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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2202990

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2202990

mercredi 24 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2202990
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantQUENNEHEN-TOURBIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 13 septembre 2022, M. B A C, représenté par Me Tourbier, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 7 juillet 2022, par lequel la préfète de la Somme a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Somme de lui délivrer un titre de séjour "vie privée et familiale", dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991à verser à son conseil sous réserve que ce dernier renonce à percevoir le bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'une erreur d'appréciation, dès lors que son comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant, dès lors qu'elle ne prend pas en considération la situation de ses enfants scolarisés ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle, dès lors qu'il ne peut effectuer aucune démarche en vue de trouver un emploi ou suivre une formation sans titre de séjour.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 décembre 2022, le préfet de la Somme conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

M. A C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 12 octobre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le

26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme Rondepierre, rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A C, ressortissant tunisien, né le 10 avril 1990, déclare être entrée en France en novembre 2016. Il a présenté une demande de titre de séjour en qualité de parent d'enfant français, le 12 février 2019, qui a été rejetée par un arrêté de la préfète de la Somme du 2 septembre 2019. Après l'annulation de cet arrêté par un jugement du tribunal du 27 décembre 2019, lequel a enjoint à l'autorité administrative de réexaminer la demande de M. A C, la préfète de la Somme, par un arrêté du 9 juin 2020, a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de soixante jours et a fixé la Tunisie comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure. Le 3 janvier 2022, l'intéressé a fait l'objet d'une nouvelle obligation de quitter le territoire français sans délai et d'une assignation à résidence, arrêtés qui ont été annulés par un jugement du tribunal du 12 janvier 2022, lequel comportait également une injonction de réexamen de sa situation. Par un arrêté du 7 juillet 2022, dont il demande l'annulation dans le cadre de la présente instance, la préfète de la Somme a refusé d'admettre M. A C au séjour.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle et de l'autorisation provisoire de séjour prévue aux articles L. 425-4 ou L. 425-10 () "

3. Il ressort des pièces du dossier que M. A C a fait l'objet d'une condamnation pénale, le 26 juillet 2018, à une peine de 8 mois d'emprisonnement à raison de faits de violence avec usage ou menace d'arme suivie d'une incapacité n'excédant pas 8 jours, ainsi que d'une interpellation, le 2 janvier 2022, pour des faits de violence avec arme dont la matérialité n'est pas sérieusement contestée. Dans ces conditions, le préfet a pu, sans méconnaître les dispositions précitées, considérer que le comportement de M. A C constituait une menace pour l'ordre public et refuser pour ce motif de lui délivrer un titre de séjour.

4. En deuxième lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.

5. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A C subviendrait seul à l'entretien et l'éducation de ses deux enfants de nationalité française, qui résident également avec leur mère. Dans ces conditions, et eu égard au motif d'ordre public sur lequel repose l'arrêté attaqué, ce dernier n'a pas porté d'atteinte à l'intérêt supérieur des enfants de M. A C, qui n'est pas fondé à se prévaloir de la méconnaissance des dispositions et stipulations précitées.

6. En dernier lieu, la seule circonstance que la décision attaquée s'opposerait aux démarches de M. A C en vue de trouver un emploi ou suivre une formation, dont l'intéressé ne justifie au demeurant pas, n'établit pas qu'elle serait entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête de M. A C doivent être rejetées, y compris ses conclusions à fin d'injonction, ainsi que celles qu'il présente sur le fondement des dispositions des articles L. 761 1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A C et au préfet de la Somme.

Délibéré après l'audience du 10 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Thérain, président,

- Mme Rondepierre, première conseillère,

- M. Wavelet, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 janvier 2024.

La rapporteure,

signé

A. Rondepierre

Le président,

signé

S. Thérain

La greffière,

signé

S. Chatellain

La République mande et ordonne au préfet de la Somme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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