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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2203283

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2203283

jeudi 22 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2203283
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantBEN REHOUMA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 12 octobre 2022, Mme B D, représentée par Me Ben Rehouma, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 15 septembre 2022 par lequel la préfète de l'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé la Géorgie comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure ;

2°) à titre principal, d'enjoindre à la préfète de l'Oise de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre à la préfète de l'Oise, de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours sous astreinte de 100 euros par jour de retard en application de l'article L. 911-3 du code de justice administrative ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 000 euros, à verser à son conseil, en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article 3 paragraphe 1 de la convention relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'elle n'a pas tenu compte de ses attaches privées et familiales en France depuis plus de cinq ans.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'illégalité dès lors qu'elle est fondée sur une décision portant refus de titre de séjour elle-même illégale ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 paragraphe 1 de la convention relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'elle entraîne de graves conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 octobre 2022, la préfète de l'Oise conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par Mme D ne sont pas fondés.

Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 26 octobre 2022.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

-- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique, le rapport de Mme C a été entendu.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B D, ressortissante géorgienne née le 14 juin 1979, déclare être entrée en France le 18 octobre 2021. Le 9 juin 2021, elle a sollicité son admission au séjour sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 15 septembre 2022, dont elle demande l'annulation, la préfète de l'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé la Géorgie comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure.

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, la décision de refus de titre de séjour vise les textes dont elle fait application, notamment les articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle comporte les considérations de fait et de droit sur lesquelles elle se fonde, notamment le fait que la requérante est présente en France depuis 2012, qu'elle n'allègue ni ne soutient avoir une situation professionnelle et personnelle stable, qu'elle a fait l'objet de trois obligations de quitter le territoire français en 2016, 2018 et 2020 qui n'ont pas été respectées, qu'elle ne maîtrise pas la langue française et que l'un de ses deux enfants, majeur à la date de la décision attaquée, est également en situation irrégulière, tandis que son autre enfant, en cours de régularisation, ne nécessite pas de manière impérieuse la présence de sa mère à ses côtés. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision de refus de titre de séjour manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. Les modalités d'application du présent article sont définies par décret en Conseil d'Etat ".

4. Mme D réside en France depuis le 18 octobre 2012 selon ses déclarations. Toutefois, la requérante ne produit aucune pièce à l'appui de cette allégation. Elle s'est maintenue sur le territoire français malgré trois décisions d'obligation de quitter le territoire français édictées en 2016, 2018 et 2020. La requérante ne fait en outre état d'aucun élément d'insertion sociale ou professionnelle, et ne conteste d'ailleurs pas qu'elle ne maitrise pas la langue française. D'autre part, si Mme D soutient qu'elle vit en France avec sa fille majeure, dont la préfète souligne qu'elle est en cours de régularisation, la requérante n'établit toutefois ni qu'elle vit avec sa fille ni que sa présence à ses côtés serait nécessaire. La circonstance que son fils est présent sur le territoire n'emporte également aucune conséquence, alors même que l'obligation de quitter le territoire français dont fait l'objet ce dernier a été annulée par un jugement du 22 novembre 2022. Ainsi, la situation personnelle et familiale de la requérante ne permet pas de caractériser des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels au sens des dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, la préfète de l'Oise n'a entaché sa décision d'aucune erreur manifeste d'appréciation en refusant l'admission exceptionnelle au séjour de Mme D.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ". Aux termes de l'article 3 paragraphe 1 de la convention relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

6. Compte tenu de ce qui a été dit au point 4 du présent jugement, la décision attaquée n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale de Mme D une atteinte disproportionnée au regard des buts poursuivis et n'a, dès lors, pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ces moyens doivent, par suite, être écartés.

7. En quatrième lieu, le moyen tiré de la violation de l'article 3, paragraphe 1 de la convention relative aux droits de l'enfant doit être écarté comme inopérant dès lors qu'aucun des enfants de A D n'était mineur à la date de la décision attaquée.

8. En dernier lieu, la requérante soutient que la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation en ce qu'elle comporte pour sa situation personnelle des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Toutefois, ce moyen doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 4. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

9. En premier lieu, par un arrêté du 5 août 2022 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, la préfète de l'Oise a donné délégation à M. Sébastien Lime, secrétaire général, pour signer tous les actes dans la limite de ses attributions, au nombre desquelles figure la police des étrangers. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué aurait été pris par une autorité incompétente manque en fait et doit être écarté.

10. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. () ". Il résulte de ce qui a été dit au point 2 que la décision de refus de titre de séjour est suffisamment motivée. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté par application des dispositions citées ci-dessus de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

11. En troisième lieu, les moyens dirigés contre la décision refusant à Mme D la délivrance d'un titre de séjour étant écartés, l'exception d'illégalité de cette décision, soulevée à l'appui des conclusions d'annulation dirigées contre la décision obligeant Mme D à quitter le territoire français ne peut qu'être écartée.

12. En quatrième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6, le moyen tiré de la violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Il en va de même des moyens tirés de la violation de l'article 3 paragraphe 1 de la convention relative aux droits de l'enfant et de l'erreur manifeste d'appréciation.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du

15 septembre 2022 doivent être rejetées ainsi que par voie de conséquence, celles aux fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées au titre des frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B D, à Me Ben Rehouma, et à la préfète de l'Oise.

Délibéré après l'audience du 8 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Galle, présidente,

Mme Pellerin, conseillère,

Mme Bazin, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 22 décembre 2022.

L'assesseure la plus ancienne,

signé

C. Pellerin

La présidente-rapporteure,

signé

C. C

La greffière,

signé

S. Grare

La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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