mardi 28 janvier 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2202760 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | SZYMANSKI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 22 août 2022 et le 24 mai 2023, M. et Mme D, représentés par Me Szymanski, demandent au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 28 février 2022 par lequel le maire de la commune de Ville a délivré un permis de construire à M. C portant sur la construction d'une maison individuelle et d'une piscine enterrée sur une parcelle cadastrée située rue du Mont Renaud sur le territoire de la commune de Ville ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Ville une somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- le pétitionnaire n'avait pas la qualité pour déposer la demande de permis de construire litigieuse ;
- la décision attaquée méconnait les dispositions de l'article R. 424-7 du code de l'urbanisme dès lors qu'elle n'indique pas le montant des contributions mises à la charge du pétitionnaire ;
- le dossier de demande de permis de construire est entaché d'incomplétude dès lors qu'il ne comporte pas les caractéristiques relatives au débit de fuite des deux puisards mentionnés sur le plan de masse ;
- la décision attaquée méconnait les dispositions de l'article 9.3. du règlement écrit du plan local d'urbanisme (PLU) de la commune de Ville relatives à la gestion des eaux pluviales ;
- elle méconnait les dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme dès lors que le projet litigieux comporte un risque quant à la défense incendie, celui-ci ne respectant pas les exigences prévues au sein du règlement départemental de défense extérieure contre l'incendie ;
- elle méconnait les dispositions de l'orientation d'aménagement et de programmation (OAP) relative à la rue du Mont Renaud dès lors que celle-ci prévoit la construction de deux habitations sur la parcelle en litige ;
- elle méconnait les dispositions de l'article 2 applicables à la zone " UV " du règlement écrit du PLU de la commune de Ville dès lors que la construction de maisons à usage d'habitation est prohibée ;
- elle méconnait les dispositions de l'article 4 applicables à la zone " UV " du règlement écrit du PLU de la commune de Ville dès lors que le surplomb du balcon de la façade sud du projet est implanté à plus de 25 mètres de profondeur à compter de l'alignement de la voie publique qui dessert la construction projetée ;
- elle méconnait les dispositions du a) de l'article 5.2. applicables à la zone " UV " du règlement écrit du PLU de la commune de Ville dès lors que le secteur dans lequel le projet de construction s'inscrit comporte des habitations ayant une emprise au sol et une hauteur largement inférieures à celle de la construction projetée et que le projet est ainsi sans rapport avec le caractère dominant des constructions voisines ;
- elle méconnait les dispositions du b) de l'article 5.2. applicables à la zone " UV " du règlement écrit du PLU de la commune de Ville dès lors que le projet comprend des " chiens-assis " ;
- elle méconnait les dispositions du c) de l'article 5.2. applicables à la zone " UV " du règlement écrit du PLU de la commune de Ville dès lors que la pente des toitures de la construction projetée en litige est de 40 degrés ;
- elle méconnait les dispositions de l'article 8 applicables à la zone " UV " du règlement écrit du PLU de la commune de Ville dès lors que la voie utilisée pour desservir la construction litigieuse est trop étroite et dépourvue d'aire de retournement, ne permettant pas aux services de secours d'intervenir.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 5 janvier et le 22 juin 2023, M. A C, représenté par Me Lanckriet, conclut, à titre principal, au rejet de la requête, à titre subsidiaire, à ce qu'il soit sursis à statuer pour un délai de six mois, et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de M. et Mme D sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Par un mémoire en défense, enregistré le 19 janvier 2023, la commune de Ville, représentée par Me Boissy, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de M. et Mme D sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Par ordonnance du 22 juin 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 1er septembre 2023 à 12 heures.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Fass, conseillère,
- les conclusions de Mme Beaucourt, rapporteure publique,
- les observations de M. D,
- les observations de Me Boissy, représentant la commune de Ville.
