vendredi 30 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2203434 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | LABRIKI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 28 octobre 2022, Mme A B, représentée par Me Labriki, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 10 octobre 2022 par lequel la préfète de l'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour mention "étudiant", l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le Maroc comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure ;
2°) d'enjoindre à la préfète de l'Oise de réexaminer sa demande dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 300 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
S'agissant de la décision de refus de titre de séjour :
- la décision attaquée est entachée d'une insuffisance de motivation, dès lors que, contrairement à ce qu'il y est mentionné, Mme B remplit les conditions fixées à l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle a été prise en méconnaissance de la circulaire du 7 novembre 2008, dès lors que, d'une part, Mme B a été assidue pendant sa première année de licence et a été présente à tous les examens et, d'autre part, elle justifie d'une progression en ayant validé sa première année de licence ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation, dès lors que Mme B remplit les conditions fixées à l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :
- elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors que
Mme B, d'une part, ne constitue pas une menace pour l'ordre public et, d'autre part, a une attache familiale en France ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors qu'elle justifie de son insertion dans la société française, car elle est financièrement prise en charge par son frère et pratique aisément la langue française ;
- elle est entachée d'une seconde erreur manifeste d'appréciation, dès lors que la discontinuité dans ses études résulte de difficultés administratives indépendantes de sa volonté et non d'un manque de sérieux de sa part ;
S'agissant de la fixation du délai de départ volontaire :
- elle est entachée d'une insuffisance de motivation et d'une erreur d'appréciation, dès lors que Mme B n'a pas eu de comportement de nature à constituer une menace pour l'ordre public et que sa situation personnelle n'a pas été suffisamment examinée ;
S'agissant de la fixation du pays de destination :
- elle est entachée d'une insuffisance de motivation et d'une erreur d'appréciation, dès lors qu'elle ne pourra pas poursuivre ses études au Maroc.
Par un mémoire en défense, enregistré le 18 novembre 2022, la préfète de l'Oise conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- les moyens de la requête ne sont pas fondés ;
- la décision est justifiée par le défaut de caractère réel et sérieux des études de l'intéressée.
Par ordonnance du 10 novembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au
30 novembre 2022 à 12 heures.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
A été entendu, au cours de l'audience publique, le rapport de Mme Rondepierre, rapporteure.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, ressortissante marocaine, née le 22 avril 2001 à Tizi Ouasli (Maroc), est entrée en France le 27 septembre 2019, sous couvert d'un visa long séjour étudiant. Elle a formulé une demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L.422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le 9 mars 2022. Par arrêté du 10 octobre 2022, dont Mme B demande l'annulation, la préfète de l'Oise a refusé de lui délivrer le titre de séjour demandé, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le Maroc comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure.
Sur la légalité du refus de titre de séjour :
2. En premier lieu, d'une part, la décision refusant le séjour à Mme B cite les articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur lesquels elle est fondée, ainsi que l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants marocains et de leurs familles. D'autre part, elle rappelle les conditions d'entrée de Mme B sur le territoire français, ainsi que son parcours universitaire. Dès lors, la décision litigieuse comporte les considérations de droit et de fait qui la motivent et le moyen tiré d'une insuffisance de motivation, qui manque en fait, sera écarté.
3. En second lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. / En cas de nécessité liée au déroulement des études ou lorsque l'étranger a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et y poursuit des études supérieures, l'autorité administrative peut accorder cette carte de séjour sous réserve d'une entrée régulière en France et sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ". Pour l'application de ces dispositions, il appartient à l'administration de rechercher si l'intéressé peut être raisonnablement regardé comme poursuivant effectivement des études, en en appréciant leur caractère réel et sérieux et leur progression. Aux termes de l'article L. 412-1 du même code : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et
L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger d'un visa long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1 ".
