vendredi 30 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2203028 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | ZARROUK |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 18 septembre 2022 et le 18 novembre 2022, M. B A, représenté par Me Zarrouk, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 18 août 2022 par lequel le préfet de l'Aisne a rejeté sa demande de délivrance d'un titre de séjour portant la mention " salarié ", l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et lui a interdit le retour sur le territoire français avant l'expiration d'un délai d'un an ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Aisne de lui délivrer la carte de séjour sollicitée et ce, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 300 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
- cette décision a été signée par une autorité incompétente;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- le préfet lui a opposé, à tort, une mesure d'éloignement puisqu'il pouvait bénéficier d'une carte de séjour de plein-droit ;
- cette décision méconnaît l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 octobre 2022, le préfet de l'Aisne conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 modifié ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;- le code du travail ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. BINAND,
- et les observations de Me Zarrouk, représentant M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant tunisien né le 8 janvier 1997 déclare être entré en France le 31 mars 2016. Par un arrêté du 18 août 2022, dont il demande l'annulation, le préfet de l'Aisne a rejeté sa demande de délivrance d'un titre de séjour mention " salarié ", l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et lui a interdit le retour en France avant l'expiration d'un délai d'un an.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
2. En premier lieu, par un arrêté du 6 mai 2022, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet de l'Aisne a donné délégation à M. I F, sous-préfet chargé de mission, sous-préfet à la relance, auprès du préfet de l'Aisne, en cas d'absence ou d'empêchement de M. C H et de M. G D, à l'effet de signer en toutes matières, tous arrêtés, décisions, circulaires, rapports, correspondances et documents relevant des attributions de l'Etat dans le département de l'Aisne à l'exclusion de certaines mesures limitativement énumérées au nombre desquelles ne figurent pas les actes et décisions concernant le séjour et l'éloignement des étrangers. Dès lors, et alors qu'il n'est pas établi que M. C H et de M. G D n'auraient pas été empêchés ou absents, le moyen tiré de l'incompétence de M. F pour signer l'arrêté attaqué doit être écarté comme manquant en fait.
3. En deuxième lieu, aux termes des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, les mesures de police doivent être motivées et " comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". La décision attaquée, qui cite les dispositions utiles de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 ainsi que du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, comporte les considérations de fait sur lesquelles elle se fonde, le caractère bien ou mal fondé des motifs retenus par l'autorité préfectorale étant sans incidence sur ce point. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision attaquée, qui n'avait pas à mentionner l'ensemble des circonstances propres à la situation de M. A, doit être écarté comme manquant en fait.
4. En troisième lieu et dernier lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée, ni des autres pièces du dossier que le préfet de l'Aisne, en rejetant la demande de titre de séjour dont il était saisi aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation de la situation personnelle du requérant au regard des effets emportés par cette décision. Un tel moyen ne peut, dès lors, qu'être écarté. Il en va de même s'agissant de celui, à le supposer soulevé, tiré du défaut d'examen sérieux de la situation de M. A, dès lors que la motivation de l'arrêté litigieux fait apparaître qu'un tel examen a bien été réalisé au vu des informations portées à la connaissance de l'autorité préfectorale .
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
5. En premier lieu, aux termes de l'article 3 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988: " Les ressortissants tunisiens désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent Accord, reçoivent, après contrôle médical et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable portant la mention " salarié " () ". Ces stipulations sont applicables au requérant, contrairement à ce qu'il soutient, dès lors qu'il ne relève pas de l'article 1er de cet accord, qui prévoient un régime particulier pour les ressortissants tunisiens en séjour régulier à la date de son entrée en vigueur. L'article 11 de cet accord précise que : " Les dispositions du présent Accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux États sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'Accord. Chaque État délivre notamment aux ressortissants de l'autre État tous titres de séjour autres que ceux visés au présent Accord, dans les conditions prévues par sa législation ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ". Enfin, aux termes de l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1 ". Aux termes de l'article L. 5221-1 du code du travail : " Pour entrer en France en vue d'y exercer une profession salariée, l'étranger présente : / 1° Les documents et visas exigés par les conventions internationales et les règlements en vigueur ; / 2° Un contrat de travail visé par l'autorité administrative ou une autorisation de travail ".