Des notes en délibéré présentées par M. D ont été enregistrées les 18 et 20 janvier 2025.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 28 février 2022, le maire de la commune de Ville a délivré à M. A C un permis de construire une maison individuelle et une piscine enterrée sur une parcelle cadastrée située rue du Mont Renaud sur le territoire de la commune de Ville. Par un courrier du 5 mai 2022, dont la commune a accusé réception le 6 mai suivant, M. et Mme D ont sollicité le retrait de cet arrêté. Par un courrier du 24 juin 2022, le maire de la commune de Ville a rejeté cette demande. Par la présente requête, les requérants demandent au tribunal d'annuler l'arrêté du 28 février 2022.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 423-1 du code de l'urbanisme : " Les demandes de permis de construire, d'aménager ou de démolir et les déclarations préalables sont adressées par pli recommandé avec demande d'avis de réception ou déposées à la mairie de la commune dans laquelle les travaux sont envisagés : / a) Soit par le ou les propriétaires du ou des terrains, leur mandataire ou par une ou plusieurs personnes attestant être autorisées par eux à exécuter les travaux ; / b) Soit, en cas d'indivision, par un ou plusieurs co-indivisaires ou leur mandataire ; / c) Soit par une personne ayant qualité pour bénéficier de l'expropriation pour cause d'utilité publique. ".
3. Les autorisations d'utilisation du sol, qui ont pour seul objet de s'assurer de la conformité des travaux qu'elles autorisent avec la législation et la réglementation d'urbanisme, étant accordées sous réserve du droit des tiers, il n'appartient pas à l'autorité compétente de vérifier, dans le cadre de l'instruction d'une déclaration ou d'une demande de permis, la validité de l'attestation établie par le demandeur. Les tiers ne sauraient donc soutenir utilement, pour contester une décision accordant une telle autorisation au vu de l'attestation requise, faire grief à l'administration de ne pas en avoir vérifié l'exactitude. Toutefois, lorsque l'autorité saisie d'une telle déclaration ou d'une demande de permis de construire vient à disposer au moment où elle statue, sans avoir à procéder à une instruction lui permettant de les recueillir, d'informations de nature à établir son caractère frauduleux ou faisant apparaître, sans que cela puisse donner lieu à une contestation sérieuse, que le pétitionnaire ne dispose, contrairement à ce qu'implique l'article R. 423-1 du code de l'urbanisme, d'aucun droit à la déposer, il lui revient de s'opposer à la déclaration ou de refuser la demande de permis pour ce motif.
4. Les requérants, qui n'allèguent ni n'établissent par aucune pièce, que l'administration aurait disposé, au moment où elle a statué sur la demande de permis litigieuse, d'informations de nature à établir le caractère frauduleux de la demande de permis de construire ou faisant apparaître que le pétitionnaire ne dispose d'aucun droit à déposer cette demande, ne peuvent utilement soutenir qu'elle aurait dû vérifier l'exactitude de l'attestation établie par le demandeur du permis litigieux. Il ressort, en outre, du formulaire de demande de permis de construire, signé par M. C, que ce dernier atteste avoir qualité pour présenter cette demande, ce qui est d'ailleurs corroboré par la production, dans la présente instance, de son acte de propriété de la parcelle concernée par le permis contesté. Par suite, un tel moyen ne peut qu'être écarté.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 424-7 du code de l'urbanisme : " Lorsque la décision met à la charge du bénéficiaire du permis une ou plusieurs des contributions mentionnées à l'article L. 332-28, elle fixe le montant de chacune d'elles. () ". En outre, aux termes de l'article L. 332-28 du même code : " Les contributions mentionnées ou prévues au c du 2° de l'article L. 332-6-1, au d du 2° du même article, dans sa rédaction antérieure à la loi n° 2014-1655 du 29 décembre 2014 de finances rectificative pour 2014, et à l'article L. 332-9 dans sa rédaction antérieure à l'entrée en vigueur de la loi n° 2010-1658 du 29 décembre 2010 de finances rectificative pour 2010 sont prescrites, selon le cas, par le permis de construire, le permis d'aménager, les prescriptions faites par l'autorité compétente à l'occasion d'une déclaration préalable ou l'acte approuvant un plan de remembrement. Ces actes en constituent le fait générateur. Ils en fixent le montant, la superficie s'il s'agit d'un apport de terrains ou les caractéristiques générales s'il s'agit des travaux mentionnés au premier alinéa de l'article L. 332-10 dans sa rédaction antérieure à l'entrée en vigueur de la loi n° 2010-1658 du 29 décembre 2010 précitée. ".
