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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2203607

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2203607

jeudi 14 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2203607
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère Chambre
Avocat requérantMESTRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 8 novembre 2022, M. B A, représenté par Me Mestre, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 10 mai 2022 par lequel la préfète de l'Oise a refusé de faire droit à sa demande de regroupement familial au bénéfice de son épouse et de ses deux enfants, ensemble la décision du ministre de l'intérieur rejetant le recours hiérarchique formé contre cette décision ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Oise de faire droit à sa demande ou, à défaut, de lui enjoindre de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et d'exiger au préalable la saisine du maire de Creil ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros en application de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la préfète de l'Oise n'ayant pas saisi pour avis pour le maire de Creil ;

- elle méconnaît les stipulations des articles 4, du d) de l'article 7 et du d) de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 dès lors qu'il remplit la condition de ressources ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur de droit, la préfète de l'Oise s'étant crue à tort en situation de compétence liée au regard du critère des ressources ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 décembre 2022, la préfète de l'Oise conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié, ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code général des impôts ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Fumagalli, conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant algérien né le 17 janvier 1982, est entré sur le territoire français en septembre 2003. Il a déposé une demande de regroupement familial en 2020, à laquelle la préfète de l'Oise a refusé de faire droit. L'intéressé a déposé une nouvelle demande de regroupement familial au bénéfice de son épouse et de ses deux enfants le 8 novembre 2021, dont l'administration a accusé réception le 11 janvier 2022. Par une décision du 10 mai 2022, la préfète de l'Oise a rejeté sa demande. M. A a formé un recours hiérarchique contre cette décision le 1er juillet 2022, qui a donné lieu à une décision implicite de rejet. Le requérant demande au tribunal l'annulation de ces deux décisions.

2. En premier lieu, la décision attaquée a été signée par M. Sébastien Lime, secrétaire général de la préfecture de l'Oise. Il ressort des pièces produites en défense que ce dernier disposait d'une délégation de signature en vertu de l'arrêté du 21 décembre 2020, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, afin de signer " tout[e] () décision relevant des attributions de l'Etat ", comprenant celles prévus par " le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ". Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision attaquée vise les textes applicables, soit les stipulations de l'accord franco-algérien et de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et indique que M. A ne peut se voir accorder le bénéfice du regroupement familial au motif que ses ressources sont insuffisantes par rapport au minimum requis. La décision précise également que, compte tenu de la circonstance que sa famille a toujours vécu en Algérie et que le refus qui lui est opposé ne fait pas obstacle à ce que ses visites dans son pays d'origine continuent, son droit au respect de sa vie privée et familiale n'est pas méconnu. Par suite, la décision attaquée comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit donc être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 434-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, issu de l'ordonnance n° 2020-1733 du 13 décembre 2020 : " L'autorisation d'entrer en France dans le cadre de la procédure du regroupement familial est donnée par l'autorité administrative compétente après vérification des conditions de logement et de ressources par le maire de la commune de résidence de l'étranger ou le maire de la commune où il envisage de s'établir. Le maire, saisi par l'autorité administrative, peut émettre un avis sur la condition mentionnée au 3° de l'article L. 434-7. Cet avis est réputé rendu à l'expiration d'un délai de deux mois à compter de la communication du dossier par l'autorité administrative. "

5. Il résulte de ces dispositions que la légalité de la décision du préfet d'accorder l'autorisation d'entrer en France dans le cadre de la procédure de regroupement familial est subordonnée, notamment, aux vérifications des conditions de logement et de ressources de l'étranger formulant une telle demande et que cette autorisation doit être précédée d'un avis motivé du maire de la commune de résidence du demandeur. Cette consultation obligatoire du maire de la commune préalablement à la décision du préfet statuant sur une demande de regroupement familial, qui a pour objet d'éclairer l'autorité administrative compétente, par un avis motivé, sur les conditions de ressources et d'hébergement de l'étranger formulant une telle demande, constitue ainsi une garantie instituée par le législateur et précisée par le pouvoir réglementaire, sans qu'y fasse obstacle la circonstance qu'en l'absence d'avis explicitement formulé, cet avis est réputé favorable à l'expiration d'un délai de deux mois à compter de la communication du dossier par l'autorité administrative.

