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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2203492

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2203492

jeudi 14 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2203492
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantNICOLLEAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires complémentaires, enregistrés le 2 novembre 2022 et les 28 juillet et 15 novembre 2023, M. B A, représenté par Me Greiner, doit être regardé comme demandant au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 23 septembre 2022 par lequel la préfète de l'Oise lui a retiré les autorisations d'acquisition et de détention d'armes et la validation du permis de chasser dont il était bénéficiaire, lui a ordonné de se dessaisir immédiatement des armes et munitions de toute catégorie dont il était en possession et l'a inscrit au fichier national des interdits d'acquisition et de détention d'armes ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Oise de le radier du fichier national des personnes interdites d'acquisition et de détention d'armes dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) d'enjoindre à la préfète de l'Oise de l'autoriser à récupérer les armes et munitions dont il s'est dessaisi ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé en droit si bien que son fondement juridique n'est pas clairement identifié ;

- cet arrêté a été pris au terme d'une procédure irrégulière dès lors que les services de police ou le procureur de la République n'ont pas été saisis suite à la consultation du fichier de traitement d'antécédents judiciaires en méconnaissance de l'instruction du ministre de l'intérieur du 25 avril 2019 portant orientations pour la prise de décision en matière de dessaisissement ou de remise d'armes ;

- cet arrêté a été pris au terme d'une procédure irrégulière dès lors que le rapport d'enquête administrative sur son comportement et le procès-verbal des services de police de Saint-Brieuc du 23 juillet 2022 ne lui ont pas été préalablement communiqués malgré la demande qu'il a adressée en ce sens ;

- cet arrêté est entaché d'une erreur de fait dès lors que les faits de conduite en état d'ivresse et de refus d'obtempérer du 14 mars 2020 qui lui sont reprochés ne sont pas établis ;

- cet arrêté est entaché d'une erreur de fait dès lors que les faits du 23 juillet 2022 qui lui sont reprochés ne sont pas établis, notamment en l'absence de condamnation pénale et de preuve que l'animal abattu appartenait à une espèce protégée ;

- cet arrêté est entaché d'une erreur de fait dès lors qu'il n'est pas établi qu'il n'ait pas respecté les conditions de transport d'armes prévues par l'article R. 315-4 du code de la sécurité intérieure alors qu'il dispose dans son véhicule d'un équipement spécialisé et verrouillé dans lequel il stocke ses armes ;

- cet arrêté est entaché d'erreurs de fait dès lors qu'il n'a jamais eu de comportement violent et que sa dépendance à l'alcool n'est pas établie ;

- cet arrêté est disproportionné et méconnaît les articles L. 312-11 et R. 312-67 du code de la sécurité intérieure ;

- cet arrêté méconnaît les dispositions de l'article R. 312-74 du code de la sécurité intérieure dès lors qu'un délai inférieur à trois mois ne pouvait lui être donné en l'absence d'urgence et, a fortiori, que ce texte ne prévoit l'octroi d'aucun délai.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 26 juin et 12 octobre 2023, la préfète de l'Oise conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- la requête n'est pas signée et est dès lors irrecevable en application des articles R. 411-5 et R. 431-2 du code de justice administrative ;

- les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de la sécurité intérieure ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Richard, rapporteur,

- les conclusions de M. Liénard, rapporteur public ;

- et les observations de Me Olejnickzak, représentant M. A et substituant Me Greiner.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 23 septembre 2022, la préfète de l'Oise a retiré les autorisations d'acquisition et de détention d'armes et la validation du permis de chasser dont M. B A était bénéficiaire, lui a ordonné de se dessaisir immédiatement des armes et munitions de toute catégorie dont il était en possession et l'a inscrit au fichier national des interdits d'acquisition et détention d'armes (FINIADA). Par sa requête, M. A demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

Sur la fin de non-recevoir opposée par la préfète de l'Oise :

2. Aux termes de l'article R. 414-1 du code de justice administrative, dans sa rédaction applicable au présent litige : " Lorsqu'elle est présentée par un avocat, un avocat au Conseil d'Etat et à la Cour de cassation, une personne morale de droit public autre qu'une commune de moins de 3 500 habitants ou un organisme de droit privé chargé de la gestion permanente d'un service public, la requête doit, à peine d'irrecevabilité, être adressée à la juridiction par voie électronique au moyen d'une application informatique dédiée accessible par le réseau internet. La même obligation est applicable aux autres mémoires du requérant. () ". Selon l'article R. 414-2 du même code : " L'identification de l'auteur de la requête, selon les modalités prévues par l'arrêté mentionné à l'article R. 414-1, vaut signature pour l'application des dispositions du présent code. () ".