6. Il est constant que l'article 3 du dispositif de l'arrêté attaqué du 28 février 2022 indique seulement que " La réalisation du projet pourra donner lieu au versement de taxes dont l'autorisation d'urbanisme est le fait générateur ". Une telle mention, qui n'indique aucune contribution précise et ainsi aucunement les contributions mentionnées aux articles cités au point 5, n'a qu'un caractère purement indicatif. Dès lors, M. et Mme D ne sont pas fondés à soutenir que l'arrêté délivrant le permis de construire serait entaché d'illégalité du fait de l'absence de précisions des montants des taxes indiquées en son article 3. Par suite, ce moyen doit être écarté.
7. En troisième lieu, les articles R. 431-4 et suivants du code de l'urbanisme fixent la liste des pièces composant un dossier de demande de permis de construire que le pétitionnaire doit fournir au service instructeur. A cet égard, l'article R. 431-9 du même code prévoit que : " Le projet architectural comprend également un plan de masse des constructions à édifier ou à modifier coté dans les trois dimensions. Ce plan de masse fait apparaître les travaux extérieurs aux constructions, les plantations maintenues, supprimées ou créées et, le cas échéant, les constructions existantes dont le maintien est prévu. / Il indique également, le cas échéant, les modalités selon lesquelles les bâtiments ou ouvrages seront raccordés aux réseaux publics ou, à défaut d'équipements publics, les équipements privés prévus, notamment pour l'alimentation en eau et l'assainissement. () ".
8. La circonstance que le dossier de demande de permis de construire ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité le permis de construire qui a été accordé que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.
9. La notice architecturale jointe au dossier de permis de construire, indique que " La construction sera reliée aux différents réseaux existants dans la commune. Les eaux pluviales issues de la toiture seront récupérées via les gouttières dans les regards au droit de la construction et seront infiltrées via deux puisards. Les eaux usées seront traitées, rejetées dans le collecteur des eaux usées communal. ", et est complétée par la planche PCMI2 " Plan de masse " laquelle représente, de part et d'autre de la construction, deux puisards. Par suite, le rapprochement des pièces du dossier de demande de permis de construire a permis aux services instructeurs d'apprécier les modalités de gestion des eaux pluviales prévues par le projet. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'incomplétude du dossier de demande de permis doit être écarté.
10. En quatrième lieu, aux termes des dispositions de l'article 9.3. du règlement écrit du plan local d'urbanisme (PLU) de la commune de Ville applicables à la zone " UV " : " Les eaux pluviales issues des constructions nouvelles doivent être gérées sur le terrain d'assiette de l'opération (cuve enterrée avec débit de fuite, cuve aérienne, ), pour une occurrence de pluie de vingt ans. / Dans l'hypothèse d'une impossibilité technique de procéder par infiltration sur le terrain d'assiette de l'opération, la gestion des eaux pluviales pourra s'effectuer par stockage-restitution dans le respect de la réglementation en vigueur, donc ne pas dépasser un débit de fuite d'1l/s/ha. ".
11. Il ressort des éléments exposés au point 9 du présent jugement, que le projet prévoit une solution de gestion des eaux pluviales par infiltration et absorption directement à la parcelle par l'installation de deux puisards, dont les requérants n'établissent d'ailleurs ni même n'allèguent qu'elle ne permettrait pas la régulation du flux. En outre, eu égard aux dispositions citées au point 10 du présent jugement, cette installation n'est pas contrainte par les modalités de calcul relatives au débit de fuite, applicables uniquement aux aménagements lorsqu'il existe une impossibilité technique de procéder par infiltration sur le terrain d'assiette. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions ne peut qu'être écarté.
