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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2203398

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2203398

jeudi 24 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2203398
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSCP DUMOULIN CHARTRELLE ABIVEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 25 octobre 2022 et 13 février 2024, dont le dernier n'a pas été communiqué, l'association " le regroupement des organismes de sauvegarde de l'Oise " (ROSO), représentée par Me Chartrelle, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 15 juin 2022 par lequel la préfète de l'Oise a autorisé le syndicat intercommunal des eaux d'Ully-Saint-Georges à distribuer, en vue de la consommation humaine, de l'eau issue d'un forage situé sur le territoire de la commune de Dieudonné, après traitement, ensemble la décision du 5 septembre 2022 rejetant son recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué a été pris au terme d'une procédure méconnaissant les dispositions du I de l'article R. 1321-7 du code de la santé publique dès lors que le rapport de synthèse établi par l'agence régionale de santé n'était pas complet et ne mentionnait pas notamment la trop forte concentration dans l'eau du métabolite desphényl-chloridazone ainsi que les conséquences environnementales du traitement par décarbonatation ;

- cet arrêté méconnaît les dispositions des articles R. 1321-2 et R. 1321-3 du code de la santé publique dès lors que l'eau distribuée ne permet pas un apport calcique suffisant et est, en conséquence, néfaste pour la santé humaine ;

- cet arrêté méconnaît les dispositions de l'article R. 1321-53 du code de la santé publique dès lors que le consommateur final n'a pas accès à une eau froide non soumise au traitement complémentaire prévu par l'arrêté ;

- cet arrêté est illégal dès lors qu'il aboutit sans justification à augmenter la consommation d'eau, d'énergie et de produits chimiques et qu'il ne participe pas à la réalisation des objectifs de l'arrêté du 3 avril 2014 par lequel le préfet de l'Oise a établi un programme d'action en vue de restaurer et préserver la qualité de l'eau destinée à la production d'eau potable.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 novembre 2023, la préfète de l'Oise conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 15 janvier 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 16 février 2024 à 12 heures.

Le syndicat intercommunal des eaux d'Ully-Saint-Georges a produit un mémoire enregistré le 9 octobre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- l'arrêté du 11 janvier 2007 relatif aux limites et références de qualité des eaux brutes et des eaux destinées à la consommation humaine mentionnées aux articles R. 1321-2, R. 1321-3, R. 1321-7 et R. 1321-38 du code de la santé publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Richard, rapporteur,

- les conclusions de M. Liénard, rapporteur public ;

- et les observations de Me Chartrelle, représentant l'association ROSO, ainsi que celles de M. Malé, président de cette dernière.

Considérant ce qui suit :

1. Par arrêté du 15 juin 2022, la préfète de l'Oise a autorisé le syndicat intercommunal des eaux d'Ully-Saint-Georges à distribuer, en vue de la consommation humaine, de l'eau issue d'un forage situé sur le territoire de la commune de Dieudonné, après traitement. Le 30 juin 2022, l'association " le regroupement des organismes de sauvegarde de l'Oise " (ROSO) a exercé un recours gracieux contre cet arrêté qui a été implicitement rejeté le 5 septembre 2022. Par sa requête, l'association ROSO demande au tribunal d'annuler cet arrêté, ensemble la décision portant rejet de son recours gracieux.

2. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 1321-1 du code de la santé publique : " Toute personne qui offre au public de l'eau en vue de l'alimentation humaine, à titre onéreux ou à titre gratuit et sous quelque forme que ce soit, y compris la glace alimentaire, est tenue de s'assurer que cette eau est propre à la consommation () ". Aux termes de l'article R. 1321-2 du même code : " Les eaux destinées à la consommation humaine doivent, dans les conditions prévues à la présente section : / - ne pas contenir un nombre ou une concentration de micro-organismes, de parasites ou de toutes autres substances constituant un danger potentiel pour la santé des personnes ; / - être conformes aux limites de qualité, portant sur des paramètres microbiologiques et chimiques, définies par arrêté du ministre chargé de la santé ". Ces limites de qualité sont fixées par l'arrêté du 11 janvier 2007 relatif aux limites et références de qualité des eaux brutes et des eaux destinées à la consommation humaine mentionnées aux articles R. 1321-2, R. 1321-3, R. 1321-7 et R. 1321-38 du code de la santé publique.

