jeudi 22 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2203362 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | QUENNEHEN-TOURBIER |
Vu les procédures suivantes :
I. A une requête enregistrée sous le numéro 2203362, le 21 octobre 2022, M. B G F, représenté A Me Tourbier, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 7 octobre 2022 A lequel le préfet de la Somme a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le Nigeria comme pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Somme de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;
- une procédure judiciaire civile étant en cours, l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'était pas applicable ;
- il ne constitue pas une menace à l'ordre public ;
- l'arrêté attaqué méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales compte-tenu de sa situation personnelle en France ;
- il méconnait le 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droit de l'enfant compte-tenu de la présence en France de ses trois enfants qui y sont scolarisés.
A un mémoire en défense, enregistré le 2 décembre 2022, le préfet de la Somme conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés A M. F ne sont pas fondés.
M. F a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale A une décision du 9 novembre 2022.
II. A une requête enregistrée sous le numéro 2203363, le 21 octobre 2022,
Mme C H E épouse F, représentée A Me Tourbier, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 7 octobre 2022 A lequel le préfet de la Somme a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le Nigeria comme pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Somme de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;
- une procédure judiciaire civile étant en cours, l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'était pas applicable ;
- elle ne constitue pas une menace à l'ordre public ;
- l'arrêté attaqué méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales compte-tenu de sa situation personnelle en France ;
- il méconnait le 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droit de l'enfant compte-tenu de la présence en France de ses trois enfants qui y sont scolarisés.
A ordonnance du 21 octobre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 21 novembre 2022.
Un mémoire présenté A le préfet de la Somme a été enregistré le 2 décembre 2022.
Mme F a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale A une décision du 9 novembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme D,
- et les observations de Me Basili, représentant M. et Mme F.
Considérant ce qui suit :
1. M. et Mme F, ressortissants nigérians, nés respectivement les 13 avril 1982 et 23 mars 1986, déclarent être entrés en France, le 11 mars 2013 pour Madame et le 17 mai 2014 pour Monsieur. Ils ont sollicité l'asile mais ont vu cette demande rejetée tant A l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 30 avril 2015 que A la Cour nationale du droit d'asile le 21 juin 2016. Leurs demandes de réexamen ont également été rejetées. Ils ont alors fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français le 1er mars 2018. Ils ont sollicité leur admission exceptionnelle au séjour mais ont vu ces demandes rejetées A les arrêtés attaqués du 7 octobre 2022 qui leur font obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixent le Nigeria comme pays à destination duquel ils seront renvoyés en cas d'exécution d'office de ces mesures.
Sur la jonction :
2. Les requêtes n°s 2003362 et 2003363, présentées pour M. et Mme F présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer A un seul jugement.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. /A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée A le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ". Aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. () ".
4. Il ressort des termes des arrêtés attaqués que ceux-ci comportent de façon suffisamment circonstanciée l'indication des motifs de droit et de fait qui en constituent le fondement, et détaillent la situation de M. et Mme F A des considérations qui leurs sont propres et notamment la durée de leur séjour et la présence en France de leurs enfants. A suite, le moyen tiré de ce que les arrêtés attaqués seraient entachés d'une insuffisance de motivation doivent être écartés.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. / Elle peut prolonger le délai accordé pour une durée appropriée s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. L'étranger est informé A écrit de cette prolongation. ".
6. Alors que l'éloignement de M. et Mme F ne fait pas obstacle à ce qu'ils soient représentés en justice ou sollicitent un visa pour assurer leur participation à la procédure juridictionnelle en cours, ils ne sont pas fondés à soutenir que la procédure judiciaire qu'ils ont engagée devant le tribunal judiciaire d'Amiens faisait obstacle à ce qu'il ne leur soit accordé qu'un délai de départ de trente jours en application des dispositions précitées de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
7. En troisième lieu, si les arrêtés attaqués mentionnent que les intéressés ont tous deux fait l'objet d'une interpellation pour conduite d'un véhicule sans assurance, il ne ressort pas des termes de ces arrêtés que le préfet de la Somme ait opposé aux intéressés la circonstance qu'ils auraient constitué une menace à l'ordre public. A suite, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation commise A le préfet de la Somme dans l'appréciation d'une telle menace ne peut qu'être écarté.
8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue A la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".
9. Il ressort des pièces du dossier que M. et Mme F sont en France depuis 2013 et 2014 et ont trois enfants ensemble bien que le benjamin ait été reconnu A un ressortissant français, le couple ayant engagé une procédure en contestation de cette filiation dont ils exposent le caractère de complaisance. Toutefois, alors même que les enfants du couple sont scolarisés en France, rien ne s'oppose à ce que la cellule familiale se reconstitue dans le pays d'origine des intéressés. A suite, M. et Mme F ne sont pas fondés à soutenir que les arrêtés attaqués porteraient une atteinte disproportionnée à leur droit au respect de leur vie privée et familiale en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni, pour les mêmes motifs, alors qu'il n'est d'ailleurs pas établi que leurs enfants ne pourraient poursuivre une scolarité normale dans leur pays d'origine, qu'ils porteraient atteinte à l'intérêt supérieur de leurs enfants en méconnaissance du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
10. Il résulte de tout ce qui précède que les requêtes de M. et Mme F doivent être rejetées y compris, A voie de conséquence, les conclusions présentées à fin d'injonction et celles présentées au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D É C I D E :
Article 1er : Les requêtes de M. et Mme F sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B G F,
à Mme C H E épouse F, à Me Tourbier et au préfet de la Somme.
Délibéré après l'audience du 15 décembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Boutou, président,
Mme Pierre, première conseillère,
M. Menet, premier conseiller.
Rendu public A mise à disposition au greffe le 22 décembre 2022.
La rapporteure,
Signé
A-L D
Le président,
Signé
B. Boutou
La greffière,
Signé
A. Ribière
La République mande et ordonne au préfet de la Somme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°s 2203362 et 2203363
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026