mardi 22 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2203038 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | TAINMONT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 19 septembre 2022, M. D B, représenté par Me Tainmont, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 18 août 2022 par lequel le préfet de l'Aisne lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi en cas d'exécution d'office de cette mesure ;
2°) d'enjoindre à titre principal, au préfet de l'Aisne de lui délivrer une carte de séjour portant la mention " salarié " dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou à défaut, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sous les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;
3°) d'enjoindre à titre subsidiaire au préfet de l'Aisne de procéder au réexamen de sa situation sous les mêmes conditions de délai et d'astreinte et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
- elle est entachée d'erreurs de droit dès lors que le préfet de l'Aisne, d'une part, a considéré que son contrat de travail n'a pas été préalablement visé par le service de main d'œuvre étrangère alors qu'il n'a été destinataire d'aucune information sur ce point, d'autre part, a méconnu les termes de la circulaire du ministre de l'intérieur du 28 novembre 2012 ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à sa situation personnelle ;
- elle méconnaît les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 octobre 2022, le préfet de l'Aisne conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 modifié ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme A.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant tunisien né le 18 décembre 1993, est entré en France, le 27 février 2017 muni d'un visa de court séjour. Il a sollicité le 9 mai 2022 son admission exceptionnelle au séjour en se prévalant de sa situation professionnelle. Par un arrêté du 18 août 2022, dont il demande l'annulation, le préfet de l'Aisne a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure.
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
2. En premier lieu, si le préfet de l'Aisne s'est fondé sur la circonstance que le contrat de travail du requérant n'a pas été préalablement visé par le service de main d'œuvre étrangère, il ressort des termes de l'arrêté attaqué que l'autorité préfectorale s'est également fondé sur la circonstance établie, et non contestée, que l'intéressé ne dispose pas d'un visa de long séjour. Par suite, le préfet de l'Aisne pouvait, en tout état de cause, sur ce seul motif refuser la délivrance d'une carte de séjour sans méconnaître les stipulations de l'article 3 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 modifié.
3. En deuxième lieu, M. B ne peut utilement invoquer les termes de la circulaire ministérielle du 28 novembre 2012, qui se borne à énoncer des orientations générales que le ministre de l'intérieur a pu adresser aux préfets pour les éclairer dans l'examen des demandes d'admission exceptionnelle au séjour et ne comporte ainsi aucune interprétation d'une règle de droit positif ou description des procédures administratives au sens de l'article L. 312-3 du code des relations entre le public et l'administration.
4. En troisième lieu, M. B fait valoir qu'il a travaillé en France, au sein de la société Auto contrôle Créteil puis depuis janvier 2021 au sein de la société JM Auto notamment dans le cadre d'un contrat de travail à durée indéterminée et qu'il justifie d'une insertion particulière en France. Toutefois, par ces seuls éléments, en l'absence notamment de justification de qualification, d'une expérience ou d'un diplôme spécifiques et eu égard à sa durée de présence en France, le requérant n'établit pas que le préfet de l'Aisne a entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation en refusant de lui délivrer une carte de séjour portant la mention " salarié " sur le fondement de son pouvoir de régularisation.
5. En quatrième lieu, si M. B fait valoir qu'il réside en France depuis 2017 et qu'il y a ses attaches aussi bien personnelles que professionnelles, il ressort toutefois des pièces du dossier que le requérant qui a déjà fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement, est célibataire, sans enfant à charge et ne démontre pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de vingt-quatre ans et où résident ses parents et ses sœurs. Dans ces circonstances, le préfet de l'Oise n'a pas commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
6. En cinquième lieu, aux termes, d'une part, de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
7. Pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 4 et 5, l'arrêté attaqué, en ce qu'il porte refus de délivrer une carte de séjour, n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
8. En dernier lieu, M. B ne peut utilement soutenir que l'arrêté attaqué en tant qu'il lui refuse une carte de séjour méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
9. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée lui refusant une carte de séjour temporaire est illégale.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
10. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 9 que le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale en conséquence de la décision lui refusant une carte de séjour temporaire.
11. En dernier lieu pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 4 et 5 l'arrêté attaqué, en l'obligeant à quitter le territoire français, n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et n'est pas entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.
12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de l'arrêté du 18 août 2022 doivent être rejetées, de même que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celle présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D B et au préfet de l'Aisne.
Délibéré après l'audience du 8 novembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Binand, président,
Mme A et Mme C, conseillères.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 novembre 2022.
La rapporteure,
signé
D. A
Le président,
signé
C. BINANDLe greffier,
signé
N. VERJOT
La République mande et ordonne au préfet de l'Aisne en ce qui le concerne ou à tous commissaires à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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