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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2203060

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2203060

jeudi 17 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2203060
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantLEBAUPAIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 20 septembre 2022, le 2 novembre 2022 et le 2 février 2024, M. D C, représenté par Me Lebaupain, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 20 juillet 2022 par laquelle la préfète de l'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a invité à quitter le territoire français dans un délai de deux mois ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Oise de lui délivrer un titre de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens.

Il soutient que :

- la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut de base légale et d'erreur de droit, dès lors que la préfète fait application de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui ne correspond pas à sa situation ;

- elle méconnait les dispositions du 1° de l'article L. 426-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il remplit les conditions posées par la directive européenne n° 2003/019/CE du 25 novembre 2003 pour la délivrance du titre de séjour prévu par ces dispositions ;

- elle est entachée d'erreur de fait, en ce que la préfète a considéré à tort qu'il ne réside plus en Espagne depuis au moins 5 ans et qu'il a de ce fait obtenu indûment un titre de séjour espagnol ;

- cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle et professionnelle ;

- elle méconnaît l'article 2 du protocole n°4 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'un détournement de pouvoir et de procédure ;

- l'invitation à quitter le territoire français qu'elle exprime est contraire au traité de l'Union Européenne sur la libre circulation des personnes ainsi qu' à l'article 14 de la directive n° 2003/109/CE du 25 novembre 2003 et à l'article 2 du protocole n°4 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 5 octobre 2022, la préfète de l'Oise conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 26 février 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 18 mars 2024 à 12h00.

Par un courrier du 25 septembre 2024, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le tribunal était susceptible de relever d'office l'irrecevabilité des conclusions à fin d'annulation dirigées contre l'invitation à quitter le territoire français, dès lors que cette invitation est la conséquence nécessaire de la décision de refus de titre ne fait pas, par elle-même, grief et ne constitue pas, dès lors, une décision susceptible de recours.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et son protocole additionnel n° 4 ;

- l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement du Royaume du Maroc en matière de séjour et d'emploi, fait à Rabat le 9 octobre 1987 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Parisi, conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. D C, ressortissant marocain né le 26 mars 1980 est entré sur le territoire français le 21 avril 2012, selon ses déclarations. Le 4 juillet 2022, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Par une décision du 20 juillet 2022, dont M. C demande l'annulation, la préfète de l'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a invité à quitter le territoire français dans un délai de deux mois.

Sur la recevabilité des conclusions à fin d'annulation de la décision portant invitation à quitter le territoire français :

2. Lorsque le refus de titre de séjour ou le retrait de titre de séjour opposé à la demande d'un étranger s'accompagne d'une " invitation à quitter le territoire français ", cette invitation, qui est la conséquence nécessaire de la décision de refus ou de retrait de titre ne fait pas, par elle-même, grief et ne constitue pas, dès lors, une décision susceptible de recours. Par suite, les conclusions de la requête dirigées contre l'invitation à quitter le territoire français sont irrecevables et doivent, pour ce motif, être rejetées.

3. Il ressort des termes de la décision contestée que la préfète de l'Oise a uniquement refusé de délivrer à l'intéressé le titre de séjour sollicité, sans assortir ce refus d'une obligation de quitter le territoire. Par conséquent, les conclusions tendant à l'annulation d'une décision portant invitation à quitter le territoire français sont dirigées contre une décision inexistante et doivent, par suite, être rejetées comme irrecevables.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision portant refus de titre de séjour :

4. En premier lieu, par un arrêté du 21 décembre 2020, régulièrement publié au numéro spécial du recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour, la préfète de l'Oise a donné délégation à M. E B, sous-préfet, secrétaire général de la préfecture et signataire de la décision attaquée, pour signer notamment toutes les décisions et tous les actes de procédure prévus en matière de police des étrangers par le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions attaquées doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, les mesures de police doivent être motivées et " comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

6. La décision du 20 juillet 2022 mentionne les articles applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et développe les motifs de fait qui la fondent. Pour rejeter la demande de titre de séjour de M. C, la préfète de l'Oise indique que l'intéressé ne remplit pas les conditions fixées par l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni celles nécessaires pour obtenir la délivrance d'un titre de séjour d'une validité de dix ans. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour, qui n'avait pas à mentionner l'ensemble des circonstances propres à la situation du requérant, doit être écarté.

7. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier, et en particulier du formulaire de demande de titre de séjour rempli par le requérant le 4 juillet 2022, qu'il a coché la case " salarié/travailleur temporaire - prise en charge par l'ASE entre 16 et 18 ans (art. L. 435-3 du CESEDA) ". Par suite, M. C n'est pas fondé à soutenir que la préfète de l'Oise a examiné à tort sa demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni que, par suite, la décision litigieuse est entachée d'un défaut de base légale et d'une erreur de droit. Par suite, de tels moyens doivent être écartés.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 426-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger titulaire de la carte de résident de longue durée-UE, définie par les dispositions de la directive 2003/109/ CE du Conseil du 25 novembre 2003 relative au statut des ressortissants de pays tiers résidents de longue durée, accordée dans un autre Etat membre de l'Union européenne, et qui justifie de ressources stables et suffisantes pour subvenir à ses besoins et, le cas échéant, à ceux de sa famille, ainsi que d'une assurance maladie obtient, sous réserve qu'il en fasse la demande dans les trois mois qui suivent son entrée en France, et sans que la condition prévue à l'article L. 412-1 soit opposable : / 1° La carte de séjour temporaire portant la mention portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " entrepreneur/ profession libérale " s'il remplit les conditions prévues aux articles L. 421-1, L. 421-3 ou L. 421-5 ; () ".

9. Si M. C soutient que la décision attaquée méconnait ces dispositions, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il aurait introduit sa demande de séjour sur un tel fondement. En outre, il résulte des termes de la décision attaquée, confirmés par les écritures de la préfète de l'Oise en défense, que cette dernière n'a pas examiné d'office son droit au séjour sur le fondement des dispositions du 1° de l'article L. 426-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, un tel moyen doit être écarté.

10. En cinquième lieu, M. C soutient que c'est à tort que la préfète de l'Oise a considéré qu'il ne réside plus en Espagne depuis au moins cinq ans et que par conséquent il a indûment obtenu son titre de séjour espagnol. Il résulte néanmoins des termes de la décision attaquée que la préfète de l'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour au motif, d'une part, qu'il ne remplit pas les conditions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et, d'autre part, qu'il ne justifie ni d'une protection internationale, ni d'un visa de long séjour, ni d'une ancienneté de séjour régulier dont peut découler la délivrance d'une carte de résident d'une validité de dix ans. Par ailleurs, ainsi qu'il l'a été dit au point précédent, la préfète de l'Oise n'a pas examiné d'office la possibilité de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention salarié, travailleur temporaire ou entrepreneur/profession libérale sur le fondement du 1° de l'article L. 426-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, la circonstance que la préfète de l'Oise a indiqué qu'il aurait obtenu son titre de séjour espagnol de manière indue est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée.

11. En sixième lieu, M. C soutient que la décision litigieuse est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation tant de sa situation personnelle, dès lors que son père, titulaire d'un titre de séjour valide, et son frère, ressortissant français, résident sur le territoire français que professionnelle, dès lors qu'il a pour projet de développer son activité commerciale, qu'il a initiée en Espagne, en France. Toutefois, ainsi qu'il a été dit aux points précédents, M. C n'a pas sollicité son admission au séjour au titre de sa vie privée et familiale ni sur le fondement de l'article L. 426-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile mais sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-3 de ce code, applicables aux étrangers pris en charge par l'aide sociale à l'enfance après l'âge de seize ans, condition à laquelle il ne conteste pas ne pas satisfaire. Dans ces conditions, compte tenu de l'objet et des effets de la décision de rejet opposée à sa demande de titre de séjour, M. C n'est pas fondé à soutenir que la préfète a entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation. Un tel moyen doit être écarté.

12. En septième lieu, aux termes de l'article 2 du protocole n°4 à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Quiconque se trouve régulièrement sur le territoire d'un Etat a le droit d'y circuler librement et d'y choisir librement sa résidence () ".

13. M. C soutient que la décision litigieuse le prive de sa liberté fondamentale d'aller et venir, protégée par les dispositions précitées de l'article 2 du protocole n°4 à la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Toutefois, il n'établit ni même n'allègue se trouver régulièrement en France à la date de la décision en litige. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 2 du protocole n° 4 à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

14. En huitième et dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision litigieuse serait entachée d'un détournement de pouvoir ni d'un détournement de procédure. Par suite, de tels moyens doivent être écartés.

15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête de M. D C doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction, et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D C et à la préfète de l'Oise.

Délibéré après l'audience du 1er octobre 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Binand, président,

- Mme Parisi et Mme A, conseillères.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2024.

La rapporteure,

Signé

J. PARISI

Le président,

Signé

C. BINAND

Le greffier,

Signé

N. VERJOT

La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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