12. En cinquième lieu, aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations. ".
13. En vertu de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme, lorsqu'un projet de construction est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique, le permis de construire ne peut être refusé que si l'autorité compétente estime, sous le contrôle du juge, qu'il n'est pas légalement possible, au vu du dossier et de l'instruction de la demande de permis, d'accorder le permis en l'assortissant de prescriptions spéciales qui, sans apporter au projet de modifications substantielles nécessitant la présentation d'une nouvelle demande, permettraient d'assurer la conformité de la construction aux dispositions législatives et réglementaires dont l'administration est chargée d'assurer le respect.
14. Il ressort des pièces du dossier, que le service d'incendie et de secours a délivré un avis favorable au projet en litige le 28 février 2022. En outre, il ressort de cet avis que le projet envisagé, qui consiste en la construction d'une maison à usage d'habitation dotée d'un garage ainsi que d'une piscine extérieure enterrée, relève d'un risque courant ordinaire au sens du règlement départemental de défense extérieure contre l'incendie. Or, il ressort du point 1.4.1 de ce règlement que, s'agissant d'une habitation individuelle non isolée en R+1 maximum, la distance maximale entre la première prise d'eau et l'entrée principale de l'habitation doit être au maximum de 400 mètres concernant une défense par réserve d'eau d'au moins 120 mètres cubes. En l'espèce, il est constant et il ressort notamment du procès-verbal de constat d'huissier en date du 11 avril 2023, d'ailleurs produit par les requérants, qu'une réserve d'eau de 120 mètres cubes se situe au niveau du numéro 20 de la rue de Dives-le-France, soit à une distance de 220 mètres de l'entrée principale de l'habitation projetée, donc à une distance inférieure à celle indiquée par le règlement précité. Les circonstances selon lesquelles, d'une part, la construction projetée se situe à une distance de 4,87 mètres de l'habitation des requérants et, d'autre part, que le projet prévoit également la construction d'une piscine ne sont pas davantage de nature à établir, à elles-seules, un risque pour la sécurité ou la salubrité publique.. Ainsi, le maire de la commune de Ville n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme en délivrant le permis de construire en litige.
15. En sixième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 151-6 du code de
l'urbanisme : " Les orientations d'aménagement et de programmation comprennent, en cohérence avec le projet d'aménagement et de développement durables, des dispositions portant sur l'aménagement, l'habitat, les transports, les déplacements et, en zone de montagne, sur les unités touristiques nouvelles. / En l'absence de schéma de cohérence territoriale, les orientations d'aménagement et de programmation d'un plan local d'urbanisme élaboré par un établissement public de coopération intercommunale comportent les orientations relatives à l'équipement commercial, artisanal et logistique mentionnées aux 1° et 2° de l'article L. 141-5 et déterminent les conditions d'implantation des équipements commerciaux, artisanaux et logistiques qui, du fait de leur importance, sont susceptibles d'avoir un impact significatif sur l'aménagement du territoire et le développement durable, conformément à l'article L. 141-6. ". En outre, aux termes de l'article L. 152-1 de ce même code : " L'exécution par toute personne publique ou privée de tous travaux, constructions, aménagements, plantations, affouillements ou exhaussements des sols, et ouverture d'installations classées appartenant aux catégories déterminées dans le plan sont conformes au règlement et à ses documents graphiques. / Ces travaux ou opérations sont, en outre, compatibles, lorsqu'elles existent, avec les orientations d'aménagement et de programmation. ". Il résulte de ces dispositions, que la compatibilité d'une autorisation d'urbanisme avec les orientations d'aménagement et de programmation (OAP) d'un plan local d'urbanisme (PLU) s'apprécie en procédant à une analyse globale des effets du projet sur l'objectif ou les différents objectifs d'une OAP, à l'échelle de la zone à laquelle ils se rapportent.
