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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2203801

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2203801

mardi 7 février 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2203801
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantBOY CAROLE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 29 novembre 2022, M. A C, représenté par Me Boy, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 octobre 2022 par lequel le préfet de la Somme a refusé de lui délivrer une carte de séjour portant la mention " salarié ", l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination en cas d'exécution de cette mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Somme de lui délivrer le titre de séjour sollicité ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- cet arrêté a été signé par une autorité incompétente ;

- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation dès lors que celle-ci n'a pas été examinée à la lumière de la circulaire du 28 novembre 2012 ; en outre, il remplit l'ensemble des conditions pour obtenir un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- cet arrêté méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 décembre 2022, le préfet de la Somme conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 30 novembre 202, la clôture de l'instruction a été fixée au 10 janvier 2023 à 12h00.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 en matière de séjour et d'emploi ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme D a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, ressortissant marocain né le 7 décembre 1978, déclare être entré en France le 13 mars 2013, démuni de tout visa régulièrement délivré. Par un arrêté du 27 octobre 2022, dont il demande l'annulation, le préfet de la Somme a refusé de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié ", l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination en cas d'exécution de cette mesure d'éloignement.

2. En premier lieu, par un arrêté du 23 août 2022, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet de la Somme a donné délégation à Mme Myriam Garcia, secrétaire générale de la préfecture de la Somme, qui a signé l'arrêté attaqué, à l'effet de signer toutes décisions relatives à l'entrée, au séjour des étrangers en France et au droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 9 de l'accord franco-marocain en matière de séjour et d'emploi du 9 octobre 1987 : " Les dispositions du présent accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux Etats sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'accord () ". L'article 3 de cet accord stipule que : " Les ressortissants marocains désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent accord, reçoivent après contrôle médical et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable et portant la mention "salarié" () ". Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".

4. Portant sur la délivrance des catégories de cartes de séjour temporaires prévues par les dispositions auxquelles il renvoie, l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'institue pas une catégorie de titres de séjour distincte, mais est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France, soit au titre de la vie privée et familiale, soit au titre d'une activité salariée. Dès lors que l'article 3 de l'accord franco-marocain prévoit la délivrance de titres de séjour au titre d'une activité salariée, un ressortissant marocain souhaitant obtenir un titre de séjour au titre d'une telle activité ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 435-1 à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national, s'agissant d'un point déjà traité par l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987, au sens de l'article 9 de cet accord. Toutefois, les stipulations de cet accord n'interdisent pas au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, en fonction de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation d'un ressortissant marocain qui ne remplirait pas les conditions auxquelles est subordonnée la délivrance de plein droit d'un titre de séjour en qualité de salarié. En revanche, les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sont applicables aux ressortissants marocains en matière de délivrance d'une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale ".

5. D'une part, il ressort des termes mêmes de l'arrêté attaqué que, pour refuser le titre de séjour portant la mention " salarié " sollicité par M. C, le préfet de la Somme a considéré que ce dernier ne remplissait pas les conditions de l'article 3 de l'accord franco-marocain dès lors qu'il ne justifie pas d'un contrat visé par les autorités compétentes. Par suite, le requérant, qui ne conteste pas l'exactitude de ce fait, ne peut utilement se prévaloir, pour contester le rejet de sa demande de titre de séjour " salarié " de la méconnaissance de l'article L. 435-1 de ce code, dispositions au demeurant inapplicables aux ressortissants marocains dont la situation sur ce point est intégralement régie par l'article 3 de l'accord franco-marocain tel que cela a été exposé au point 3. En tout état de cause, compte tenu de ce que M. C, qui dispose certes d'un contrat de travail à durée indéterminée à temps complet en qualité d'employé polyvalent dans une épicerie, ne justifie ni son insertion particulière sur le territoire français, ni l'impossibilité pour lui de se réinsérer dans son pays d'origine, le préfet de la Somme n'a pas entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation en s'abstenant de faire usage de son pouvoir discrétionnaire de régularisation.

6. D'autre part, dès lors qu'un étranger ne détient aucun droit à l'exercice par le préfet de son pouvoir de régularisation, M. C ne peut utilement soutenir que sa situation aurait dû être examinée à la lumière des orientations générales posées par la circulaire du ministre de l'intérieur du 28 novembre 2012 pour l'exercice de ce pouvoir.

7. Il résulte de ce qui précède que les moyens tirés de l'erreur manifeste dans l'appréciation de la situation de M. C ainsi que de l'erreur de droit ne peuvent qu'être écartés.

8. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

9. Si M. C, célibataire et sans charge de famille, se prévaut du déracinement et de l'atteinte disproportionnée à son droit à mener une vie privée et familiale engendrés par l'arrêté attaqué, les attestations versées au dossier provenant de voisins et de clients de l'épicerie dans laquelle il est employé, ne suffisent toutefois pas à établir l'intensité des liens familiaux et amicaux qu'il soutient avoir tissé depuis son arrivée en France, ni à traduire son insertion suffisante sur le territoire français. En outre, M. C n'établit, ni même n'allègue être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine qu'il a quitté à l'âge de 34 ans et où réside toute sa fratrie. Dans ces conditions, en dépit des efforts que le requérant a déployé en vue de s'insérer professionnellement sur le territoire national, le préfet de la Somme n'a pas méconnu les stipulations de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales citées au point précédent.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions à fin d'injonction de la requête ainsi que de celles relatives aux frais de l'instance.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet de la Somme.

Délibéré après l'audience du 24 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

- M. Binand, président,

- Mme B et Mme D, conseillères.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 février 2023.

La rapporteure,

signé

P. DLe président,

signé

C. BINAND

Le greffier,

signé

N. VERJOT

La République mande et ordonne au préfet de la Somme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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