jeudi 17 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2203603 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | BIDNIC ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance du 9 novembre 2022, enregistrée le 14 octobre 2022 au greffe du tribunal, le président du tribunal administratif de Paris a transmis au tribunal, en application de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, la requête de M. B.
Par cette requête, enregistrée au greffe du tribunal administratif de Paris le 6 septembre 2022, M. A B, représenté par Me Bidnic, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 5 juillet 2022 par laquelle le garde des sceaux, ministre de la justice, l'a inscrit au répertoire des personnes détenues particulièrement signalées ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- le signataire de la décision attaquée était incompétent ;
- l'existence d'une situation d'urgence n'est pas motivée par la décision attaquée ;
- la procédure contradictoire préalable n'a pas été respectée ;
- l'avis écrit des membres de la commission des détenus particulièrement signalés n'a pas été requis dans les cinq jours ouvrables suivant l'édiction de la décision attaquée ;
- la décision attaquée n'est pas motivée ;
- elle est entachée d'erreur de fait et d'erreur d'appréciation compte-tenu de son comportement en détention et alors que les éléments retenus ne sont pas personnalisés.
Une mise en demeure a été adressée le 4 avril 2024 au garde des sceaux, ministre de la justice qui n'a pas produit de mémoire.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code pénitentiaire ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le décret n° 2005-850 du 27 juillet 2005 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Pierre,
- et les conclusions de M. Menet, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, alors détenu au centre pénitentiaire de Beauvais, a été inscrit au répertoire des personnes détenues particulièrement signalées par une décision du garde des sceaux, ministre de la justice du 5 juillet 2022 dont il demande l'annulation.
2. En premier lieu, aux termes de l'article D. 223-11 du code pénitentiaire : " En vue de la mise en œuvre des mesures de sécurité adaptées, le garde des sceaux, ministre de la justice, décide de l'inscription et de la radiation des personnes détenues au répertoire des personnes détenues particulièrement signalées dans des conditions déterminées par instruction ministérielle. ". Aux termes de l'article 1er du décret du 27 juillet 2005 relatif aux délégations de signature des membres du Gouvernement : " A compter du jour suivant la publication au Journal officiel de la République française de l'acte les nommant dans leurs fonctions (), peuvent signer, au nom du ministre ou du secrétaire d'Etat et par délégation, l'ensemble des actes, à l'exception des décrets, relatifs aux affaires des services placés sous leur autorité : () / 2° Les chefs de service, directeurs adjoints, sous-directeurs, les chefs des services à compétence nationale mentionnés au deuxième alinéa de l'article 2 du décret du 9 mai 1997 susvisé () ".
3. Par un arrêté du 27 avril 2022, publié au Journal officiel de la République française du 29 avril suivant, M. D C, signataire de la décision attaquée, a été nommé sous-directeur de la sécurité pénitentiaire à l'administration centrale du ministère de la justice, pour une durée de trois ans, à compter du 9 mai 2022. Il disposait ainsi d'une délégation pour signer la décision attaquée en application du 2° de l'article 1er du décret du 27 juillet 2005. Par suite, le moyen tiré de son incompétence ne peut qu'être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ".
5. Par ailleurs, aux termes de l'article L. 121-1 du même code : " () les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2 () sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable. ". Aux termes de l'article L. 121-2 de ce code : " Les dispositions de l'article L. 121-1 ne sont pas applicables : / 1° En cas d'urgence ou de circonstances exceptionnelles () ". En outre, aux termes du point 1.3 de l'instruction ministérielle du 11 janvier 2022, prise en application de l'article D. 223-11 du code pénitentiaire : " La décision devra alors mentionner les motifs pour lesquels la procédure contradictoire n'est pas applicable (urgence, circonstances exceptionnelles ou risque de trouble à l'ordre public) et donner des éléments circonstanciés au cas d'espèce. ".
6. La décision attaquée, portant inscription au répertoire des personnes détenues particulièrement signalées mentionné à l'article D. 223-11 du code pénitentiaire, est, eu égard à sa nature, soumise à l'obligation de motivation prévue par l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration et entre ainsi dans le champ d'application de l'article L. 121-1 du même code. Par suite, la décision inscrivant M. B au registre des personnes détenues particulièrement signalées devait être précédée d'une procédure contradictoire, à moins qu'il soit justifié de l'une des circonstances mentionnées à l'article L. 121-2 de ce code.
