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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2203245

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2203245

mercredi 16 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2203245
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif d'Amiens annule la décision du 4 juillet 2022 par laquelle la préfète de l'Oise a classé sans suite la demande de naturalisation de Mme C. La requérante contestait cette décision pour erreur de fait, ayant produit les actes de naissance demandés avant que la préfète ne statue. Le tribunal retient que la décision est entachée d'erreur de fait, les documents ayant été reçus le 28 juin 2022, et écarte la substitution de motif demandée par la préfète, fondée sur le non-respect du délai de la mise en demeure. Il enjoint à la préfète de reprendre l'instruction de la demande dans un délai d'un mois. La décision s'appuie sur l'article 40 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance n° 467428 du 6 octobre 2022, enregistrée le 10 octobre 2022 au greffe du tribunal, le président de la section du contentieux du Conseil d'État a attribué au tribunal administratif d'Amiens, en application de l'article R. 351-6 du code de justice administrative, le jugement de la requête présentée par Mme C.

Par cette requête, enregistrée au greffe du tribunal administratif de Lille le 11 août 2022, Mme A C demande au tribunal d'annuler la décision du 4 juillet 2022 par laquelle la préfète de l'Oise a classé sans suite sa demande de naturalisation.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est entachée B erreur de fait, dès lors que les actes de naissance sollicités par la mise en demeure du 2 juin 2022 ont été reçus par la préfecture le 28 juin 2022 ;

- elle est entachée B erreur de droit, dès lors que de précédents actes de naissance avaient déjà été adressés à la préfecture le 17 mars 2021 ;

- elle est entachée B erreur manifeste d'appréciation, dès lors qu'elle a informé le service instructeur le 13 juin 2022 de sa demande de délivrance de nouveaux actes de naissance auprès de l'office français de protection des réfugiés et apatrides et qu'elle lui a transmis ces actes le 28 juin 2022, dès leur réception.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 janvier 2023, la préfète de l'Oise conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que la décision attaquée peut être fondée sur un motif, dont elle sollicite la substitution, tiré de ce que Mme C a produit les documents sollicités postérieurement à l'expiration du délai imparti par la mise en demeure qui lui avait été adressée.

Par un courrier du 25 septembre 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7-3 du code de justice administrative, de ce que le jugement du tribunal était susceptible d'impliquer le prononcé d'office B injonction tendant à ce que la préfète de l'Oise reprenne, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, l'instruction de la demande de naturalisation présentée par Mme C, sous réserve d'un changement de circonstances de droit ou de fait.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Harang, rapporteur,

- et les conclusions de Mme Rondepierre, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A C a présenté, le 17 mars 2021, une demande de naturalisation auprès des services de la préfecture de l'Oise. Par un courrier en date du 2 juin 2022, le service instructeur l'a mise en demeure de produire notamment les originaux de son acte de naissance et de celui de ses enfants, afin de compléter sa demande. Par une décision du 4 juillet 2022, dont Mme C demande l'annulation, la préfète de l'Oise a classé sans suite la demande de naturalisation de l'intéressée.

2. Aux termes de l'article 40 du décret du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française : " L'autorité qui a reçu la demande ou le ministre chargé des naturalisations peut, à tout moment de l'instruction de la demande de naturalisation ou de réintégration, mettre en demeure le demandeur de produire les pièces complémentaires ou d'accomplir les formalités administratives qui sont nécessaires à l'examen de sa demande. / Si le demandeur ne défère pas à cette mise en demeure dans le délai qu'elle fixe, la demande peut être classée sans suite. Le demandeur est informé par écrit de ce classement ". Aux termes de l'article 37-1 dudit décret : " Le demandeur fournit () : / 1° Son acte de naissance ; / () / 5° Le cas échéant, les actes de naissance de tous ses enfants mineurs () ".

3. B part, il ressort des pièces du dossier que la décision du 4 juillet 2022 a été prise au motif qu'à la date de son intervention, les originaux des actes de naissance de Mme C et de ses enfants n'avaient pas été transmis au service instructeur malgré la mise en demeure qui lui avait été adressée en ce sens le 2 juin 2022. Toutefois, il est constant que la requérante a effectivement adressé les documents sollicités à la préfecture de l'Oise, laquelle en a accusé réception le 28 juin 2022. Dans ces conditions, Mme C est fondée à soutenir que la décision attaquée est entachée B erreur de fait.

4. D'autre part, si la préfète de l'Oise, en faisant valoir que les documents réclamés par la mise en demeure du 2 juin 2022 n'ont pas été produits dans le délai imparti, soit avant le 17 juin 2022, doit être regardée comme sollicitant la substitution de ce motif à celui décrit ci-dessus, il résulte ce que vient d'être dit que ces documents, pour avoir été produits après l'expiration du délai imparti par la mise en demeure, l'ont néanmoins été avant que la préfète de l'Oise ne se prononce sur la demande de Mme C. Il s'ensuit que ce motif n'est pas susceptible de fonder légalement la décision attaquée.

5. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C est fondée à demander, pour ces motifs et sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, l'annulation de la décision attaquée.

6. L'exécution du présent jugement implique nécessairement que la préfète de l'Oise reprenne l'instruction de la demande de naturalisation présentée par Mme C le 17 mars 2021. Il y a lieu, dès lors, de lui enjoindre d'y procéder, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

D É C I D E :

Article 1er : La décision de la préfète de l'Oise du 4 juillet 2022 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète de l'Oise, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, de reprendre l'instruction de la demande de naturalisation présentée par Mme C.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée à la préfète de l'Oise.

Délibéré après l'audience du 2 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Thérain, président,

- M. Truy, premier conseiller honoraire,

- M. Harang, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 octobre 2024.

Le rapporteur,

signé

J. HarangLe président,

signé

S. Thérain

La greffière,

signé

S. Chatellain

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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