3. Lorsqu'un avocat adresse au tribunal, comme en l'espèce, une requête par l'intermédiaire de l'application informatique Télérecours, son identification, selon les modalités prévues pour le fonctionnement de cette application, vaut signature. Il suit de là que la fin de non-recevoir opposée par la préfète de l'Oise tirée de ce que la requête ne comprendrait aucune signature manuscrite en méconnaissance de l'article R. 431-2 du code de justice administrative doit être écartée.

Sur la légalité de l'arrêté attaqué :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

5. L'arrêté attaqué vise notamment l'article L. 312-11 et le 3° de l'article R. 312-67 du code de la sécurité intérieure qui, au vu des circonstances de fait exposées, constituent sans aucune ambigüité la base légale des décisions portant retrait des autorisations d'acquisition et de détention d'armes et dont M. A était bénéficiaire et de dessaisissement de ces dernières. Par ailleurs, l'arrêté attaqué vise l'article R. 423-24 du code de l'environnement qui fonde la décision de retrait de la validation du permis de chasse de l'intéressé. Cet arrêté comporte, en conséquence, l'énoncé des considérations de droit qui en constituent le fondement. Ainsi, le moyen tiré de son défaut de motivation en droit ne peut qu'être écarté.

6. En deuxième lieu, à supposer même que M. A puisse utilement se prévaloir des dispositions de l'instruction du ministre de l'intérieur du 25 avril 2019 portant orientations pour la prise de décision en matière de dessaisissement ou de remise d'armes, il ressort, en tout état de cause, des pièces du dossier que la préfète a consulté les services de police, ainsi que ladite instruction l'y invitait, qui ont transmis diverses pièces et notamment le procès-verbal relatant les faits reprochés à l'intéressé s'étant déroulé le 23 juillet 2022 à Saint-Brieuc. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce vice de procédure doit être écarté.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 312-11 du code de la sécurité intérieure : " Sans préjudice des dispositions de la sous-section 1, le représentant de l'Etat dans le département peut, pour des raisons d'ordre public ou de sécurité des personnes, ordonner à tout détenteur d'une arme, de munitions et de leurs éléments de toute catégorie de s'en dessaisir. : () Sauf urgence, la procédure est contradictoire. () ".

8. Il ressort des pièces du dossier que la préfète a présenté à M. A les faits sur lesquels elle entendait se fonder pour prendre la décision attaquée et l'a invité à présenter des observations par un courrier du 2 août 2022 auquel l'intéressé a répondu le 16 août 2022. Ainsi, la préfète a pris l'arrêté attaqué au terme d'une procédure contradictoire respectant les dispositions citées au point précédent, sans qu'y fasse obstacle la circonstance que le rapport d'enquête administrative sur le comportement de M. A et le procès-verbal des services de police de Saint-Brieuc du 23 juillet 2022 ne lui aient pas été préalablement communiqués malgré la demande qu'il a adressée en ce sens le 27 octobre 2022, postérieurement à la date de l'arrêté attaqué. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce vice de procédure doit être écarté.

9. En quatrième lieu, aux termes de l'article R. 315-4 du code de la sécurité intérieure : " Les armes à feu mentionnées aux 2° et 3° de l'article R. 315-1 sont transportées de manière à ne pas être immédiatement utilisables, soit en recourant à un dispositif technique répondant à cet objectif, soit par démontage d'un de leurs éléments ".

10. M. A a fait l'objet d'une condamnation pénale le 8 février 2021 par le tribunal correctionnel de Bobigny, dont il n'indique pas avoir interjeté appel, pour les faits de conduite en état d'ivresse et de refus d'obtempérer du 14 mars 2020 qui lui sont reprochés.

11. Par ailleurs, M. A a admis, tant dans ses observations lors de la procédure contradictoire que dans ses premières écritures, avoir abattu un goëland avec une arme de chasse lors d'une soirée dans le jardin d'un de ses amis, situé dans une zone urbanisée. Le procès-verbal des services de police de Saint-Brieuc du 23 juillet 2022 relatif à ces faits, qui n'est pas sérieusement contesté, établit que l'intéressé était alors sous l'emprise de l'alcool. L'ordonnance pénale du 18 décembre 2023 du tribunal judiciaire de Saint-Brieuc, dont la contestation n'est pas établie par M. A, établit enfin le caractère protégé de l'animal abattu, à supposer même que ce caractère ait eu une influence sur le sens de la décision de la préfète.