7. Pour justifier de la dispense de procédure contradictoire préalable, le garde des sceaux, ministre de la justice, s'est fondé sur l'existence d'une situation d'urgence caractérisée par la nécessité de garantir le maintien de M. B sous la garde de la justice au vu de son ancrage dans la criminalité organisée opérant dans le trafic de stupéfiants, par les moyens financiers et logistiques dont il est susceptible de disposer dans la perspective d'une évasion et par sa précédente tentative d'évasion en 2015. Il ressort également de la décision attaquée que celle-ci s'est fondée sur des évènements qui lui étaient immédiatement antérieurs, à savoir des survols par drones du quartier disciplinaire où se trouvait l'intéressé le mois précédent, ses déclarations récentes à un codétenu quant à sa volonté de saisir les opportunités éventuelles d'évasion et la saisie, quelques jours auparavant, à la suite de leur projection à proximité du même quartier disciplinaire où l'intéressé dispose d'une influence importante, d'une pince multiprise et de lames de sciage. Dans ces conditions, alors que la matérialité de ses éléments n'est pas contestée par le requérant, le garde des sceaux, ministre de la justice a pu légalement considérer qu'était caractérisée une situation d'urgence justifiant de dispenser l'administration de recueillir préalablement les observations de M. B. En outre, ces éléments figurant dans la décision attaquée, M. B n'est pas fondé à soutenir que l'existence d'une situation d'urgence n'était pas motivée en méconnaissance du point 1.3 précité de l'instruction du 11 janvier 2022.
8. En troisième lieu, si le point 1.3 de l'instruction du 11 janvier 2022 précise que l'avis écrit des membres de la commission des détenus particulièrement signalés est sollicité par le chef de l'établissement pénitentiaire dans les cinq jours ouvrables suivant la date de la décision, l'omission éventuelle de cette formalité est sans influence sur la légalité de cette décision qui s'apprécie à la date de son édiction.
9. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".
10. En l'espèce, la décision attaquée vise les articles 22 et 89 de la loi pénitentiaire n° 2009-1436 du 24 novembre 2009 ainsi que l'article D. 223-11 du code pénitentiaire et la circulaire du 11 janvier 2022 relative au répertoire des détenus particulièrement signalés et mentionne de manière précise les faits sur lesquels l'administration s'est fondée pour inscrire M. B au répertoire des personnes détenues particulièrement signalées. Cette décision comporte ainsi l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est suffisamment motivée.
11. En cinquième lieu, aux termes du point 1.1 de l'instruction ministérielle du 11 janvier 2022 : " Les personnes détenues susceptibles d'être inscrites ou maintenues au répertoire des DPS sont celles dont au moins l'un des critères suivants est rempli : / 1. Appartenant à la criminalité organisée local, régionale, nationale ou internationale ou aux mouvances terroristes, appartenance établie par la situation pénale, par un signalement des autorités judiciaires et administratives ou des forces de sécurité intérieure ; / 2. Signalées ou ayant été signalées pour une évasion réussie, tentée ou projetée depuis un établissement pénitentiaire ou à l'occasion d'une extraction, d'un transfert administratif ou d'une translation judiciaire ; / 3. Susceptibles de mobiliser par tout moyen, un soutien humain, logistique ou financier extérieur en vue de s'évader et/ou de causer un trouble grave au bon ordre de l'établissement ; / 4. Dont la soustraction à la justice, en raison de leurs personnalités et/ou des faits pour lesquels elles sont écrouées pourraient avoir un impact important sur l'ordre public ; () ".
12. Il ressort des pièces du dossier et notamment de la décision attaquée que l'inscription du requérant au répertoire des personnes détenues particulièrement signalées a été décidée en raison de son profil pénal notamment sur son appartenance présumée à une organisation criminelle opérant dans le trafic de stupéfiants, d'une ancienne tentative d'évasion en 2015, de ses propos dans le sens d'une nouvelle tentative tenus à un codétenu dans un contexte de survol important par drones du quartier disciplinaire où il se trouvait, où ont également été trouvées une pince multiprise et des lames de sciage, quelques jours avant que ne soit prise la décision attaquée. La matérialité de ces éléments précis n'est pas contestée par M. B qui se borne à soutenir à cet égard que les faits en cause peuvent également être en lien avec d'autres détenus se trouvant affectés au sein du même quartier disciplinaire. Toutefois, compte-tenu de ce contexte récent et du profil personnel de M. B tel qu'il vient d'être décrit, et nonobstant son bon comportement en détention, il ne ressort pas des pièces que la décision attaquée qui inscrit l'intéressé au répertoire des personnes détenues particulièrement signalées serait entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
13. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée y compris ses conclusions présentées en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au garde des sceaux, ministre de la justice.
Délibéré après l'audience du 3 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Boutou, président,
Mme Pierre, première conseillère,
M. Le Gars, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2024.
La rapporteure,
Signé
A-L Pierre
Le président,
Signé
B. Boutou
La greffière,
Signé
A. Ribière
La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026