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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2203509

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2203509

mardi 20 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2203509
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantQUENNEHEN-TOURBIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 4 novembre 2022, M. C A, représenté par Me Tourbier, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 5 octobre 2022 par lequel le préfet de la Somme lui a refusé le renouvellement de son titre de séjour portant la mention " étudiant ", l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi en cas d'exécution d'office de cette mesure ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Somme de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " étudiant " à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'une insuffisance de motivation ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 novembre 2022, le préfet de la Somme conclut au non-lieu à statuer.

Il fait valoir qu'après un réexamen de la situation de M. A, il a décidé de renouveler son titre de séjour portant la mention " étudiant ".

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 23 novembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- et les observations de Me Basili, substituant Me Tourbier, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant guinéen, né le 11 janvier 2000, est entré en France le 19 août 2019 muni d'un visa de long séjour portant la mention " étudiant " valable du 18 août 2019 au 18 août 2020. Il a sollicité le 6 octobre 2020 le renouvellement de son titre de séjour. Par un arrêté du 5 octobre 2022, dont il demande l'annulation, le préfet de la Somme a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure.

Sur l'exception de non-lieu opposée par le préfet de la Somme :

2. Il ressort des pièces du dossier, et il n'est pas contesté que, par une décision du 24 novembre 2022, le préfet de la Somme a décidé de renouveler le titre de séjour de M. A. S'il a, ce faisant, nécessairement mais implicitement abrogé l'arrêté litigieux, cette abrogation ne présente pas, à la date du présent jugement un caractère définitif de nature à priver, en cours d'instance, les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. A de leur objet. Il s'ensuit que l'exception de non-lieu à statuer opposée par le préfet de la Somme doit être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. / En cas de nécessité liée au déroulement des études ou lorsque l'étranger a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et y poursuit des études supérieures, l'autorité administrative peut accorder cette carte de séjour sous réserve d'une entrée régulière en France et sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ". Le renouvellement de la carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " est subordonné, notamment, à la justification par le bénéficiaire de la réalité et du sérieux des études qu'il a déclaré accomplir. Dès lors, pour l'application de ces dispositions, il appartient à l'administration, saisie d'une demande de renouvellement d'une carte de séjour présentée en qualité d'étudiant, de rechercher, à partir de l'ensemble du dossier, si l'intéressé peut être raisonnablement considéré comme poursuivant effectivement des études.

4. Il ressort des pièces du dossier que M. A est arrivé en France le 19 août 2019 sous couvert d'un visa de long séjour valant titre de séjour portant la mention " étudiant " et s'est inscrit au titre de l'année universitaire 2019/2020 en première année de licence " administration économique et sociale " à l'université Jean-Monnet à Saint-Etienne qu'il a validée avec la mention " assez bien ". Il n'a pas validé la deuxième année et a abandonné ses études l'année suivante, afin de travailler dès lors que son père, qui produit une attestation en date du 22 octobre 2022 corroborée par le témoignage écrit de son frère en date du 29 octobre 2022, ne disposait plus, dans le contexte de la crise sanitaire, de revenus suffisants pour subvenir à ses besoins. Il ressort également des pièces du dossier que M. A, qui a souhaité se réorienter, s'est inscrit, en vue de l'obtention d'un brevet de technicien supérieur (BTS), au titre de l'année scolaire 2022-2023 en première année mention " géomètre, topographe et modélisation numérique en apprentissage " et qu'il dispose d'un contrat en alternance au sein de la société Metris Geomètre Expert, conclu le 1er septembre 2022, dans le cadre duquel le directeur général ainsi qu'un membre de la société relèvent son caractère sérieux, assidu et travailleur. En outre, M. A produit cinq attestations du corps enseignant et de direction du BTS qui témoignent également de ces qualités ainsi que de son investissement. Dans ces circonstances eu égard à l'ensemble de ces éléments, le requérant justifie de la réalité et du sérieux des études qu'il poursuit. Il s'ensuit que l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile citées au point précédent.

5. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que l'arrêté du 5 octobre 2022 doit être annulé.

Sur l'injonction :

6. En raison du motif qui la fonde, l'annulation de l'arrêté attaqué implique nécessairement, compte tenu de l'absence de changements de circonstances de droit ou de fait y faisant obstacle, que le titre de séjour portant la mention " étudiant " de M. A soit renouvelé. En l'état de l'instruction, le présent jugement n'implique toutefois aucune mesure d'exécution en ce sens sur le fondement de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, dès lors que le préfet de la Somme a d'ores et déjà accepté de procéder à ce renouvellement.

Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

7. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Tourbier avocat de M. A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Tourbier de la somme de 1 000 euros.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 5 octobre 2022 de la préfète de la Somme est annulé.

Article 2 : L'Etat versera à Me Tourbier une somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Tourbier renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, au préfet de la Somme et à Me Tourbier.

Délibéré après l'audience du 6 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Binand, président,

Mme B et Mme D, conseillères.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 décembre 2022.

La rapporteure,

Signé

D. B

Le président,

Signé

C. BINANDLe greffier,

Signé

N. VERJOT

La République mande et ordonne au préfet de la Somme en ce qui le concerne et à tous commissaires à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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