16. D'autre part, aux termes de l'orientation d'aménagement et de programmation concernant la rue Mont Renaud il est indiqué que " L'OAP précise une capacité d'accueil maximale à respecter. En effet, la rue Renaud est aujourd'hui une rue du village, en impasse, au profil rural (comme d'ailleurs beaucoup de rues de Ville) ; il s'agit de ne pas hypothéquer l'urbanisation des " vides " (car situés en milieu intra-urbain), tout en encadrant la densité. Aussi, en appui de la trame bâtie déjà existante, le nombre maximal d'habitations autorisées pour la rive A est fixé à 5 nouvelles habitations, et à 2 nouvelles habitations pour la rive B, soit un total de 7 nouvelle habitations. Cette enveloppe maximale constructible a été fixée au regard de la capacité des réseaux existants et dans un souci d'harmonie avec l'urbanisation environnante ".
17. Si les requérants soutiennent que le projet litigieux est incompatible avec l'OAP précitée concernant la rue Mont Renaud en ce que le nombre d'habitations sur la parcelle d'implantation, située en rive B, doit, selon eux, nécessairement être de deux, il ressort toutefois des termes mêmes de cette OAP qu'il s'agit là d'un nombre maximum d'habitations. Ainsi, la seule circonstance qu'un nombre maximal de deux habitations ait été indiqué, ne conduit pas à rendre le permis de construire en litige, qui ne prévoit qu'une seule et unique habitation, incompatible avec cette OAP. Par suite, le moyen sera écarté.
18. En septième lieu, aux termes des dispositions de l'article 1 applicable en zone " UV " du règlement écrit du PLU de la commune de Ville : " Dans le secteur inconstructible reporté sur le règlement graphique : Toute construction, toute occupation du sol est interdite. () ". Les dispositions de l'article 1 précise, par ailleurs, les constructions interdites dans le reste de la zone " UV ". En outre, les termes de l'article 2 applicable en zone " UV " du règlement écrit du PLU de la commune de Ville indiquent les occupations et utilisations du sol autorisées sous certaines conditions particulières.
19. Il ressort du règlement graphique du PLU de la commune de Ville que la parcelle litigieuse se situe, pour la partie non construite, au sein de la zone naturelle et pour la partie construite au sein de la zone urbaine du village ainsi que dans la zone concernée par l'orientation d'aménagement concertée citée au point 16. Ainsi, la construction d'une maison à usage d'habitation est autorisée dans la zone de construction du projet en litige. Le moyen doit donc écarté.
20. En huitième lieu, aux termes des dispositions de l'article 4.1. du règlement écrit du PLU de la commune de Ville applicable à la zone " UV " : " Aucune construction à usage d'habitation ne peut être implantée au-delà d'une bande de 25 mètres de profondeur comptée à partir de l'alignement de la voie publique qui dessert la construction projetée ".
21. Il ressort du plan de masse joint au dossier de demande de permis de construire que l'extrémité du balcon de la façade sud se situe à l'intérieur de la zone tracée par la ligne délimitant la bande de 25 mètres de constructibilité par rapport à l'alignement de la voie publique. La circonstance que les cotes du plan de masse indiquent des mesures qui, additionnées entre elles jusqu'à la limite du balcon de la façade Sud, correspondent à un total de 26,01 mètres ne permet pas à elle seule de démontrer que l'extrémité du balcon se situerait au-delà de la limite de constructibilité de 25 mètres qui y est représentée, dès lors que ces différentes cotes ne sont pas orthogonales à l'alignement de la voie publique. Par suite, le moyen ne peut qu'être écarté.
22. En neuvième lieu, les dispositions de l'article 5.1 du règlement écrit de la commune de Ville renvoient, notamment, aux dispositions de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme aux termes duquel : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales. ".
23. Il résulte de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme que, si les constructions projetées portent atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ou encore à la conservation des perspectives monumentales, l'autorité administrative compétente peut refuser de délivrer le permis de construire sollicité ou l'assortir de prescriptions spéciales. Pour rechercher l'existence d'une atteinte de nature à fonder le refus de permis de construire ou les prescriptions spéciales accompagnant la délivrance de ce permis, il lui appartient d'apprécier, dans un premier temps, la qualité du site sur lequel la construction est projetée et d'évaluer, dans un second temps, l'impact que cette construction, compte tenu de sa nature et de ses effets, pourrait avoir sur le site. Les dispositions de cet article excluent qu'il soit procédé, dans le second temps du raisonnement, à une balance d'intérêts divers en présence, autres que ceux mentionnés par cet article et, le cas échéant, par le plan local d'urbanisme de la commune.
