté par Me Pereira, doit être regardé comme demandant au tribunal d'annuler la décision du 22 février 2022 par laquelle la préfète de l'Oise a refusé de faire droit à sa demande de regroupement familial au bénéfice de son épouse et de ses enfants, ensemble le rejet implicite de son recours hiérarchique.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'une erreur d'appréciation en ce qui concerne les caractéristiques de son logement ;

- elle est entachée d'erreur de fait en ce qui concerne le lieu de résidence de son enfant B ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 paragraphe 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 août 2022, la préfète de l'Oise conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par M. F G ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le décret n°2002-120 du 30 janvier 2002 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Fumagalli, conseiller ;

- et les observations de Me Pereira, représentant M. F G.

Considérant ce qui suit :

1. M. F G, ressortissant béninois né le 23 janvier 1972 est entré sur le territoire français le 10 novembre 2000. L'intéressé a sollicité le bénéfice du regroupement familial au profit de son épouse Mme C E, de leur enfant B né le 18 avril 2018, et de la fille de Mme E née d'une première union. Par un arrêté du 22 février 2022, la préfète de l'Oise a refusé de faire droit à sa demande. M. F G a formé le 22 avril 2022 un recours hiérarchique contre cette décision auprès du ministre de l'intérieur, qui l'a implicitement rejeté. Le requérant doit être regardé comme demande au tribunal l'annulation de la décision du 22 février 2022, ensemble le rejet implicite de son recours hiérarchique formé le 22 avril 2022.

2. Pour fonder la décision attaquée, la préfète de l'Oise a retenu d'une part que le logement de M. F G ne remplissait pas les conditions minimales de sécurité et de confort compte tenu de la non-conformité de l'installation électrique avec des fils apparents au plafonnier du logement, à l'exception du séjour. Les motifs de la décision litigieuse indiquent également que la condition d'habitabilité était restreinte car le logement comporte deux chambres pour un couple et quatre enfants mineurs. De plus, l'administration a relevé qu'aucun détecteur de fumée n'avait été installé, malgré l'obligation existante à ce titre depuis le 1er janvier 2016. Enfin, la préfète de l'Oise a relevé que le jeune B, né en 2018, était titulaire d'un document de circulation pour enfant mineur valable jusqu'au 6 novembre 2024, établissant sa résidence en France.

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 434-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui en fait la demande est autorisé à être rejoint au titre du regroupement familial s'il remplit les conditions suivantes : 1° Il justifie de ressources stables et suffisantes pour subvenir aux besoins de sa famille ; 2° Il dispose ou disposera à la date d'arrivée de sa famille en France d'un logement considéré comme normal pour une famille comparable vivant dans la même région géographique ; 3° Il se conforme aux principes essentiels qui, conformément aux lois de la République, régissent la vie familiale en France, pays d'accueil. ". Aux termes de l'article R.434-5 du même code : " Pour l'application du 2° de l'article L. 434-7, est considéré comme normal un logement qui : 1° Présente une superficie habitable totale au moins égale à : b) en [zone] B1 () : 24 m² pour un ménage sans enfant ou deux personnes, augmentée de 10 m² par personne jusqu'à huit personnes et de 5 m² par personne supplémentaire au-delà de huit personnes ; () 2° Satisfait aux conditions de salubrité et d'équipement fixées aux articles 2 et 3 du décret n° 2002-120 du 30 janvier 2002 relatif aux caractéristiques du logement décent (). " Aux termes de l'article 2 du décret du 20 janvier 2002 relatif aux caractéristiques du logement décent pris pour l'application de l'article 187 de la loi n° 2000-1208 du 13 décembre 2000 relative à la solidarité et au renouvellement urbains, dans sa version applicable au litige : " Le logement doit satisfaire aux conditions suivantes, au regard de la sécurité physique et de la santé des locataires : () 5. Les réseaux et branchements d'électricité () sont conformes aux normes de sécurité définies par les lois et règlements et sont en bon état d'usage et de fonctionnement ; (). "

4. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. F G a réalisé les travaux de mise en conformité de son logement, en installant en décembre 2021 des plafonniers à la suite de la venue de l'agent du service de l'OFII, ainsi qu'il l'a indiqué dans son recours hiérarchique. Par suite, la préfète de l'Oise ne pouvait légalement retenir la méconnaissance de l'article 2 du décret susvisé pour refuser le regroupement familial. En outre, il ressort que le requérant a fait procéder à l'installation d'un détecteur de fumée en même temps qu'il a fait réaliser les travaux précités. Il est également constant que la condition tenant à la superficie minimale du logement, évaluée à 57 mètres carrés, était remplie. Toutefois, si la préfète a relevé que l'habitabilité de ce logement était restreinte compte tenu du nombre d'enfants devant y être accueillis, qu'elle a évalué à quatre, ce critère n'est prévu par aucune disposition législative ou réglementaire, de telle sorte que la préfète de l'Oise ne pouvait légalement le retenir pour fonder son refus. Enfin, il ressort des pièces du dossier que la jeune D F, fille de M. F G née d'une première union, que la préfète avait comptabilisée parmi les enfants devant résider dans le logement, est majeure à la date de la décision attaquée, et occupait en outre son propre logement, de telle sorte que la préfète a entaché sa décision d'une erreur de fait en tenant compte de sa présence pour apprécier les conditions de logement de la famille. Par suite, il résulte de ce qui précède que la préfète de l'Oise a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation au regard de l'article R. 434-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en estimant que le logement ne remplissait pas les conditions minimales de sécurité et de confort requises.

5. Enfin, aux termes de l'article L. 434-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Peut être exclu du regroupement familial : () " 3° Un membre de la famille résidant en France. ". Si le jeune B F G, inclus dans la demande de regroupement familial, était titulaire d'un document de circulation pour étrangers mineurs valable du 7 novembre 2019 au 6 novembre 2024 et délivré lorsque sa mère se trouvait en France, avant que celle-ci ne fasse l'objet d'une mesure d'éloignement le 19 avril 2021 et qu'elle ne retourne au Bénin, il est établi que cet enfant était scolarisé au Bénin durant l'année 2021-2022, de telle sorte qu'il ne pouvait être regardé, du fait de cette seule pièce, comme résidant en France à la date de la décision litigieuse. Le requérant est par suite fondé à soutenir que ce motif est entaché d'erreur de fait.

6. Compte tenu de tout ce qui précède, aucun des motifs de la décision attaquée ne peut légalement la fonder et la préfète de l'Oise a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation. Le moyen afférent doit être accueilli.

7. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. F G est fondé à demander l'annulation de la décision du 22 février 2024 portant refus de regroupement familial, ensemble le rejet implicite de son recours hiérarchique.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 22 février 2022 par laquelle la préfète de l'Oise a rejeté la demande de regroupement familial de M. F G et le rejet implicite de son recours hiérarchique sont annulés.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A F G et à la préfète de l'Oise.

Délibéré après l'audience du 20 juin 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Galle, présidente,

M. Richard, premier conseiller,

M. Fumagalli, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2024.

La présidente,

Signé

C. Galle

Le rapporteur,

Signé

E. Fumagalli Le greffier,

Signé

J.-F. Langlois

La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2202720

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