12. De plus, en établissant avoir stocké ses fusils de chasse dans un tiroir coulissant verrouillé d'une armoire installée dans son véhicule, M. A n'établit pas avoir transporté ses armes dans les conditions prévues par les dispositions précitées de l'article R. 315-4 du code de la sécurité intérieure alors que le procès-verbal des services de police ne mentionne aucun démontage des armes ou dispositif particulier et fait état de cartouches sur une étagère en bois. En tout état de cause, il ressort des pièces du dossier que la préfète aurait pris les mêmes décisions si elle ne s'était pas fondée sur cette circonstance.

13. De surcroît, ce même procès-verbal, qui n'est pas sérieusement remis en cause, mentionne que M. A a tenté d'échapper aux forces de l'ordre durant son arrestation si bien que la préfète a pu considérer qu'il avait fait montre d'un caractère violent.

14. Enfin, si la préfète n'établit pas que M. A ait été dépendant à l'alcool, il ressort des pièces du dossier qu'elle aurait pris les mêmes décisions si elle ne s'était pas fondée sur cette circonstance.

15. Dans ces conditions, les moyens tirés des erreurs de fait doivent être écartés.

16. En cinquième lieu, aux termes de l'article R. 312-67 du code de la sécurité intérieure : " Le préfet ordonne la remise ou le dessaisissement de l'arme ou de ses éléments dans les conditions prévues aux articles L. 312-7 ou L. 312-11 lorsque : / () 3° Il résulte de l'enquête diligentée par le préfet que le comportement du demandeur ou du déclarant est incompatible avec la détention d'une arme () ".

17. Eu égard aux faits reprochés à M. A tels que décrits aux points 10 à 13, la préfète, en prenant l'arrêté attaqué, n'a ni méconnu les dispositions citées au point précédent ni celles précitées de l'article L. 312-11 du code de la sécurité intérieure.

18. En sixième lieu, aux termes de l'article R. 312-74 du code de la sécurité intérieure : " Pour l'application de l'article L. 312-11, le détenteur se dessaisit de l'arme, des munitions ou de leurs éléments dans le délai de trois mois qui suit la notification de la décision lui ordonnant de s'en dessaisir, selon l'une des modalités suivantes : 1° Vente à un armurier ou à un particulier dans les conditions fixées aux articles R. 314-16, R. 314-17, R. 314-19 ou R. 314-20 ; / 2° (Abrogé) / 3° Destruction par un armurier dans les conditions fixées à l'article R. 314-24 ; / 4° Remise à l'Etat aux fins de destruction ou de valorisation dans les conditions prévues par arrêté conjoint du ministre de l'intérieur, du ministre de la justice et du ministre chargé du budget ; / 5° Dépôt auprès d'un armurier désigné par l'Etat et agissant sous son contrôle aux fins de la remise mentionnée au 4°. / En cas de risque pour l'ordre public ou la sécurité des personnes, le préfet peut fixer un délai inférieur au délai prévu au premier alinéa ".

19. Il ressort des dispositions citées au point précédent que la préfète ne pouvait refuser à M. A, qui disposait de la faculté de remplir l'obligation qui lui était faite auprès d'un tiers et devait en tout état de cause réaliser des démarches pour ce faire, tout délai pour se dessaisir de ses armes et munitions. Dès lors, la décision de ne lui accorder aucun délai, divisible du reste de l'arrêté attaqué, méconnaît les dispositions de l'article R. 312-74 du code de la sécurité intérieure.

20. Il résulte de tout ce qui précède que M. A est uniquement fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué en tant qu'il ne lui accorde aucun délai pour se dessaisir de ses armes.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

21. Il ressort des pièces du dossier que M. A s'est dessaisi de ses armes les 16 et 18 novembre 2022. Par suite, compte tenu de ce que le présent jugement annule uniquement le refus d'accorder un délai pour procéder au dessaisissement des armes, son exécution n'implique aucune mesure. Dès lors, les conclusions à fin d'injonction présentées par le requérant doivent être rejetées.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

22. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante au principal, la somme demandée par M. A sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté de la préfète de l'Oise du 23 septembre 2022 est annulé en tant qu'il n'accorde aucun délai à M. A pour se dessaisir de ses armes.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète de l'Oise.

Délibéré après l'audience du 24 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Lebdiri, président,

- M. Fumagalli, conseiller,

- M. Richard, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 novembre 2024.

Le rapporteur,

Signé

J. Richard

Le président,

Signé

S. Lebdiri

La greffière,

Signé

Z. Aguentil

La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

No 220349

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