jeudi 22 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2203284 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | SCP CARON - DAQUO - AMOUEL - PEREIRA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 12 octobre 2022, Mme A B, représentée par Me Pereira, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 16 septembre 2022 par lequel la préfète de l'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé l'Angola comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;
2°) d'enjoindre à la préfète de l'Oise de lui délivrer une carte de séjour dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 000 euros en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision portant refus de titre de séjour méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'une erreur d'appréciation eu égard à l'ancienneté de sa résidence en France, à l'effectivité de son intégration dans la société française, à l'annulation juridictionnelle de la mesure d'éloignement dont elle a fait l'objet le 9 septembre 2019 et à l'impossibilité de rendre visite à sa fille qui réside en France.
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 novembre 2022, la préfète de l'Oise conclut au rejet de la requête.
Par une ordonnance du 20 octobre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 18 novembre 2022.
Par une décision du 9 novembre 2022, Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique, le rapport de Mme Pellerin, rapporteure.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, ressortissante angolaise née le 10 juin 1968, entrée en France le 7 avril 2018 selon ses déclarations, a été titulaire d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " valable du 13 mai 2020 au 12 février 2021, renouvelée jusqu'au 8 février 2022. Le 24 décembre 2021, elle a sollicité le renouvellement de son titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 16 septembre 2022, dont elle demande l'annulation, la préfète de l'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé l'Angola comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
2. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ".
3. Pour refuser de délivrer à Mme B un titre de séjour en qualité d'étranger malade, la préfète de l'Oise s'est fondée sur l'avis du 17 juin 2022 du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) qui a estimé que, si l'état de santé de l'intéressée nécessitait une prise en charge médicale, le défaut de celle-ci n'entraînerait pas pour elle de conséquences d'une exceptionnelle gravité. Il ressort d'un certificat médical du 12 octobre 2022 établi par un médecin généraliste que l'intéressée souffre d'un glaucome avancé, d'une intolérance au glucose, d'un goitre et d'une hépatite B qui nécessitent des soins continus dont l'absence peut entraîner un risque de cécité ainsi qu'un risque de cirrhose hépatique évoluant vers un cancer du foie pouvant exposer l'intéressée à un risque de décès. Toutefois, rédigé dans des termes hypothétiques et peu circonstanciés, il n'est pas assorti d'éléments de nature à établir la gravité des conséquences en cas de défaut de prise en charge médicale. En outre, si les certificats médicaux des 26 novembre 2021 et 1er octobre 2022, versés au dossier, font état d'une affection de longue durée, d'une surveillance médicale et de soins continus, ils n'apportent pas d'éléments suffisants notamment sur le traitement médical suivi par la requérante. Dès lors, ces documents médicaux ne suffisent pas à remettre en cause l'avis du 17 juin 2022 précité. Dans ces conditions, Mme B n'est pas fondée à soutenir que la préfète de l'Oise a commis une erreur d'appréciation au regard de l'article
L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
4. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
5. Mme B fait état de l'ancienneté de sa présence en France et soutient qu'elle y a ses centres d'intérêts familiaux. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que deux des enfants de la requérante résident en Angola, de sorte que l'intéressée n'est pas dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine. En outre, la requérante n'allègue ni ne justifie du caractère indispensable de sa présence en France aux côtés de sa fille, née 19 février 2000, qui y suit des études supérieures. Par ailleurs, si l'intéressée se prévaut de son insertion dans la société française dès lors qu'elle est titulaire d'un certificat de formation au métier d'assistant de vie aux familles et qu'elle travaille sous contrat à durée indéterminée en qualité d'auxiliaire de vie sociale depuis le 21 mai 2022, cette seule circonstance ne suffit pas à caractériser l'existence d'une atteinte excessive et disproportionnée de la mesure d'éloignement à son droit à mener une vie privée et familiale normale protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, le moyen tiré d'une erreur d'appréciation doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
6. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article
L. 612-11 ".
7. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué que pour prononcer une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an à l'encontre de Mme B, la préfète de l'Oise a pris en compte les circonstances qu'elle ne présente pas de menace à l'ordre public, mais qu'elle s'est soustraite à une précédente mesure d'éloignement en date du 9 septembre 2019, que ses attaches en France ne sont ni anciennes, ni intenses, ni stables et qu'elle ne justifie pas d'une intégration notable dans la société française. Toutefois, la mesure d'éloignement précitée a été annulée par un jugement du tribunal administratif d'Amiens n°1903158 en date du 21 novembre 2019 devenu définitif, de sorte que l'autorité préfectorale ne pouvait légalement se fonder légalement sur l'existence d'une mesure d'éloignement précédente pour édicter une interdiction de retour sur le territoire français. En outre, l'intéressée a séjourné régulièrement en France durant deux ans et justifie d'un lien familial en France en raison de la présence de l'un de ses enfants en France ainsi qu'il a été dit au point 5. Dans ces conditions, Mme B est fondée à soutenir que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an est entachée d'une erreur d'appréciation.
8. Il résulte de tout ce qui précède que l'arrêté du 16 septembre 2022 doit être annulé en tant seulement qu'il prononce à l'encontre de Mme B une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
9. Eu égard au motif d'annulation, le présent jugement n'implique pas nécessairement que la préfète de l'Oise délivre un titre de séjour à Mme B. Sa demande d'injonction doit être rejetée.
Sur les frais liés au litige :
10. Mme B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il n'y a toutefois pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de l'Etat une somme au titre des frais exposés par Mme B et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er r : L'arrêté du 16 septembre 2022 est annulé en tant seulement qu'il prononce à l'encontre de Mme B une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à Me Pereira et à la préfète de l'Oise.
Délibéré après l'audience du 8 décembre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Galle, présidente,
Mme Pellerin, conseillère,
Mme Bazin, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 22 décembre 2022.
La rapporteure,
signé
C. Pellerin
La présidente,
signé
C. Galle
La greffière,
signé
S. Grare
La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2203284
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026