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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2203094

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2203094

lundi 30 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2203094
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantDANSET-VERGOTEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 23 septembre 2022, M. A B, représenté par Me Danset-Vergoten, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 3 août 2022 par lequel le préfet de l'Aisne a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) à titre principal, d'enjoindre au préfet de l'Aisne de lui délivrer un titre de séjour ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- cet arrêté est entaché d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- cet arrêté méconnaît les dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- cet arrêté méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- cet arrêté méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation sur sa situation personnelle ;

- cet arrêté méconnaît le premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 3 novembre 2022 et 25 avril 2023, la préfète de l'Aisne conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Richard, rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant marocain né le 27 juillet 1990, est entré en France le 25 juin 2012, sous couvert d'un visa de long séjour délivré en qualité de conjoint d'une ressortissante française. Le 11 mars 2021, il a demandé la délivrance d'un titre de séjour en qualité de parent d'enfant français. Par un arrêté du 3 août 2022 dont M. B demande l'annulation, la préfète de l'Aisne a refusé de faire droit à sa demande.

2. En premier lieu, le refus de délivrance d'un titre de séjour qui a été opposé à M. B vise les dispositions des articles L. 423-7 et L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur lesquelles il se fonde et précise les éléments de la situation professionnelle et personnelle de l'intéressé que le préfet a pris en considération, et notamment sa situation familiale et la circonstance qu'il a été l'objet plusieurs condamnations pénales incluant des peines d'emprisonnement pour des faits de violence et de multiples infractions. Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé.

3. En deuxième lieu, il ne ressort ni de la motivation de l'arrêté attaqué ni d'aucune autre pièce du dossier que la situation personnelle de M. B n'ait été dûment prise en compte. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen de cette dernière doit être écarté.

4. En troisième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ". D'autre part, aux termes de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public ".

5. S'il ressort des pièces du dossier que M. B réside depuis le 25 juin 2012 en France où il est entré de manière régulière et où il a disposé d'un titre de séjour en raison de son mariage avec une ressortissante française, il a fait l'objet d'une mesure d'éloignement le 4 juillet 2019, confirmée par le tribunal administratif de Lille par un jugement du 10 avril 2020, à laquelle il n'a pas déféré. Par ailleurs, si M. B a eu un enfant, né le 10 octobre 2017, avec sa seconde épouse française et établit avoir effectué des démarches afin de pouvoir jouir de son droit de visite auprès de son fils malgré les réticences de sa mère, il n'établit pas, à la date de l'arrêté attaqué, la réalité de sa contribution effective à l'entretien et à l'éducation de l'enfant.

6. De plus, il ressort des pièces du dossier que M. B vit depuis 2018 en concubinage avec une autre ressortissante française avec laquelle il a eu une fille née le 21 avril 2020 et que le couple attendait un nouvel enfant en 2023. Toutefois, si l'intéressé établit participer à l'éducation de sa fille, il n'exerce aucune activité professionnelle et ne se prévaut que du projet d'ouvrir une épicerie avec sa compagne. Enfin, M. B a fait l'objet d'un nombre conséquent de condamnations, incluant des peines d'emprisonnement, notamment pour des faits commis de 2014 à 2020 et récurrents de conduite en état d'ivresse, sans assurance et sans permis, vol, violence avec usage ou menace d'une arme, violence sur conjoint et usage de stupéfiants.

7. Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à soutenir qu'en prenant l'arrêté attaqué, le préfet de l'Aisne aurait méconnu les dispositions précitées au point 4.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".

9. Eu égard à la situation de M. B telle que décrite aux points 5 et 6, le préfet de l'Aisne n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale en refusant de lui délivrer un titre de séjour, sans, au surplus, assortir cette décision d'une mesure d'éloignement. Par suite, il n'a pas méconnu les stipulations et dispositions citées au point précédent. Pour les mêmes raisons, l'arrêté attaqué n'est pas entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de la situation personnelle de l'intéressé.

10. En cinquième lieu, aux termes du premier paragraphe de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.

11. Eu égard à la situation de M. B telle que décrite aux points 5 et 6, l'intéressé n'est pas fondé à soutenir qu'en prenant l'arrêté attaqué, le préfet de l'Aisne aurait fait une inexacte application des stipulations citées au point précédent.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de M. B doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fins d'injonction et celles qu'il présente sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète de l'Aisne.

Délibéré après l'audience du 12 décembre 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Lebdiri, président,

- M. Fumagalli, conseiller,

- M. Richard, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 décembre 2024.

Le rapporteur,

signé

J. Richard

Le président,

signé

S. Lebdiri

La greffière,

signé

Z. Aguentil

La République mande et ordonne à la préfète de l'Aisne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

No 2203094

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