jeudi 16 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2203198 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | CABINET SOULE-LANCKRIET |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête enregistrée sous le no 2203198 le 4 octobre 2022, Mme E A, représentée par Me Lanckriet, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 4 août 2022 par laquelle la directrice par intérim du centre hospitalier Georges Decroze l'a suspendue de ses fonctions à titre conservatoire ;
2°) de mettre à la charge du centre hospitalier Georges Decroze la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'incompétence ;
- elle est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article 30 de la loi du 13 juillet 1983 dès lors qu'en l'absence de poursuites pénales s'agissant des faits reprochés, sa suspension qui ne repose par ailleurs pas sur des faits allégués suffisamment graves et vraisemblables, ne pouvait être renouvelée ;
- elle constitue une sanction déguisée.
La requête a été transmise au centre hospitalier Georges Decroze qui n'a pas produit d'observations en défense.
Par ordonnance du 18 décembre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 19 janvier 2024.
II. Par une requête enregistrée sous le no 2300774 le 8 mars 2023, Mme A, représentée par Me Lanckriet, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 13 janvier 2023 par laquelle la directrice par intérim du centre hospitalier Georges Decroze l'a exclue temporairement de ses fonctions du 23 janvier 2023 au 6 février 2023 ;
2°) de mettre à la charge du centre hospitalier Georges Decroze la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'incompétence ;
- elle est entachée de vices de procédure dès lors qu'il y a une incertitude quant à l'identité de l'auteur du rapport disciplinaire, que l'enquête administrative a été menée avec partialité ;
- la matérialité des vols allégués n'est pas caractérisée dès lors que le procès-verbal d'entretien du 1er avril 2022 au cours duquel elle aurait prétendument reconnu les vols reprochés n'est pas fidèle à la réalité.
La requête a été transmise au centre hospitalier Georges Decroze qui n'a pas produit d'observations en défense.
Par ordonnance du 18 décembre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 19 janvier 2024.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- le code de la santé publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Menet, premier conseiller,
- et les conclusions de M. Beaujard, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, agente des services hospitaliers titulaire, exerce des fonctions au centre hospitalier Georges Decroze. Par les présentes requêtes, Mme A demande l'annulation de décisions de la directrice par intérim de l'établissement des 4 août 2022 et 13 janvier 2023 l'ayant respectivement suspendue de ses fonctions à titre conservatoire et l'ayant exclue temporairement de ses fonctions du 23 janvier 2023 au 6 février 2023.
2. Les requêtes nos 2203198 et 2300774 présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision portant suspension :
3. D'une part, aux termes de l'article L. 6143-7 du code de la santé publique : " Le directeur exerce son autorité sur l'ensemble du personnel dans le respect des règles déontologiques ou professionnelles qui s'imposent aux professions de santé, des responsabilités qui sont les leurs dans l'administration des soins et de l'indépendance professionnelle du praticien dans l'exercice de son art ".
4. D'autre part, aux termes de l'article L. 531-1 du code général de la fonction publique : " Le fonctionnaire, auteur d'une faute grave, qu'il s'agisse d'un manquement à ses obligations professionnelles ou d'une infraction de droit commun, peut être suspendu par l'autorité ayant pouvoir disciplinaire qui saisit, sans délai, le conseil de discipline. / Le fonctionnaire suspendu conserve son traitement, l'indemnité de résidence, le supplément familial de traitement. Sa situation doit être définitivement réglée dans le délai de quatre mois ". Aux termes de l'article L. 531-2 du même code : " Si, à l'expiration du délai mentionné à l'article L. 531-1, aucune décision n'a été prise par l'autorité ayant le pouvoir disciplinaire, le fonctionnaire qui ne fait pas l'objet de poursuites pénales est rétabli dans ses fonctions ". Ces dispositions étaient contenues dans l'article 30 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires avant leur codification dans les dispositions précitées à compter du 1er mars 2022. La suspension d'un fonctionnaire au titre de ces dispositions est une mesure à caractère conservatoire, prise dans le souci de préserver l'intérêt du service. En l'absence de poursuites pénales, son maintien en vigueur ou sa prorogation sont subordonnés à l'engagement de poursuites disciplinaires dans un délai raisonnable après son édiction.
5. Il ressort des pièces du dossier que la directrice par intérim du centre hospitalier Georges Decroze a suspendu la requérante sur le fondement des dispositions de l'article
L. 6143-7 du code de la santé publique et celles du code général de la fonction publique pour une durée de quatre mois par une décision du 4 avril 2022 puis " jusqu'à ce qu'il soit statué sur les suites à donner aux faits motivant [la] suspension " par la décision en litige du 4 août 2022.
