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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2203138

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2203138

lundi 30 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2203138
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantLEQUILLERIER

Résumé IA

Le Tribunal Administratif d’Amiens (3ème chambre) a rejeté la requête de Mme B A, assistante maternelle, qui demandait l’annulation de l’arrêté du 28 juillet 2022 suspendant son agrément pour quatre mois. Le tribunal a jugé que la procédure n’était pas irrégulière, l’administration ne s’étant pas fondée uniquement sur un signalement anonyme mais sur des investigations complémentaires. Il a également estimé que les faits reprochés, notamment le dépassement du nombre d’enfants autorisé, étaient établis et justifiaient la suspension au regard des articles L. 421-3 et L. 421-6 du code de l’action sociale et des familles. La demande d’indemnisation au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative a été rejetée.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 27 septembre 2022, Mme B A, représentée par Me Lequillerier, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 28 juillet 2022 par lequel la présidente du conseil départemental a suspendu son agrément d'assistante maternelle pour une durée de quatre mois ;

2°) de mettre à la charge du conseil départemental de l'Oise la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision est fondée sur un témoignage anonyme entachant la régularité de l'instruction de son dossier et de la procédure suivie ;

- elle est fondée sur des faits matériellement inexacts ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 17 novembre 2023, le conseil départemental de l'Oise conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 20 novembre 2023, la date de clôture a été fixée en dernier lieu au 29 décembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Thérain, président-rapporteur,

- et les conclusions de Mme Minet, rapporteure publique.

1. Mme B A a exercé en tant qu'assistante maternelle au sein d'une maison d'assistants maternels à compter du 2 septembre 2019, après avoir obtenu son agrément le 3 mai 2019. Par une décision du 28 juillet 2022, la présidente du conseil départemental de l'Oise a suspendu son agrément pour une durée de quatre mois. Elle demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que le conseil départemental de l'Oise a reçu plusieurs signalements, et notamment des courriers de collègues des 30 juin, 12 et

22 juillet 2022 et a procédé à des investigations complémentaires avant d'inviter l'intéressée à présenter ses observations le 21 juillet 2022 sur les faits reprochés et, enfin, de prononcer la suspension de son agrément d'assistante maternelle. Ainsi, si une première lettre anonyme a permis l'ouverture d'une évaluation, le conseil départemental ne s'est pas fondé sur ce seul signalement pour prononcer la décision attaquée. Par suite, Mme A n'est pas fondée à soutenir que la procédure aurait été irrégulière ou aurait méconnu le principe d'impartialité à raison de cette circonstance.

3. En second lieu, aux termes de l'article L. 421-3 du code de l'action sociale et des familles : " L'agrément nécessaire pour exercer la profession d'assistant maternel ou d'assistant familial est délivré par le président du conseil départemental du département où le demandeur réside () / L'agrément est accordé à ces deux professions si les conditions d'accueil garantissent la sécurité, la santé et l'épanouissement des mineurs et majeurs de moins de vingt et un ans accueillis, en tenant compte des aptitudes éducatives de la personne. Les modalités d'octroi ainsi que la durée de l'agrément sont définies par décret. Cette durée peut être différente selon que l'agrément est délivré pour l'exercice de la profession d'assistant maternel ou d'assistant familial () ". Selon l'article L. 421-6 du même code : " () Si les conditions de l'agrément cessent d'être remplies, le président du conseil départemental peut, après avis d'une commission consultative paritaire départementale, modifier le contenu de l'agrément ou procéder à son retrait. En cas d'urgence, le président du conseil départemental peut suspendre l'agrément. Tant que l'agrément reste suspendu, aucun enfant ne peut être confié. / Toute décision de retrait de l'agrément, de suspension de l'agrément ou de modification de son contenu doit être dûment motivée et transmise sans délai aux intéressés () ". L'article L. 423-8 du même code énonce que : " En cas de suspension de l'agrément, l'assistant maternel ou l'assistant familial relevant de la présente section est suspendu de ses fonctions par l'employeur pendant une période qui ne peut excéder quatre mois. Durant cette période, l'assistant maternel ou l'assistant familial bénéficie d'une indemnité compensatrice qui ne peut être inférieure à un montant minimal fixé par décret. / En cas de retrait d'agrément, l'employeur est tenu de procéder au licenciement par lettre recommandée avec demande d'avis de réception ".