6. En l'espèce, le maire de Creil a émis, le 11 avril 2022, un avis défavorable à la demande de regroupement familial du requérant, ainsi qu'il ressort des pièces produites en défense. Au surplus, et en tout état de cause, aucune disposition ne prévoit que cet avis doit être mentionné par la décision prise par l'administration. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 434-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 4 de l'accord franco-algérien : " Les membres de la famille qui s'établissent en France sont mis en possession d'un certificat de résidence de même durée de validité que celui de la personne qu'ils rejoignent. Sans préjudice des dispositions de l'article 9, l'admission sur le territoire français en vue de l'établissement des membres de famille d'un ressortissant algérien titulaire d'un certificat de résidence d'une durée de validité d'au moins un an, présent en France depuis au moins un an sauf cas de force majeure, et l'octroi du certificat de résidence sont subordonnés à la délivrance de l'autorisation de regroupement familial par l'autorité française compétente. Le regroupement familial ne peut être refusé que pour l'un des motifs suivants : 1 - le demandeur ne justifie pas de ressources stables et suffisantes pour subvenir aux besoins de sa famille. Sont pris en compte toutes les ressources du demandeur et de son conjoint indépendamment des prestations familiales. L'insuffisance des ressources ne peut motiver un refus si celles-ci sont égales ou supérieures au salaire minimum interprofessionnel de croissance ; 2 - le demandeur ne dispose ou ne disposera pas à la date d'arrivée de sa famille en France d'un logement considéré comme normal pour une famille comparable vivant en France. () ". Aux termes de l'article 7 du même accord : " Les dispositions du présent article et celles de l'article 7 bis fixent les conditions de délivrance du certificat de résidence aux ressortissants algériens autres que ceux visés à l'article 6 nouveau, ainsi qu'à ceux qui s'établissent en France après la signature du premier avenant à l'accord : () Les ressortissants algériens autorisés à séjourner en France au titre du regroupement familial, s'ils rejoignent un ressortissant algérien lui-même titulaire d'un certificat de résidence d'un an, reçoivent de plein droit un certificat de résidence de même durée de validité, renouvelable et portant la mention " vie privée et familiale () ". Aux termes de l'article 7 bis du même accord : " Les ressortissants algériens visés à l'article 7 peuvent obtenir un certificat de résidence de dix ans s'ils justifient d'une résidence ininterrompue en France de trois années. Il est statué sur leur demande en tenant compte des moyens d'existence dont ils peuvent faire état, parmi lesquels les conditions de leur activité professionnelle et, le cas échéant, des justifications qu'ils peuvent invoquer à l'appui de leur demande () Le certificat de résidence valable dix ans est délivré de plein droit () : d) Aux membres de la famille d'un ressortissant algérien titulaire d'un certificat de résidence valable dix ans qui sont autorisés à résider en France au titre du regroupement familial ".

8. Aux termes de l'article 50-0 du code général des impôts, dans sa rédaction applicable à la demande de regroupement familial de M. A : " 1. Sont soumises au régime défini au présent article pour l'imposition de leurs bénéfices les entreprises dont le chiffre d'affaires hors taxes, ajusté s'il y a lieu au prorata du temps d'exploitation au cours de l'année de référence, n'excède pas, l'année civile précédente ou la pénultième année : () 2° 72 600 € s'il s'agit d'autres entreprises. Lorsque l'activité d'une entreprise se rattache aux deux catégories définies aux 1° et 2°, le régime défini au présent article n'est applicable que si le chiffre d'affaires hors taxes global de l'entreprise respecte la limite mentionnée au 1° et si le chiffre d'affaires hors taxes afférent aux activités de la catégorie mentionnée au 2° respecte la limite mentionnée au même 2°. Le résultat imposable, avant prise en compte des plus ou moins-values provenant de la cession des biens affectés à l'exploitation, est égal au montant du chiffre d'affaires hors taxes diminué () d'un abattement de 50 % pour le chiffre d'affaires provenant d'activités de la catégorie mentionnée au 2°. () ".

9. La demande du requérant étant entièrement régie par les stipulations de l'accord franco-algérien, quelle que soit la composition du foyer du ressortissant algérien qui demande le regroupement familial, le niveau de ses ressources doit s'apprécier par référence à la seule moyenne du salaire minimum interprofessionnel de croissance sur la période de douze mois précédant le dépôt de la demande de regroupement familial.

10. Pour refuser de faire droit à la demande de M. A, la préfète de l'Oise a retenu que l'intéressé justifiait d'un revenu mensuel net d'un montant de 708 euros sur la période de douze mois précédant sa demande de regroupement familial et que ce montant était inférieur au minimum requis. M. A soutient que ses revenus s'élevaient à 17 000 euros au titre de l'année 2021, ce qui correspondait au chiffre d'affaires de son activité en qualité d'autoentrepreneur. Toutefois, l'appréciation de la condition de ressources suffisantes doit s'entendre du seul bénéfice net imposable, c'est-à-dire des ressources à la disposition de l'entrepreneur sous déduction du chiffre d'affaires brut d'un forfait de 50 % représentatif de toutes les charges de l'activité, conformément aux dispositions de l'article 50-0 du code général des impôts. Ainsi, la préfète de l'Oise pouvait légalement prendre en compte un revenu mensuel net de 708 euros, c'est-à-dire un revenu annuel net de 8 500 euros, après application de l'abattement forfaitaire de 50 % sur le chiffre d'affaires précité. Compte tenu du montant du salaire minimum interprofessionnel de croissance en 2021, soit 1 260,30 euros, la préfète n'a pas fait une inexacte application des stipulations citées au point 7. Ce moyen doit, dès lors, être écarté.

11. En cinquième lieu, le requérant ne peut utilement soutenir que la préfète de l'Oise se serait estimée à tort en situation de compétence liée.

12. En sixième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

13. Il ressort des pièces du dossier que M. A est arrivé en France en 2003, et qu'il s'est marié avec une compatriote le 24 septembre 2014, en Algérie, où sont nés ses deux enfants en 2017 et 2018. Ainsi, la famille du requérant a toujours vécu dans son pays d'origine et compte tenu également de la possibilité qu'a leur père de leur rendre visite, la décision attaquée ne porte pas atteinte au droit au respect de la vie privée et familiale de M. A. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit ainsi être écarté. Pour les mêmes motifs, la préfète de l'Oise n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle du requérant.

14. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celles présentées à fin d'injonction et au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète de l'Oise.

Délibéré après l'audience du 24 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Lebdiri, président,

M. Richard, premier conseiller,

M. Fumagalli, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 novembre 2024.

Le président,

Signé

S. Lebdiri

Le rapporteur,

Signé

E. Fumagalli La greffière,

Signé

Z. Aguentil

La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2203607

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