6. Le régime disciplinaire applicable à Mme A procède des dispositions précitées du code général de la fonction publique. Dès lors, en l'absence de poursuites pénales à l'encontre de l'intéressée à raison des faits ayant justifié la décision de suspension de fonctions de quatre mois du 4 avril 2022 et alors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier qu'une procédure disciplinaire eût été engagée dans un délai raisonnable ensuite, le centre hospitalier ne pouvait suspendre de nouveau Mme A au-delà de la durée de quatre mois.
7. Ainsi, Mme A est fondée à soutenir que la décision en litige a méconnu les dispositions des articles L. 531-1 et L. 531-2 du code général de la fonction publique.
En ce qui concerne la décision portant exclusion temporaire :
8. En premier lieu, la décision attaquée du 13 janvier 2023, en tant qu'elle exclut temporairement Mme A de ses fonctions, a été prise par Mme D C, directrice par intérim du centre hospitalier Georges Decroze, laquelle disposait de la compétence à cet effet en application des articles L. 532-1 du code général de la fonction publique et L. 6143-7 du code de la santé publique.
9. En deuxième lieu, le rapport de saisine du conseil de discipline du 3 août 2022 a été signé par Mme B par délégation de Mme C, directrice par intérim du centre hospitalier Georges Decroze. Mme A n'est donc pas fondée à soutenir qu'il y a une incertitude quant à l'auteur du rapport qui l'aurait privée d'une garantie.
10. En troisième lieu, il ne résulte pas de l'instruction que la procédure disciplinaire menée par l'établissement public de santé aurait été entachée de partialité du fait d'une animosité particulière ou personnelle d'un quelconque intervenant ou d'un défaut d'impartialité de l'autorité hiérarchique à l'égard de Mme A.
11. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 533-1 du code général de la fonction publique : " Les sanctions disciplinaires pouvant être infligées aux fonctionnaires sont réparties en quatre groupes : / () / 2° Deuxième groupe : / () / c) L'exclusion temporaire de fonctions pour une durée de quatre à quinze jours ".
12. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un agent public ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.
13. Il résulte de l'instruction que pour infliger à Mme A la sanction en litige, le centre hospitalier Georges Decroze a constaté d'une part que les 5 et 6 mars 2022, trois boîtes de Seresta et les pilules de cet anxiolytique avaient été dérobées de l'ensemble des piluliers des patients au sein de l'unité cognitivo-comportementale, unité prenant en charge des patients avec de troubles du comportement majeur et d'autre part que deux billets de 10 euros avaient été volés à une patiente sortante le 30 mars 2022.
14. L'enquête administrative a permis de relever que les vols de médicaments sont intervenus dans un service avec peu d'intervenants et la chronologie des faits a démontré qu'ils avaient été commis systématiquement lorsque Mme A était présente, c'est-à-dire les matins des 5 et 6 mars 2022. Le vol de numéraires est intervenu dans une plage de dix minutes le 30 mars 2022 durant laquelle Mme A était présente.
15. L'intéressée a reconnu ces deux séries de faits à l'occasion d'un entretien avec sa hiérarchie du 1er avril 2022, a restitué les espèces et a indiqué ne plus être en possession des médicaments. Mme A soutient que le procès-verbal d'entretien n'a pas de force probante dès lors qu'il ne reflète pas la réalité et qu'elle avait avoué seulement sous la pression. L'examen du procès-verbal signé par les trois personnes ayant mené l'entretien ne permet pas de relever que la relation des faits n'aurait pas été fidèle à la réalité ou que les aveux et la restitution des numéraires auraient été extorqués.
16. Ces manquements qui sont des atteintes graves et répétées notamment au devoir de dignité et de probité sont de nature à justifier la sanction d'exclusion temporaire de quinze jours infligée à Mme A qui n'est ainsi pas fondée à en demander l'annulation.
Sur les frais exposés et non compris dans les dépens :
17. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de la requête no 2203198 de Mme A présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Ces mêmes dispositions font obstacle à ce que soit mise à la charge du centre hospitalier Georges Decroze, qui n'est pas dans l'instance no 2300774 la partie perdante, la somme demandée par Mme A au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1 er : La décision du centre hospitalier Georges Decroze du 4 août 2022 par laquelle Mme A a été suspendue de ses fonctions à titre conservatoire est annulée.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête no 2203198 de Mme A est rejeté.
Article 3 : La requête no 2300774 de Mme A est rejetée.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme E A et au centre hospitalier Georges Decroze.
Délibéré après l'audience du 8 avril 2024, à laquelle siégeaient :
M. Boutou, président,
Mme Pierre, première conseillère,
M. Menet, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition le 16 mai 2024.
Le rapporteur,
Signé
M. Menet
Le président,
Signé
B. Boutou La greffière,
Signé
A. Ribière
La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Nos 2203198 et 2300774
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026