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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2203414

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2203414

mardi 20 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2203414
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantLEBAUPAIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 26 octobre 2022, M. B E, représenté par Me Lebaupain, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 22 septembre 2022 par lequel la préfète de l'Oise a refusé de lui délivrer une carte de résident, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et lui a interdit le retour sur le territoire français avant l'expiration d'un délai de trois ans ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Oise de lui délivrer une carte de résident, dans un délai d'un mois à compter de la décision à intervenir et sous astreinte de 20 euros par jour de retard, et de lui délivrer, dans l'attente, un récépissé de demande de titre de séjour ;

3°) de mettre à la charge de la préfète de l'Oise les entiers dépens de l'instance en application des dispositions de l'article R. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de délivrance d'une carte de résident et obligation de quitter le territoire français sans délai :

- cette décision est signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée en fait ;

- elle méconnaît l'article L. 433-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que, étant en détention, il n'a pas eu la possibilité de solliciter le renouvellement de sa carte de résident avant sa date d'expiration ;

- elle est dépourvue de base légale puisque la préfète se fonde, à tort, sur l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors que ces dispositions ne permettent pas d'opposer la menace à l'ordre public que représente le comportement d'un étranger qui demande le renouvellement de sa carte de résident ;

- elle est, en tout état de cause, entachée d'erreur d'appréciation dès lors que son comportement ne représente pas une menace pour l'ordre public ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et porte une atteinte disproportionnée à son droit à mener une vie privée et familiale normale.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai :

- cette décision est signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée en fait ;

- elle est dépourvue de base légale puisque la préfète se fonde, à tort, sur l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors que ces dispositions ne visent pas le refus de renouvellement d'une carte de résident de plein-droit ;

- elle méconnaît les 2°, 3° et 4° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et porte une atteinte disproportionnée à son droit à mener une vie privée et familiale normale.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est dépourvue de base légale puisque la préfète se fonde, à tort, sur l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors que ces dispositions ne sont pas applicables aux étrangers remplissant la condition du 2° de l'article L. 611-3 ;

- elle méconnaît, en tout état de cause, l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 novembre 2022, la préfète de l'Oise conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.

M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle par une décision du 9 novembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme F a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B E, ressortissant marocain né le 20 décembre 1973 est entré en France en septembre 1981 accompagné de sa mère, son frère et ses deux sœurs à l'issue d'une procédure de regroupement familial sollicitée par son père. Par un arrêté du 22 septembre 2022, dont M. D demande l'annulation, la préfète de l'Oise a refusé de lui délivrer une carte de résident, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et lui a interdit le retour sur le territoire français avant l'expiration d'un délai de trois ans.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions portant refus de délivrance d'une carte de résident et obligation de quitter le territoire français sans délai :

2. D'une part, eu égard au caractère réglementaire des arrêtés de délégation de signature, soumis à la formalité de publication, le juge peut, sans méconnaître le principe du caractère contradictoire de la procédure, se fonder sur l'existence de ces arrêtés alors même que ceux-ci ne sont pas versés au dossier.

3. Par un arrêté du 5 août 2022, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs n° 8 de la préfecture, la préfète de l'Oise a donné délégation à M. G A, sous-préfet hors classe, secrétaire général de la préfecture de l'Oise, à l'effet de signer en toutes matières, tous actes, arrêtés, correspondances, décisions, requêtes et circulaires relevant des attributions de l'Etat dans le département de l'Oise à l'exclusion de certaines mesures limitativement énumérées au nombre desquelles ne figurent pas les actes et décisions concernant le séjour et l'éloignement des étrangers. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté comme manquant en fait.

4. D'autre part, aux termes de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La délivrance () d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public ". En outre, l'article L. 613-1 de ce code dispose que, " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée ". Par ailleurs, en vertu de l'article L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la décision relative au refus d'octroi d'un délai de départ volontaire, distincte de la décision portant obligation de quitter le territoire français, doit être motivée.

5. La décision attaquée mentionne les articles applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et développe les motifs retenus au soutien des décisions en litige. La préfète de l'Oise a ainsi indiqué les raisons pour lesquelles elle estimait que le comportement de M. D constituait une menace à l'ordre public et a précisé les éléments constituant sa situation tant privée que familiale. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de ces décisions, qui comportent les considérations de fait et de droit sur lesquelles elles sont fondées, doit être écarté comme manquant en fait.