24. Par ailleurs, aux termes du a) de l'article 5.2. du règlement écrit du PLU de la commune de Ville : " Les constructions nouvelles ou aménagées doivent présenter une simplicité d'aspect et de volume () ". Aux termes des dispositions de l'article 4.4 du règlement écrit du PLU de la commune de Ville applicable en zone " UV " : " L'emprise au sol des constructions à usage d'habitation et leurs annexes usuelles ne doivent pas excéder 40% de la superficie de l'unité foncière. / La disposition citée ci-dessus ne s'applique pas pour des travaux répondant à des normes d'hygiène et/ou de salubrité. / L'emprise au sol des activités autorisées et leurs annexes ne doivent pas excéder 70% de la superficie de l'unité foncière. / Les dispositions ci-avant ne s'appliquent pas pour les équipements d'intérêt collectif et services publics (constructions, ouvrages, installations) si des contraintes techniques ou fonctionnelles le justifient ". Enfin, l'article 4.5. du règlement écrit du PLU de la commune de Ville applicable en zone " UV " indique que : " La hauteur maximale des constructions à usage d'habitation est limitée à 9 mètres au faîtage ".
25. Les requérants soutiennent que l'emprise au sol et la hauteur excessives de la construction projetée sont de nature à porter atteinte à l'intérêt des lieux avoisinants. Toutefois, il ressort des pièces annexés au dossier de demande du permis de construire, notamment de la notice architecturale et des divers plans de façades, ainsi que du procès-verbal du constat d'huissier du 11 avril 2023 et des photographies qui l'accompagnent que la construction consiste en un bâtiment s'élevant à une hauteur de 8,98 mètres, soit une hauteur inférieure à 9 mètres, et d'une emprise au sol de 211 mètres carrés pour un terrain de 3 910 mètres carrés, soit une portion inférieure à celle de 40% prescrite par les dispositions précitées de l'article 4.4. s'agissant des constructions à usage d'habitation. En outre, l'ensemble des constructions avoisinantes au projet sont des bâtiments d'une ampleur similaire, consistant, pour la grande majorité, en des bâtiments comprenant un rez-de-chaussée et un aménagement des combles. Par suite, les requérants n'établissent pas, par les pièces qu'ils produisent, que le projet litigieux, qui n'est pas d'une dimension différente des constructions voisines, porterait atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants. Aussi, compte tenu de l'ensemble des précautions architecturales ainsi décrites, la construction projetée n'est pas de nature à créer, une rupture témoignant d'un défaut d'harmonisation dans le bâti environnant. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions citées aux points 22 et 24 sera donc écarté.
26. En dixième lieu, aux termes des dispositions du b) de l'article 5.2. du règlement écrit du PLU de la commune de Ville applicable en zone " UV " : " Pour les constructions neuves, en façade sur rue, les ouvertures seront plus hautes que larges. / Les chiens-assis sont interdits ".
27. Il ressort des pièces du dossier, notamment des plans de façade joints au dossier de demande de permis de construire, que la façade sud du projet comporte une lucarne sur l'une de ses ouvertures. Toutefois, celle-ci ne constitue pas un " chien-assis " dès lors qu'elle est composée de deux rampants formant une pente en biais par rapport à celle du toit de l'habitation principale, et non en une seule rampe en pente inverse de celle du toit de l'habitation principale, correspondant à la définition d'un " chien-assis ". Par suite, et alors qu'il résulte des termes des dispositions citées au point 26 du présent jugement que les auteurs du PLU n'ont pas entendu proscrire toute forme de lucarne, le moyen doit être écarté.
