jeudi 24 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2203217 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | LEX PUBLICA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires complémentaires, enregistrés les 7 octobre 2022, 20 mars 2023 et 2 octobre 2023, Mme B A et le groupement foncier agricole du Clos Emery, représentés par Me Delevacque, demandent au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 8 août 2022 par lequel le maire de la commune d'Epieds a prescrit qu'aucun stockage de paille et de fourrage ne pourra être établi à moins de cinquante mètres de l'habitation d'un tiers, autre que celle appartenant à l'exploitant agricole ;
2°) de mettre à la charge de la commune d'Epieds la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;
- il est entaché d'un vice de procédure dès lors que le maire aurait dû prendre une décision individuelle à leur encontre et non un acte réglementaire ;
- le permis de construire de l'habitation située à proximité immédiate du hangar n'a pas respecté les distances minimales d'éloignement d'une exploitation agricole, en méconnaissance de l'article L. 111-3 du code rural et de la pêche maritime ;
- le hangar de stockage est utilisé de manière régulière et n'a pas à être soumis à la réglementation applicable aux installations classées pour la protection de l'environnement (ICPE) ;
- il est disproportionné dès lors qu'il limite la liberté de commerce et d'industrie de l'exploitation agricole, lui cause un préjudice économique en la privant de l'usage d'un bâtiment essentiel à son fonctionnement et n'est pas limité aux seules périodes de sécheresse ;
- l'arrêté est entaché d'un détournement de pouvoir.
Par un mémoire en défense, enregistré le 1er février 2023, la commune d'Epieds, représenté par Me Boucher, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge des requérants au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Fumagalli, conseiller,
- les conclusions de M. Liénard, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté 8 août 2022, le maire de la commune d'Epieds (Aisne) a prescrit qu'aucun stockage de paille et de fourrage ne pourra être établi à moins de cinquante mètres de l'habitation d'un tiers, autre que celle appartenant à l'exploitant agricole. Les requérants ont formé un recours gracieux contre cet arrêté le 15 août 2022, qui a été implicitement rejeté par l'administration. Mme A et le groupement foncier agricole (GFA) du Clos Emery demandent au tribunal l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent.
A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° () constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. "
3. L'arrêté attaqué vise les dispositions législatives applicables, notamment les articles L. 2213-21 et suivants du code général des collectivités territoriales, et indique la nécessité de protéger les personnes et les biens des sinistres pouvant être occasionnés par les incendies de paille et de fourrage. Il précise que deux incendies ont eu lieu sur le territoire de la commune d'Epieds. Par suite, l'arrêté litigieux comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit donc être écarté.
4. En deuxième lieu, la circonstance que l'arrêté contesté vise, à tort, la " réglementation ICPE rubrique 1530 " est sans influence sur sa légalité.
5. En troisième lieu, les requérants ne peuvent, en tout état de cause, utilement invoquer la méconnaissance de l'article L. 111-3 du code rural et de la pêche maritime, qui relève de la police de l'urbanisme, alors que l'arrêté attaqué a été pris en application de la police dans les campagnes.
6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 2542-3 du code général des collectivités territoriales : " Les fonctions propres au maire sont de faire jouir les habitants des avantages d'une bonne police, notamment de la propreté, de la salubrité, de la sûreté et de la tranquillité dans les rues, lieux et édifices publics ". Aux termes de l'article L. 2542-4 du même code : " Sans préjudice des attributions du représentant de l'État (), les objets de police confiés à la vigilance et à l'autorité du maire sont ceux déterminés aux 1o, 3o, 4o et 6o à 8o de l'article L. 2212-2. Le maire a également le soin: () 2o De prévenir par des précautions convenables, et celui de faire cesser, par la distribution des secours nécessaires, les accidents et les fléaux calamiteux, tels que les incendies () ". Enfin, aux termes de l'article L. 2213-21 dudit code : " Le maire peut prescrire que les meules de grains, de paille et de fourrage, etc., doivent être placées à une distance déterminée des habitations et de la voie publique. ".
7. Pour fonder l'arrêté attaqué, le maire d'Epieds a relevé que la paille et le fourrage sont des matières particulièrement inflammables et que deux incendies se sont produits les 11 avril 2021 et 2 janvier 2022 dans un hangar situé sur le territoire de la commune. Il ressort des pièces du dossier que ces incendies ont respectivement mobilisé les pompiers pendant cinq heures et près d'une journée entière et qu'une maison d'habitation jouxte le terrain d'assiette du hangar utilisé par les requérants, dont les habitants ont dû être évacués et ont subi la fumée et la suie. Si les requérants se prévalent des conséquences économiques liées à l'impossibilité d'utiliser ledit hangar dans le cadre de leur activité d'élevage équin, ils ne produisent pas d'éléments chiffrés de nature à établir l'existence d'une atteinte à la liberté du commerce et de l'industrie. Eu égard à la situation des exploitations agricoles qui sont situées à proximité immédiate des habitations, les distances observées avant l'édiction de l'arrêté litigieux ne peuvent être considérées comme suffisantes. Ainsi, il appartenait au maire, dans le cadre de son pouvoir de police administrative, de prendre les mesures nécessaires et adaptées afin de prévenir les risques d'incendie sur le territoire de la commune. Dans ces conditions, en fixant la distance minimale entre le stockage de paille et de fourrage et l'habitation la plus proche à 50 mètres, le maire n'a pas entaché son arrêté de disproportion.
8. En cinquième lieu, rien ne faisait obstacle à ce que le maire prenne une mesure de police à portée réglementaire. Les requérants ne peuvent ainsi utilement soutenir que cette autorité aurait dû prendre une mesure individuelle.
9. En sixième et dernier lieu, la circonstance que seule l'exploitation agricole des requérants serait concernée par la prescription imposée par l'arrêté attaqué ne suffit pas à établir le détournement de pouvoir allégué.
10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par les requérants doivent être rejetées.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune d'Epieds, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que Mme A et le GFA du Clos Emery demandent au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge des requérants une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par la commune d'Epieds et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A et du GFA du Clos Emery est rejetée.
Article 2 : Mme A et le GFA du Clos Emery verseront à la commune d'Epieds une somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, au groupement foncier agricole du Clos Emery et à la commune d'Epieds.
Délibéré après l'audience du 10 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Lebdiri, président,
M. Richard, premier conseiller,
M. Fumagalli, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 octobre 2024.
Le président,
signé
S. Lebdiri
Le rapporteur,
signé
E. Fumagalli La greffière,
signé
Z. Aguentil
La République mande et ordonne au préfet de l'Aisne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2203217
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