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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2203609

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2203609

jeudi 29 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2203609
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantSCP CARON - DAQUO - AMOUEL - PEREIRA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 14 novembre 2022, Mme B A, représentée par Me Pereira, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 2 novembre 2022 par lequel le préfet du Nord a décidé son transfert aux autorités polonaises comme étant responsables de l'examen de sa demande d'asile ;

2°) d'enjoindre au préfet du Nord de procéder au réexamen de sa demande d'asile ;

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- l'arrêté est entaché d'illégalité, dès lors qu'elle souhaite déposer sa demande d'asile en France et non en Pologne, où elle n'a pas de lien familiaux ;

- l'arrêté attaqué méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors qu'elle a tissé de nombreux liens sociaux en France ;

- l'arrêté attaqué méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors qu'elle a tissé de nombreux liens sociaux en France ;

- l'arrêté attaqué méconnaît l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013.

Le préfet du Nord n'a pas produit d'observations mais des pièces le 15 novembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience publique.

La présidente du tribunal a désigné M. Thérain, vice-président, pour statuer sur les demandes telles que celle faisant l'objet du litige.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Thérain, vice-président ;

- et les observations de Me Pereira, avocate commise d'office, représentant Mme A, qui conclut aux mêmes fins que la requête, en soutenant en outre que l'arrêté attaqué méconnaît l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013, à raison de son état de santé et des conditions d'accueils qui lui ont été réservées durant son séjour en Pologne, ainsi que l'article 3 du même règlement, à raison des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil de cet État membre.

Considérant ce qui suit :

1. En premier lieu, l'arrêté attaqué cite les dispositions sur lesquelles il se fonde, notamment celles du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, et mentionne les éléments de faits relatifs à la situation de Mme A, notamment les circonstances pour lesquelles le préfet du Nord a estimé que les autorités polonaises devaient être regardées comme responsables de sa demande d'asile, ainsi que celles relatives à sa situation personnelle et familiale. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué serait insuffisamment motivé manque en fait.

2. En deuxième lieu, aux termes de l'article 3 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " () Lorsqu'il est impossible de transférer un demandeur vers l'État membre initialement désigné comme responsable parce qu'il y a de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet État membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, l'État membre procédant à la détermination de l'État membre responsable poursuit l'examen des critères énoncés au chapitre III afin d'établir si un autre État membre peut être désigné comme responsable () ".

3. Il ne ressort d'aucune pièce du dossier que la procédure d'asile mise en œuvre par les autorités polonaises se heurterait, à la date de la décision attaquée, à des défaillances systémiques au sens des dispositions précitées.

4. En troisième lieu, il n'est pas démontré, ainsi qu'il a été dit ci-dessus, que les conditions d'accueil offertes par les autorités polonaises ne seraient pas de nature à garantir que la demande de Mme A soit examinée dans des conditions propres à garantir le droit d'asile. Si l'intéressée se prévaut également de l'altération, notamment psychique, de son état de santé, il ne ressort d'aucune pièce que celui-ci ne puisse faire l'objet d'une prise en charge appropriée par les autorités de cet État membre. Dans ces conditions, alors même que les conditions matérielles d'accueil offertes par les autorités françaises seraient plus favorables et que Mme A aurait initialement eu l'intention de déposer sa demande d'asile auprès des autorités françaises et non polonaises, l'intéressée n'est pas fondée à soutenir qu'en refusant d'examiner discrétionnairement sa demande d'asile sur le fondement du paragraphe 1 de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 à raison de ces circonstances, le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation.

5. En dernier lieu, les autres moyens de la requête ne sont assortis d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé.

6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête de Mme A doivent être rejetées, y compris ses conclusions aux fin d'injonction.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au préfet du Nord.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 décembre 2022.

Le vice-président désigné,

Signé

S. ThérainLa greffière,

Signé

V. Martinval

La République mande et ordonne au préfet du Nord, en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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