3. D'autre part, aux termes du I de l'article L. 1321-7 du code de la santé publique : " () est soumise à autorisation du représentant de l'Etat dans le département l'utilisation de l'eau en vue de la consommation humaine, à l'exception de l'eau minérale naturelle, pour : / 1° La production ; / 2° La distribution par un réseau public ou privé () ". Aux termes de l'article R. 1321-6 du même code : " La demande d'autorisation d'utilisation d'eau en vue de la consommation humaine, prévue au I de l'article L. 1321-7, est adressée au préfet du ou des départements dans lesquels sont situées les installations. / Le dossier de la demande comprend : / 1° Le nom de la personne responsable de la production, de la distribution ou du conditionnement d'eau ; / 2° Les informations permettant d'évaluer la qualité de l'eau de la ressource utilisée et ses variations possibles ; / 3° L'évaluation des risques de dégradation de la qualité de l'eau ; / 4° En fonction du débit de prélèvement, une étude portant sur les caractéristiques géologiques et hydrogéologiques du secteur aquifère ou du bassin versant concerné, sur la vulnérabilité de la ressource et sur les mesures de protection à mettre en place ; / 5° L'avis de l'hydrogéologue agréé en matière d'hygiène publique, spécialement désigné par le directeur général de l'agence régionale de santé pour l'étude du dossier, portant sur les disponibilités en eau, sur les mesures de protection à mettre en œuvre et sur la définition des périmètres de protection mentionnés à l'article L. 1321-2 ; / 6° La justification des produits et des procédés de traitement à mettre en œuvre ; / 7° La description des installations de production et de distribution d'eau ; / 8° La description des modalités de surveillance de la qualité de l'eau. / Les informations figurant au dossier ainsi que le seuil du débit de prélèvement mentionné au 4° sont précisés par arrêté du ministre chargé de la santé, pris après avis de l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail. () ".

4. Enfin, aux termes du I de l'article R. 1321-7 du code de l'environnement : " Le préfet soumet un rapport de synthèse établi par le directeur général de l'agence régionale de santé et un projet d'arrêté motivé à l'avis du conseil départemental de l'environnement et des risques sanitaires et technologiques. () ".

5. D'une part, le rapport de synthèse de l'agence régionale de santé du 13 avril 2022 présenté au conseil départemental de l'environnement et des risques sanitaires et technologiques ne mentionne pas la concentration dans l'eau à distribuer du métabolite chloridazone-desphényl, qui est supérieure à la limite de qualité fixée par cette même agence à tout le moins entre 2020 et 2022. Toutefois, la concentration de ce métabolite n'est pas une limite de qualité fixée par l'arrêté du 11 janvier 2007 susmentionné et il ressort des pièces du dossier que cette concentration excessive au regard des objectifs environnementaux n'a pas eu d'incidence sanitaire, notamment sur la possibilité d'utiliser cette eau pour la consommation humaine. Dès lors, l'absence de la mention de la concentration de ce métabolite dans le rapport de synthèse n'est pas de nature à vicier la procédure.

6. D'autre part, il ressort des documents édités par l'agence régionale de santé, qui ne sont pas sérieusement remis en cause par l'avis de l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail du 9 janvier 2019 fourni par l'association ROSO, que la concentration en magnésium et calcium dans l'eau à distribuer, appelée également dureté de l'eau, a une incidence réduite sur la santé humaine. Dès lors, le rapport de synthèse a régulièrement pu se borner à indiquer que le traitement de l'eau envisagé avait pour objectif de réduire la dureté de l'eau, en indiquant les valeurs cibles de référence, et d'obtenir une eau légèrement incrustante.

7. Enfin, à supposer même que le rapport de synthèse, dont l'objet est de traiter de la qualité de l'eau en vue de sa consommation humaine, ait été tenu de traiter des conséquences environnementales du traitement de l'eau, notamment de sa décarbonatation, l'association ROSO n'établit ni l'importance ni même l'existence de ces conséquences alors que le rapport du 1er septembre 2020 de l'hydrogéologue qui a été consulté sur le projet a émis un avis favorable sur ce dernier notamment en raison de son faible impact sur l'environnement et les eaux et que les préconisations de cet expert ont été reprises. Dès lors et en tout état de cause, le rapport de synthèse a régulièrement pu se borner à présenter le mode de traitement de l'eau sans détailler ses différents impacts sur l'environnement.