6. Il résulte de la combinaison de ces dispositions que, l'article 3 de l'accord franco-tunisien prévoyant la délivrance de titres de séjour au titre d'une activité salariée, un ressortissant tunisien ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile s'agissant d'un point déjà traité par l'accord franco-tunisien, au sens de l'article 11 de cet accord. Il en va différemment du ressortissant tunisien qui demande son admission exceptionnelle au séjour au titre de la vie privée et familiale sur le fondement des dispositions de cet article L. 435-1, s'agissant d'un point non traité par l'accord. Le préfet peut également toujours faire usage de son pouvoir discrétionnaire d'appréciation lorsque l'intéressé ne remplit pas les conditions requises par cet accord.
7. Par ailleurs, la délivrance à un ressortissant tunisien d'un titre de séjour " salarié " est subordonnée à la condition, prévue aux articles L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et L. 5221-2 du code du travail, tenant à la production par ce dernier d'un visa de long séjour.
8. D'une part, il ressort des pièces du dossier que M. A ne disposait, à la date de dépôt de sa demande de titre de séjour, ni d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, ni d'un visa long séjour. L'intéressé ne remplissait donc pas les conditions lui permettant de prétendre à la délivrance d'un titre de séjour mention " salarié " en application des stipulations précitées de l'article 3 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988.
9. D'autre part, compte tenu de ce que M. A, qui dispose certes d'un contrat de travail à durée indéterminée en qualité de technicien fibre, ne justifie ni son insertion sur le territoire français, ni l'impossibilité pour lui de se réinsérer dans son pays d'origine, le préfet de l'Aisne n'a pas entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation en refusant de faire usage de son pouvoir discrétionnaire de régularisation.
10. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré ce que M. A ne devait pas faire l'objet d'une mesure d'éloignement dès lors qu'il pouvait bénéficier d'un titre de séjour, de droit ou à titre gracieux ne peut qu'être écarté.
11. En deuxième lieu, en se bornant à soutenir que l'article L. 511-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, désormais codifié à l'article L. 613-1 de ce code, fait obstacle à ce qu'un étranger qui réunit les conditions posées par ces dispositions puisse faire l'objet d'une mesure d'éloignement, M. A n'assortit pas son moyen des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé.
12. En troisième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
13. Si M. A, célibataire et sans charge de famille, soutient qu'il réside en France depuis 2016, qu'il était bien intégré et a fait preuve de respect des valeurs de la République, il ressort toutefois des pièces du dossier que l'intéressé s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire national en dépit d'une première décision du 3 janvier 2020 lui faisait obligation de quitter le territoire français à laquelle il n'a pas déféré. Par ailleurs, M. A n'établit, ni même n'allègue être dépourvu d'attaches tant privées que familiales en Tunisie, ce alors que les pièces du dossier font apparaître qu'y résident ses parents, frères et sœurs, ni qu'il existerait un obstacle sérieux à son retour dans son pays d'origine. Dans ces conditions, en prenant la décision attaquée, le préfet de l'Aisne n'a pas méconnu les stipulations citées au point précédent.
14. En quatrième et dernier lieu, eu égard à ce qui précède, il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que le préfet de l'Aisne aurait entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation, quand bien même le requérant ne présente aucune menace pour l'ordre public.
15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions à fin d'injonction et d'astreinte de la requête ainsi que de celles relatives aux frais de l'instance.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de l'Aisne.
Délibéré après l'audience du 22 novembre 2022, à laquelle siégeaient :
- M. Binand, président,
- Mme Pierre, première conseillère,
- Mme Lamlih, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 décembre 2022.
Le président-rapporteur,
Signé
C. BINANDL'assesseure la plus ancienne,
Signé
A.-L. PIERRE
Le greffier,
Signé
N. VERJOT
La République mande et ordonne au préfet de l'Aisne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026