28. En onzième lieu, aux termes de l'article R. 600-5 du code de l'urbanisme : " Par dérogation à l'article R. 611-7-1 du code de justice administrative, et sans préjudice de l'application de l'article R. 613-1 du même code, lorsque la juridiction est saisie d'une requête relative à une décision d'occupation ou d'utilisation du sol régie par le présent code, ou d'une demande tendant à l'annulation ou à la réformation d'une décision juridictionnelle concernant une telle décision, les parties ne peuvent plus invoquer de moyens nouveaux passé un délai de deux mois à compter de la communication aux parties du premier mémoire en défense. Cette communication s'effectue dans les conditions prévues au deuxième alinéa de l'article R. 611-3 du code de justice administrative. ". La cristallisation des moyens que prévoit l'article R. 600-5 du code de l'urbanisme intervient à l'expiration d'un délai de deux mois à compter de la communication aux parties du premier mémoire en défense produit dans l'instance par l'un quelconque des défendeurs.
29. Il ressort des pièces du dossier que le premier mémoire en défense produit par le pétitionnaire a été enregistré le 5 janvier 2023 et que les requérants en ont pris connaissance le 17 janvier suivant. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions du c) de l'article 5.2. applicables à la zone " UV " du règlement écrit du PLU de la commune de Ville en ce que la pente des toitures de la construction projetée en litige est de 40 degrés, qui a été soulevé pour la première fois dans le mémoire complémentaire des requérants enregistré seulement le 24 mai 2023 doit, comme il est soutenu en défense, être écarté comme irrecevable.
30. En dernier lieu, aux termes de l'article 8.1. applicable à la zone " UV " du règlement écrit du PLU de la commune de Ville : " Pour être constructible un terrain doit avoir un accès à une voie ouverte à la circulation publique. / Les accès doivent présenter des caractéristiques permettant de satisfaire aux exigences de la sécurité, de la défense contre l'incendie et de la protection civile. Ils doivent également être adaptés à l'opération future et aménagés de façon à apporter la moindre gêne à la circulation publique et à garantir un bon état de viabilité. / La largeur des nouveaux accès ne pourra être inférieure à 3,50 mètres. / Lorsque le terrain est riverain de plusieurs voies publiques, l'accès sur celle de ces voies qui présente une gêne ou un risque pour la circulation peut être interdit. () ".
31. Il ressort des pièces du dossier de demande de permis, notamment du plan de masse joint à ce dossier, que la construction litigieuse prévoit deux places de stationnements, tel que cela est préconisé par l'OAP qui précise d'ailleurs que les engins de ramassage des ordures ménagères passent dans la rue desservant la construction litigieuse qui comporte d'ores et déjà des habitations. En outre, le service d'incendie et de secours a délivré un avis favorable au projet en litige le 28 février 2022. Enfin, il ressort des pièces du dossier, notamment du procès-verbal de constat d'huissier en date du 11 avril 2023 produit par les requérants, et des photographies qui l'accompagnent, que la voie publique permettant l'accès à la construction litigieuse, qui, au demeurant, n'est pas une voie nouvelle créée par le projet en litige, est d'une largeur comprise entre 3 mètres 70 et 4 mètres 50, et débouche sur un croisement de trois chemins, suffisant ainsi à permettre le passage des véhicules de secours et leur croisement. La circonstance qu'il existe un virage en épingle à l'entrée de la rue Mont Renaud desservant le projet litigieux, ne fait pas obstacle à la circulation des véhicules de secours. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions citées au point 30ne peut qu'être écarté.
32. Il résulte de tout ce qui précède, que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. et Mme D ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
33. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Ville, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par M. et Mme D au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de M. et Mme D le versement d'une somme de 1 000 euros à la commune de Ville et d'une somme de 1 000 euros à M. C au titre de ces mêmes dispositions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. et Mme D est rejetée.
Article 2 : M. et Mme D verseront une somme de 1 000 euros à la commune de Ville et une somme de 1 000 euros à M. C au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme D, à M. C et à la commune de Ville.
Délibéré après l'audience du 14 janvier 2025 à laquelle siégeaient :
- M. Binand, président,
- Mme B et Mme Fass, conseillères.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 janvier 2025.
La rapporteure,
Signé
L. FASS
Le président,
Signé
C. BINAND
Le greffier,
Signé
N. VERJOT
La République mande et ordonne au préfet de la Somme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026