8. Dans ces conditions, l'arrêté attaqué n'a pas été pris au terme d'une procédure méconnaissant les dispositions précitées du I de l'article R. 1321-7 du code de la santé publique.

9. En deuxième lieu, ainsi qu'il a été dit au point 6, il ne ressort pas des pièces du dossier que la diminution de la dureté de l'eau telle qu'envisagée au terme de son traitement ait une incidence sur la santé humaine. Dans ces conditions, l'arrêté attaqué ne méconnaît pas, pour ce motif, les dispositions précitées des articles R. 1321-2 et R. 1321-3 du code de la santé publique.

10. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 1321-53 du code de la santé publique : " Le réseau intérieur de distribution mentionné au 3° de l'article R. 1321-43 peut comporter un dispositif de traitement complémentaire de la qualité de l'eau, sous réserve que le consommateur final dispose également d'une eau froide non soumise à ce traitement complémentaire. () ". Aux termes de l'article R. 1321-43 du même code : " () Outre les installations de production, qui regroupent notamment les captages et les installations de traitement d'eau, les installations comprennent : / 1° Les réseaux publics de distribution qui incluent les branchements publics reliant le réseau public au réseau intérieur de distribution ; / 2° Les installations non raccordées aux réseaux publics de distribution et autorisées conformément aux articles R. 1321-7 à R. 1321-9 ; / 3° Le réseau intérieur de distribution équipant les immeubles desservis par les réseaux ou installations mentionnés aux 1° et 2° qui comprend : / -l'installation privée de distribution d'eau destinée à la consommation humaine, c'est-à-dire les canalisations et appareillages installés entre les robinets qui sont normalement utilisés pour la consommation humaine et le réseau public de distribution, qu'elle fournisse ou non de l'eau au public ; / -les autres réseaux de canalisations, réservoirs et équipements raccordés de manière permanente ou temporaire ".

11. Il ressort des pièces du dossier que le réseau objet du litige est un réseau public de distribution d'eau. Par suite, l'association ROSO ne peut utilement se prévaloir des dispositions précitées de l'article R. 1321-53 du code de la santé publique qui ne s'appliquent qu'aux réseaux intérieurs de distribution.

12. En quatrième lieu, ainsi qu'il a été dit au point 7, il ne ressort pas des pièces du dossier que le traitement envisagé de l'eau ait des conséquences notables sur l'environnement. Par ailleurs, l'objet de l'arrêté attaqué n'est pas de participer à la réalisation des objectifs de l'arrêté de la préfète de l'Oise du 3 avril 2014 et aucun élément du dossier n'établit que la mise en œuvre de l'autorisation prise va à l'encontre de ces objectifs. En outre, le traitement envisagé de l'eau a notamment pour objectif de diminuer la concentration en pesticide. Enfin, s'il résulte des pièces versées au dossier par l'association ROSO que l'installation d'un adoucisseur individuel peut être utile en complément de la diminution de la dureté de l'eau occasionnée par le traitement en litige, il ressort des pièces du dossier que cette dernière diminution est une demande des usagers et permet de prévenir l'entartrage des diverses installations. Dans ces conditions, et à supposer même le moyen opérant, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué serait illégal au motif qu'il aboutirait sans justification à augmenter la consommation d'eau, d'énergie et de produits chimiques et qu'il ne participerait pas à la réalisation des objectifs de l'arrêté du 3 avril 2014, doit être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par l'association ROSO, ainsi que, par suite, les conclusions qu'elle présente sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de l'association ROSO est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à l'association " le regroupement des organismes de sauvegarde de l'Oise " (ROSO), au syndicat intercommunal des eaux d'Ully-Saint-Georges et à la ministre de la transition écologique, de l'énergie, du climat et de la prévention des risques.

Copie en sera adressée à la préfète de l'Oise.

Délibéré après l'audience du 10 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Lebdiri, président,

- M. Fumagalli, conseiller,

- M. Richard, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 octobre 2024.

Le rapporteur,

signé

J. Richard

Le président,

signé

S. Lebdiri

La greffière,

signé

Z. Aguentil

La République mande et ordonne à la ministre de la transition écologique, de l'énergie, du climat et de la prévention des risques en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

No 2203398

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