En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre la décision portant refus de carte de résident :

6. En premier lieu, aux termes de l'article L. 433-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve des dispositions des articles L. 411-5 et L. 432-3, une carte de résident est renouvelable de plein droit ". En outre, l'article R. 431-5 de ce code dispose que " Si l'étranger séjourne déjà en France, sa demande est présentée dans les délais suivants : 1° L'étranger qui dispose d'un document de séjour mentionné aux 2° à 8° de l'article L. 411-1 présente sa demande de titre de séjour entre le cent-vingtième jour et le soixantième jour qui précède l'expiration de ce document de séjour lorsque sa demande porte sur un titre de séjour figurant dans la liste mentionnée à l'article R. 431-2. Lorsque sa demande porte sur un titre de séjour ne figurant pas dans cette liste, il présente sa demande dans le courant des deux mois précédant l'expiration du document dont il est titulaire ". L'article L. 411-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile mentionne en son 5°, les cartes de résident.

7. Il résulte de ces dispositions qu'une demande de renouvellement de carte de résident doit être présentée, avant l'expiration de cette carte.

8. Il est constant que M. D a sollicité le 25 août 2022 le renouvellement de sa carte de résident arrivée à expiration le 20 décembre 2021. Par suite, cette demande doit être regardée, non comme un renouvellement, mais comme une demande nécessitant d'être examinée au regard des textes et principes applicables à une première délivrance de carte de résident. Le requérant ne peut dès lors utilement se prévaloir des dispositions de l'article L. 433-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Si M. D se prévaut du fait qu'il se trouvait en détention dans les deux mois précédant la date d'expiration de sa carte de résident et qu'il en a sollicité le renouvellement dans le délai d'un mois et 20 jours à compter de sa levée d'écrou, cette circonstance est toutefois sans influence dès lors qu'aucun principe, ni dispositions de valeur législative ou réglementaire n'écartent l'application des dispositions de l'article R. 431-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile aux détenus et qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que M. E aurait été dans l'impossibilité matérielle, en raison des contraintes inhérentes à sa détention, de demander le renouvellement de son titre de séjour avant l'expiration de sa validité. Dans ces conditions, ce moyen doit être écarté.

9. En deuxième lieu, il résulte de ce qui vient d'être dit au point précédent que la préfète de l'Oise a légalement pu refuser la demande de M. D au motif que son comportement représente une menace pour l'ordre public conformément aux dispositions de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicables aux premières demandes de délivrance d'une carte de résident. Dès lors, le moyen tiré de ce que la décision attaquée est dépourvue de base légale doit être écarté.

10. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. D a été condamné à un an d'emprisonnement dont six mois de sursis assorti d'une mise à l'épreuve pendant deux ans pour des faits de vol aggravé par deux circonstances commis le 12 mai 2014, à un an et six mois d'emprisonnement avec sursis assorti d'une mise à l'épreuve pendant deux ans pour des faits de détention non autorisée de stupéfiants, remise ou sortie irrégulière de correspondance, somme d'argent ou objet de détenu, conduite d'un véhicule sans permis et refus d'obtempérer à une sommation de s'arrêter commis le 1er septembre 2016, à un an d'emprisonnement pour des faits vol avec violence ayant entraîné une incapacité totale de travail n'excédant pas huit jours aggravé par une autre circonstance, rébellion, menace de crime ou délit contre les personnes et les biens à l'encontre d'un dépositaire de l'autorité publique et vol dans un local d'habitation ou un lieu d'entrepôt commis entre le 23 juillet et le 8 octobre 2016, à trois mois d'emprisonnement pour tentative d'évasion le 8 octobre 2016, à deux mois d'emprisonnement pour des faits de vol le 3 décembre 2018, à huit mois d'emprisonnement pour des faits de vol, vol avec destruction ou dégradation, vol aggravé par deux circonstances, recel de bien provenant d'un délit puni d'une peine d'emprisonnement n'excédant pas cinq ans d'emprisonnement, voyage habituel dans un moyen de transport public de personnes payant sans titre de transport valables commis entre le 22 septembre 2016 et le 10 mars 2019 et enfin à dix mois d'emprisonnement pour des faits de rébellion et de vol dans un local d'habitation ou un lien d'entrepôt commis le 19 juillet 2019. Si M. D, qui se prévaut de son addiction aux stupéfiants pour expliquer certains faits précédemment décrits, soutient que son comportement ne représente plus une menace actuelle pour l'ordre public dès lors qu'il " n'a plus fait parler de lui depuis 2018 ", il ressort toutefois de ce qui vient d'être dit qu'il a été condamné à deux reprises pour des faits postérieurs à cette date. Par suite, eu égard à ces multiples condamnations et en dépit de son bon comportement carcéral, ayant justifié que le juge d'application des peines ait fait droit à sa demande d'aménagement de peine le 21 juin 2022, la préfète de l'Oise a pu, sans méconnaître l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, considérer que le comportement persistant et récent de M. D constituait une menace pour l'ordre public.