4. L'administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.
5. Il ressort des pièces du dossier que Mme B est entrée en France le
27 septembre 2019 sous couvert d'un visa long séjour étudiant, dans l'intention de poursuivre une première année d'études de " bachelor responsable opérationnel d'activité " dans un établissement d'enseignement supérieur privé à Montpellier, qu'elle n'a pas validée, de même que le cursus " finances et gestion des organisations " dans lequel elle était inscrite l'année suivante dans un autre établissement d'enseignement privé situé à Paris et dont elle n'a validé que deux matières. Enfin, la réussite de l'intéressée en première année de licence de langues, littératures, civilisations étrangères et régionales, en spécialité " anglais " au sein de l'université Jules Verne à Beauvais, n'est pas de nature à établir le caractère réel et sérieux de ses études, alors que les réorientations successives de l'intéressée sont dénuées de cohérence. Dans ces conditions, il y a lieu, en tout état de cause, de substituer ce motif, invoqué aux termes des écritures en défense du préfet, à celui initialement indiqué aux termes de la décision attaquée fondé sur l'absence de visa de l'intéressée, dès lors qu'il résulte de l'instruction que la préfète aurait pris la même décision si elle s'était initialement fondée sur ce motif, que celui-ci justifie légalement la décision attaquée à raison de la situation de fait et de droit prévalant à sa date d'intervention et que l'intéressée, qui n'est privée d'aucune garantie procédurale liée au motif substitué, a été mise à même de présenter ses observations sur ce point. Par suite, et sans qu'elle puisse utilement se prévaloir de la circulaire du 7 novembre 2008, Mme B n'est pas fondée à soutenir que la préfète de l'Oise aurait méconnu les dispositions précitées en refusant de lui délivrer le titre de séjour demandé.
Sur la légalité de l'obligation de quitter le territoire français :
6. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ".
7. Si Mme B soutient être insérée dans la société française du fait de sa bonne maitrise de la langue française, elle ne conteste toutefois pas s'être maintenue irrégulièrement en France depuis l'expiration de son visa. L'intéressée, qui est célibataire et n'a pas d'enfant, ne conteste pas davantage être dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine, où résident ses parents, alors même que son frère réside en France, dont il possède par ailleurs la nationalité. Enfin, elle ne peut utilement se prévaloir de la circonstance qu'elle ne constitue pas une menace à l'ordre public, dès lors qu'une telle assertion ne figure pas dans la décision attaquée. Par suite, et alors même que sa présence ne représenterait pas une menace pour l'ordre public, Mme B n'est pas fondée à soutenir que l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre méconnait les stipulations précitées. Pour les mêmes raisons, cette décision n'est pas entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressée, alors même qu'elle bénéficierait du soutien financier de son frère et que la discontinuité de ses études ne résulterait pas de son fait.
Sur la légalité de de la fixation du délai de départ volontaire :
8. Aux termes des dispositions de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. / Elle peut prolonger le délai accordé pour une durée appropriée s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. L'étranger est informé par écrit de cette prolongation ".
9. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la situation de Mme B n'ait pas été examinée et cette dernière, qui n'a pas demandé à bénéficier d'un délai supérieur à celui qui lui a été accordé, ne fait en outre pas état de circonstances particulières de nature à le justifier, alors même qu'elle serait inscrite pour l'année universitaire 2022-2023 en deuxième année de licence de langues, littératures, civilisations étrangères et régionales, en spécialité " anglais ". Par suite, la préfète n'avait pas à motiver ce point dès lors qu'elle a retenu un délai de départ volontaire de trente jours, qui ne méconnait par ailleurs pas les dispositions précitées.
Sur la légalité de la fixation du pays de destination :
10. Aux termes des dispositions de l'article L.612-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, " La décision portant obligation de quitter le territoire français mentionne le pays, fixé en application de l'article L. 721-3, à destination duquel l'étranger est renvoyé en cas d'exécution d'office ".
11. En premier lieu, la décision attaquée mentionne que Mme B est de nationalité marocaine et ne fait pas état de motifs sérieux de croire que sa vie ou sa liberté serait menacée dans son pays ou qu'elle y serait exposée à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Dès lors, la décision litigieuse n'est pas entachée d'une insuffisance de motivation
12. En second lieu, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que Mme B, qui est de nationalité marocaine et dont les parents vivent au Maroc, ne pourrait pas poursuivre ses études dans son pays d'origine, ce qui ne constituerait au demeurant pas un traitement inhumain ou dégradant au sens des stipulations précitées.
13. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté qu'elle conteste. Par suite, ses conclusions à fin d'annulation, ainsi que celles présentées à fin d'injonction et d'astreinte et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la préfète de l'Oise.
Délibéré après l'audience du 7 décembre 2022, à laquelle siégeaient :
- M. Thérain, président,
- Mme Rondepierre, première conseillère,
- M. Richard, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 décembre 2022.
La rapporteure,
signé
A. Rondepierre
Le président,
signé
S. Thérain
La greffière,
signé
S. Chatellain
La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026