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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2203151

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2203151

mercredi 5 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2203151
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantDOGAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 29 et 30 septembre 2022, M. C B, représenté par Me Dogan, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 septembre 2022 par lequel la préfète de l'Oise l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros à verser à son avocat en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué a été signée par une autorité incompétente pour ce faire ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il n'a pas été précédé d'un examen complet de sa situation personnelle ;

- il méconnaît le principe des droits de la défense ;

- il est entaché d'erreur de droit dès lors que rien ne peut donner à penser qu'il aurait l'intention de se soustraire à ses obligations ;

- il est illégal du fait de l'illégalité de l'arrêté du 22 avril 2022 rejetant sa demande d'admission au séjour, portant obligation à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination de cette mesure en tant qu'il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît les articles 3, 5 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la préfète a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la décision sur sa situation personnelle.

La requête a été communiquée à la préfète de l'Oise qui n'a pas produit d'observations.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Beaucourt, conseillère, pour statuer sur les requêtes relevant des procédures prévues aux articles L. 614-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Beaucourt, magistrate désignée,

- les observations de Me Dogan, représentant M. B, qui conclut aux mêmes fins que sa requête, souligne la particularité de la situation de son client du fait de sa présence en France depuis vingt-deux ans et soutient en outre, que son éloignement ne constitue pas une perspective raisonnable eu égard à l'intensité de ses liens familiaux sur le territoire français ;

- et les observations de M. B qui déclare qu'il a sa vie et sa famille sur le territoire français, qu'il souhaite y travailler, qu'il ne veut pas retourner au Sénégal, où il n'est jamais allé et où il serait isolé, et qu'il se considère comme un citoyen français.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B, ressortissant sénégalais né le 27 août 1999, déclare être entré en France peu après sa naissance. Par un arrêté du 27 septembre 2022, dont M. B demande l'annulation, la préfète de l'Oise a procédé à son assignation à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.

2. En premier lieu, par un arrêté du 5 août 2022, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs n° 8 de la préfecture, la préfète de l'Oise a donné délégation à M. D A, sous-préfet hors classe, secrétaire général de la préfecture de l'Oise, à l'effet de signer en toutes matières, tous actes, arrêtés, correspondances, décisions, requêtes et circulaires relevant des attributions de l'État dans le département de l'Oise à l'exclusion de certaines mesures limitativement énumérées, au nombre desquelles ne figurent pas les arrêtés portant assignation à résidence. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu, l'article L. 732-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " Les décisions d'assignation à résidence () sont motivées ".

4. L'arrêté attaqué cite les dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et indique que M. B a fait l'objet, le 22 avril 2022, d'une obligation de quitter le territoire avec délai de départ volontaire, que si sa reconduite à la frontière ne peut intervenir immédiatement, son départ demeure toutefois une perspective raisonnable et qu'il semble, eu égard à son adresse connue des services de l'État, présenter quelques garanties de représentation. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de l'arrêté attaqué, lequel comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles il est fondé et permet au requérant de connaître les raisons pour lesquelles il est assigné à résidence, doit être écarté comme manquant en fait.

5. En troisième lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté attaqué, ni des autres pièces du dossier que la préfète de l'Oise n'aurait pas, avant de prendre l'arrêté contesté, procédé à un examen complet de la situation personnelle de M. B au regard des éléments portés à sa connaissance. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen sérieux de la situation du requérant doit être écarté.

6. En quatrième lieu, si M. B affirme que la préfète de l'Oise a méconnu le principe du respect des droits de la défense, cette allégation est toutefois dépourvue de précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé.

7. En cinquième lieu, l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé () ".

8. D'une part, il ressort des pièces du dossier que, par un arrêté du 22 avril 2022, la préfète de l'Oise a rejeté la demande d'admission au séjour de M. B, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement. Il est constant qu'à la date de la décision attaquée, soit le 27 septembre 2022, le délai de départ octroyé à l'intéressé pour déférer à cette mesure était expiré de sorte qu'il entre dans le champ d'application du 1° de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, quand bien même M. B soutient qu'il n'a nullement l'intention de se soustraire à ses obligations, la préfète de l'Oise a pu procéder à son assignation à résidence sans méconnaître les dispositions précitées. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

9. D'autre part, en se bornant à se prévaloir de l'intensité de ses liens familiaux sur le territoire français, M. B ne démontre pas en quoi son éloignement ne constituerait pas une perspective raisonnable. En tout état de cause, et ainsi que cela vient d'être dit, la circonstance selon laquelle le requérant a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français suffit à faire regarder son éloignement comme une telle perspective au sens de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, ce moyen doit être écarté.