11. En quatrième et dernier lieu, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule que : " 1) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

12. Il est constant que M. D, célibataire et sans charge de famille, est entré en France en 1981 dans le cadre d'une procédure de regroupement familial initiée par son père. Si les pièces du dossier, notamment les certificats de scolarité ainsi que le relevé de ses condamnations pénales inscrites au bulletin n° 2 de son casier judiciaire, témoignent de sa présence continue en France de 1981 à 2008 et à compter de 2014 jusqu'à la date de la décision attaquée, M. D ne démontre pas de façon suffisamment probante, par la seule production de son curriculum vitae qu'il a lui-même rédigé en vue de sa recherche d'emploi, sa présence habituelle sur le territoire français entre les années 2008 et 2014. S'il est vrai que M. D dispose, sur le territoire national, d'attaches familiales du fait de la présence de sa mère ainsi que ses frère et sœurs, lesquels disposent désormais de la nationalité française, l'intéressé, outre qu'il ne démontre aucune insertion particulière sur le territoire français, a adopté jusqu'en juillet 2019, ainsi que cela a été dit précédemment, un comportement constituant une menace pour l'ordre public. Dans ces circonstances, et en dépit du respect de l'obligation de soins prononcée par le juge d'application des peines à sa sortie de détention réalisée auprès du service d'aide aux toxicomanes de Picardie, la préfète de l'Oise n'a pas, en prenant la décision attaquée, méconnu les stipulations précitées de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni davantage porté une atteinte disproportionnée au droit de M. D à mener une vie privée et familiale normale. De tels moyens doivent, dès lors, être écartés.

En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français :

13. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () / 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents () ".

14. Les dispositions précitées du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sont applicables aux titres de séjour, catégorie englobant les cartes de séjour temporaire ou pluriannuelle ainsi que les cartes de résident. Dès lors, le moyen tiré de ce que la décision attaquée est dépourvue de base légale doit être écarté.

15. En deuxième lieu, l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () / 2° L'étranger qui justifie par tous moyens résider habituellement en France depuis qu'il a atteint au plus l'âge de treize ans ; 3° L'étranger qui réside régulièrement en France depuis plus de dix ans, sauf s'il a été, pendant toute cette période, titulaire d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle portant la mention " étudiant " ; 4° L'étranger qui réside régulièrement en France depuis plus de vingt ans () ".

16. S'il est vrai que M. D, âgé de 48 ans à la date de la décision attaquée, est entré sur le territoire français à l'âge de neuf ans, la confrontation des pièces du dossier fait toutefois apparaître, ainsi que cela a été dit précédemment, une interruption durable du séjour du requérant entre 2008 et 2014 de nature à interrompre sa période de résidence habituelle depuis son arrivée en France. Dans ces conditions, M. D, qui ne peut seulement se prévaloir, à la date de la décision attaquée, d'un séjour continu en France depuis sept ans, ne saurait utilement se prévaloir de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il s'ensuit que ce moyen ne peut qu'être écarté.

17. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux évoqués au point 12, les moyens tirés, d'une part, de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et d'autre part, de l'atteinte disproportionnée portée au droit de M. D à mener une vie privée et familiale normale doivent être écartés.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

18. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour.

/ Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". En outre, l'article L. 612-10 de ce code dispose que : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".

19. Il ressort des termes mêmes des dispositions citées au point précédent que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. Ainsi la décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Toutefois, si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère.

20. Pour prononcer une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans à l'encontre de M. E, la préfète de l'Oise, qui vise les dispositions applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, se réfère à son absence d'intégration intense et stable dans la société française, à la circonstance qu'il n'établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, à la menace pour l'ordre public que son comportement représente ainsi qu'au fait qu'il ne justifie aucune circonstance humanitaire particulière. Une telle motivation n'atteste pas de la prise en compte de ceux tirés, d'une part de la durée de présence en France de M. D et d'autre part, de l'existence ou de l'absence d'une précédente mesure d'éloignement prise à son égard. Par suite, la préfète, qui ne s'est pas prononcée sur l'ensemble des critères énoncés à l'article L. 612-10 code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, pour fixer la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français qu'il a prononcée a entaché sa décision d'erreur de droit.

21. Il résulte de tout ce qui précède que seule la décision du 22 septembre 2022 portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans doit être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

22. L'annulation de la seule interdiction de retour sur le territoire français n'implique pas la délivrance de la carte de résident sollicitée par M. D. Dans ces conditions, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte de la requête doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

23. M. D ne justifiant pas avoir exposé de dépens dans le cadre de la présente instance, ses conclusions présentées au titre de l'article R. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : L'article 4 de l'arrêté du 22 septembre 2022 portant interdiction à M. D de retourner en France pour une durée de trois ans est annulé.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B E et la préfète de l'Oise.

Délibéré après l'audience du 6 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

- M. Binand, président,

- Mme C et Mme F, conseillères.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 décembre 2022.

La rapporteure,

Signé

P. FLe président,

Signé

C. BINAND

Le greffier,

Signé

N. VERJOT

La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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