4. Il résulte de ces dispositions qu'il incombe au président du conseil départemental de s'assurer que les conditions d'accueil garantissent la sécurité, la santé et l'épanouissement des enfants accueillis et de procéder au retrait de l'agrément si ces conditions ne sont plus remplies. A cette fin, dans l'hypothèse où il est informé de suspicions de comportements susceptibles de compromettre la santé, la sécurité ou l'épanouissement d'un enfant, notamment de suspicions de mauvais traitements, de la part du bénéficiaire de l'agrément ou de son entourage, il lui appartient de tenir compte de tous les éléments portés à la connaissance des services compétents du département ou recueillis par eux et de déterminer si ces éléments sont suffisamment établis pour lui permettre raisonnablement de penser que l'enfant est victime des comportements en cause ou risque de l'être. Il peut, en outre, si la première appréciation de ces éléments révèle une situation d'urgence, procéder à la suspension de l'agrément.

5. Pour suspendre l'agrément de Mme A, par une décision du 28 juillet 2022, la présidente du conseil départemental de l'Oise a constaté que les faits portés à sa connaissance révélaient notamment un dépassement du nombre de places autorisées figurant sur l'attestation d'agrément, une posture professionnelle inadaptée à l'accueil des enfants, la mise en danger possible du fait de violences physiques ainsi qu'un défaut de surveillance durant la sieste.

6. Il ressort des pièces du dossier, et notamment de la note médico-sociale du 26 juillet 2022, étayée par trois témoignages, des photographies ainsi qu'un relevé Pôle Emploi du

12 juillet 2022, que Mme A accueillait régulièrement un nombre d'enfants supérieur au nombre d'enfants pour lequel elle était agréée, ce que l'intéressée a au demeurant admis, sans qu'elle n'établisse avoir été, contrairement à ce qu'elle soutient, avoir été autorisée à cette fin, fût-ce à titre exceptionnel. En outre, Mme A a également admis visionner des supports visuels sur un écran avec des écouteurs durant la sieste des enfants dont elle a la charge, caractérisant ainsi un défaut de surveillance. Enfin, l'administration, à la date du 28 juillet 2022, disposait de témoignages concordants faisant état de nombreux faits de maltraitance, de propos désobligeants et déplacés tenus à l'égard des enfants, ainsi que d'une posture professionnelle inadaptée, caractérisée notamment par l'utilisation de son téléphone portable durant les heures de garde et en présence des enfants. Il s'ensuit que l'ensemble de ces éléments, suffisamment précis et vraisemblables, permettait de suspecter que les conditions d'accueil garantissant la sécurité, la santé et l'épanouissement des enfants accueillis n'étaient plus remplies. Par suite, et alors même qu'elle produit des attestations favorables de parents d'enfants qui lui ont été confiés, la présidente du conseil départemental de l'Oise a légalement pu suspendre l'agrément de

Mme A pour une durée de quatre mois.

7. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté attaqué.

Sur les frais liés au litige :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du département de l'Oise, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que demande Mme A au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au département de l'Oise.

Délibéré après l'audience du 10 avril 2024, à laquelle siégeaient :

M. Thérain, président,

Mme Rondepierre, première conseillère,

M. Le Gars, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 septembre 2024.

Le président-rapporteur,

signé

S. Thérain

L'assesseur le plus ancien

signé

A. RondepierreLa greffière

signé

S. Chatellain

La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2203138

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