vendredi 30 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2202859 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | MONCONDUIT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 1er et 27 septembre 2022, M. B A, représenté par Me Monconduit, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté du 27 juillet 2022 par lequel le préfet de l'Aisne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le Maroc comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Aisne de lui délivrer un titre de séjour mention "salarié", dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement et, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation dans le délai d'un mois à compter du présent jugement et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans le délai de sept jours à compter du présent jugement ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
S'agissant de la décision de refus de titre de séjour :
- elle est entachée d'une insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen, dès lors que sa situation professionnelle et personnelle n'est pas détaillée ;
- elle est entachée d'une erreur de droit tirée du défaut d'examen, dès lors que sa situation professionnelle et personnelle n'est pas détaillée ;
- elle est entachée d'une erreur de droit, dès lors que le préfet a ajouté une condition à l'admission exceptionnelle au séjour relative à la justification d'un motif exceptionnel dans le but d'exercer un emploi spécialement en France ;
- elle est entachée d'une erreur de fait, dès lors qu'elle ne mentionne qu'une promesse d'embauche sans faire état des contrats de travail passés ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors qu'il a travaillé durant la période d'exécution des mesures de confinements sanitaires et justifie d'une bonne intégration privée et sociale ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation, dès lors qu'elle porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée, en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français : ;
- elle est illégale, dès lors que refus de titre de séjour l'est également ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors qu'il a travaillé pendant les confinements et justifie d'une bonne intégration privée et sociale ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation, dès lors qu'elle porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée, en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
S'agissant de l'interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est illégale, dès lors que l'obligation de quitter le territoire français est elle-même illégale ;
- elle est entachée d'une insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen, dès lors que sa durée de présence en France et son insertion professionnelle n'ont pas été prises en compte ;
- elle a été prise en méconnaissance des dispositions des articles L.612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense et un mémoire complémentaire, enregistrés les 15 septembre et 7 octobre 2022, le préfet de l'Aisne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens invoqués dans la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-marocain en matière de séjour et d'emploi du 9 octobre 1987 ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
A été entendu, au cours de l'audience publique, le rapport de Mme Rondepierre, rapporteure.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant marocain né le 10 décembre 1996, déclare être entré irrégulièrement en France le 7 mars 2018. Par arrêté du 27 juillet 2022, notifié le 4 août, et dont M. A demande l'annulation, le préfet de l'Aisne a refusé de lui délivrer un titre de séjour mention "salarié", l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le Maroc comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la légalité du refus de titre de séjour :
2. En premier lieu, d'une part, l'arrêté litigieux se réfère expressément aux articles 3 et 9 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987, ainsi qu'au code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et notamment à son article L. 412-1. D'autre part, il rappelle les conditions d'entrée en France de M. A et détaille le contenu de son dossier de demande d'un titre de séjour mention "salarié", en particulier ses bulletins de salaire de février 2019 à novembre 2020 et rappelle qu'il travaille depuis le 10 mai 2021 en contrat à durée indéterminée. En conséquence, le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait insuffisamment motivée manque en fait.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 3 de l'accord franco-marocain précité : " Les ressortissants marocains désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour
une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent Accord, reçoivent, après le contrôle médical d'usage et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable et portant la mention "salarié" éventuellement assortie de restrictions géographiques ou professionnelles ". Par ailleurs, l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1 ".
4. L'arrêté litigieux précise que M. A, qui est entré en France sans visa, n'en a pas davantage fourni à l'appui de son dossier de demande de titre de séjour mention "salarié". De plus, l'arrêté développe les raisons pour lesquelles le préfet, se livrant à l'examen de la situation de
M. A en vertu de son pouvoir général de régularisation, a refusé de le lui délivrer. Enfin, la circonstance que l'arrêté mentionne une promesse d'embauche est sans incidence sur sa légalité, dès lors notamment que l'ensemble des éléments constitutifs de la situation professionnelle de
M. A sont par ailleurs énumérés. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen particulier de la situation du requérant doit être écarté.
5. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. A n'a pas produit de visa. Dès lors qu'en application de l'article 3 de l'accord franco-marocain précité, le préfet était fondé, pour ce seul motif, à refuser le titre de séjour demandé, le requérant ne peut soutenir que la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour méconnaitrait ces stipulations.
6. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. A a demandé un titre de séjour mention "salarié" en vue d'exercer la profession de manutentionnaire. En se fondant sur les circonstances tirées ce qu'il n'était pas établi que l'exercice de cette profession requière une formation ou des compétences suffisamment spécifiques, ni que cette activité soit particulièrement en tension dans le secteur dans lequel envisage de travailler M. A, et enfin que relevant que l'intéressé ne justifiait pas de circonstances exceptionnelles, le préfet n'a pas commis d'erreur de droit dans l'exercice de son pouvoir de régularisation, sans que l'intéressé ne puisse utilement se prévaloir des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui ne sont pas applicables aux ressortissants marocains demandant une régularisation à raison de leur situation professionnelle..
7. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ".
8. M. A justifie de sa présence sur le territoire français depuis le mois de mars 2018 par la seule production d'une attestation établie pas l'une de ses connaissances. S'il justifie de revenus salariaux et d'une activité professionnelle depuis le mois de février 2019 en tant que vendeur puis manutentionnaire, l'intéressé, qui est célibataire et sans enfant, ne démontre pas être dépourvu de liens personnels et familiaux dans son pays d'origine. Dans ces conditions, le préfet n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en refusant de lui délivrer un titre de séjour et n'a pas méconnu les stipulations précitées.
9. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du préfet refusant de lui délivrer un titre de séjour.
En ce qui concerne la légalité de l'obligation de quitter le territoire français :
10. En premier lieu, aux termes de l'article L.611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () / 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents () ".
11. Il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que le moyen tiré de ce que l'obligation de quitter le territoire français serait privée de base légale dès lors que le refus de titre de séjour serait illégal, doit être écarté.
12. En second lieu, pour les mêmes raisons que celles qui ont été exposées au point 6, et alors même qu'il aurait exercé une activité professionnelle durant la période d'exécution des mesures de confinements sanitaires, l'intéressé n'est pas fondé à soutenir que la décision l'obligeant à quitter le territoire méconnaitrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ou serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
En ce qui concerne la légalité de l'interdiction de retour sur le territoire français :
13. Aux termes des dispositions de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français.
Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français " et selon l'article L.612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".
14. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que le moyen tiré de ce que l'interdiction de retour sur le territoire français serait privée de base légale dès lors que l'obligation de quitter le territoire français est illégale, doit être écarté.
15. En deuxième lieu, la décision litigieuse indique la date à laquelle M. A déclare être entré en France, ainsi que les éléments professionnels et personnels de ce dernier, rappelle qu'il a déjà fait l'objet d'une mesure d'éloignement et ne présente pas une menace pour l'ordre public. Dans ces conditions, la décision, dont les fondements légaux sont également précisés, n'est pas entachée d'une insuffisance de motivation.
16. En troisième lieu, M. A a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français le 13 juillet 2019, à laquelle il s'est soustrait en se maintenant sur le territoire. Compte tenu par ailleurs de la durée de sa présence sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France tels qu'ils sont décrits ci-dessus, le préfet n'a pas méconnu les dispositions précitées en prononçant à l'encontre de l'intéressé, alors même que cette décision l'empêcherait de poursuivre l'exécution de son contrat de travail, une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.
17. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du préfet d'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.
18. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête de M. A doivent être rejetées, y compris ses conclusions aux fins d'injonction, ainsi que celles qu'il présente sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de l'Aisne.
Délibéré après l'audience du 19 octobre 2022, à laquelle siégeaient :
- M. Thérain, président,
- Mme Rondepierre, première conseillère,
- M. Richard, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 décembre 2022.
La rapporteure,
signé
A. Rondepierre
Le président,
signé
S. Thérain
La greffière,
signé
S. Chatellain
La République mande et ordonne au préfet de l'Aisne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026