10. En sixième lieu, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule que : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

11. Par ailleurs, l'illégalité d'un acte administratif, qu'il soit ou non réglementaire, ne peut être utilement invoquée par voie d'exception à l'appui de conclusions dirigées contre une décision administrative ultérieure que si cette dernière décision a été prise pour l'application du premier acte ou s'il en constitue la base légale. S'agissant d'un acte non réglementaire, l'exception n'est recevable que si l'acte n'est pas devenu définitif à la date à laquelle elle est invoquée, sauf dans le cas où l'acte et la décision ultérieure constituant les éléments d'une même opération complexe, l'illégalité dont l'acte serait entaché peut être invoquée en dépit du caractère définitif de cet acte. Une décision administrative devient définitive à l'expiration du délai de recours contentieux ou, si elle a fait l'objet d'un recours contentieux dans ce délai, à la date à laquelle la décision rejetant ce recours devient irrévocable.

12. D'une part, si M. B excipe de l'illégalité de l'arrêté du 22 avril 2022 portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours avec fixation du Sénégal comme pays de destination, il ressort des pièces du dossier que le recours contentieux dont cet arrêté a fait l'objet auprès du présent tribunal est intervenu après qu'il eut acquis un caractère définitif. Il ressort en effet plus particulièrement des motifs de l'ordonnance rendue le 15 septembre 2022 que l'arrêté du 22 avril 2022 a été régulièrement notifié à l'intéressé, avec indication des voies et délais de recours, le 27 avril suivant de sorte que la requête de M. B, enregistrée au greffe du tribunal le 4 juin 2022, a été formée au-delà du délai de recours imparti par l'article L. 614-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par ailleurs, si le requérant se prévaut, à cette occasion, d'une demande d'aide juridictionnelle du 4 juin 2022, celle-ci n'a pu avoir pour effet d'interrompre le délai de recours contentieux, qui était déjà expiré à la date où elle a été formée. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de l'arrêté du 22 avril 2022, qui n'a été soulevé par le requérant devant le tribunal que dans son mémoire du 30 septembre 2022 à l'appui de ses conclusions dirigées contre l'arrêté portant assignation à résidence en litige est, par suite, irrecevable.

13. D'autre part, l'arrêté du 27 septembre 2022 assigne à résidence M. B à Creil, lui interdit de sortir du département de l'Oise sans autorisation et l'oblige à se rendre au commissariat de police de Creil, chaque matin, les lundi, mardi et vendredi pendant les quarante-cinq jours de sa période d'assignation à résidence. Si M. B se prévaut de l'ancienneté de son séjour en France, de l'intensité de ses liens familiaux sur le territoire national et du fait qu'il est dépourvu de tels liens dans son pays d'origine, les obligations qui lui sont faites par l'arrêté attaqué, qui ne porte pas mesure d'éloignement, n'ont toutefois pas pour effet d'empêcher le requérant de côtoyer les membres de sa famille, notamment ses parents adoptifs au domicile desquels il est obligé à demeurer. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que de telles conditions d'assignation soient incompatibles avec les obligations de M. B, lequel ne fait état d'aucune circonstance particulière. Il s'ensuit que la mesure contestée ne porte par elle-même aucune atteinte au droit du requérant à mener une vie privée et familiale normale. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.

14. En septième lieu, l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule que : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

15. En se bornant à soutenir qu'il se trouve, du fait de l'arrêté en litige, dans une situation inhumaine et dégradante, M. B qui ne se prévaut d'aucune circonstance de nature à faire obstacle à l'exécution de cette mesure d'assignation à résidence, n'assortit pas son moyen des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé. En tout état de cause, en assignant le requérant sur le territoire de la commune de Creil et en l'obligeant à se présenter à raison de trois jours par semaine au commissariat de police de cette commune afin de s'assurer du respect de la mesure d'assignation à résidence, la préfète de l'Oise n'a pas retenu de modalités excessives au regard de la situation de l'intéressé. Par suite, l'arrêté du 27 septembre 2022, qui n'a au demeurant pas pour objet un retour du requérant dans son pays d'origine, n'a pas méconnu les stipulations citées au point précédent.

16. En huitième lieu, aux termes de l'article 5 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit à la liberté et à la sûreté. Nul ne peut être privé de sa liberté sauf dans les cas suivants et selon les voies légales : () f) s'il s'agit de l'arrestation ou de la détention régulières d'une personne pour l'empêcher de pénétrer irrégulièrement dans le territoire, ou contre laquelle une procédure d'expulsion ou d'extradition est en cours ".

17. Si une mesure d'assignation à résidence de la nature de celle qui a été prise à l'égard de M. B apporte des restrictions à l'exercice de certaines libertés, en particulier la liberté d'aller et venir, elle ne présente pas, compte tenu de sa durée et de ses modalités d'exécution, le caractère d'une mesure privative de liberté au sens de l'article 5 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, le requérant ne peut utilement se prévaloir de cet article pour contester l'assignation à résidence prise à son encontre.

18. En neuvième et dernier lieu, eu égard à ce qui précède, il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que la préfète de l'Oise aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de l'arrêté attaqué sur la situation personnelle du requérant.

19. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions de la requête relatives aux frais de l'instance.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à la préfète de l'Oise et à Me Dogan

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 octobre 2022.

La magistrate désignée,

signé

P. BEAUCOURTLa greffière,

signé

T. PETR

La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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