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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2203810

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2203810

lundi 30 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2203810
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantSAS ITRA CONSULTING

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 30 novembre 2022 et le 24 janvier 2024, Mme A B, représentée par la SAS ITRA Consulting, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 29 septembre 2022, par laquelle la préfète de l'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a invitée à quitter le territoire français dans un délai de deux mois ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Oise de lui délivrer une carte de séjour mention " vie privée et familiale " ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat, au bénéfice de son conseil, la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

Sur la décision lui refusant un titre de séjour :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- la décision attaquée est entachée d'erreur d'appréciation en méconnaissance des dispositions des articles L. 423-1 et L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation, dès lors que le centre de ses intérêts privés et familiaux est désormais en France ;

Sur la décision l'invitant à quitter le territoire français :

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision lui refusant un titre de séjour.

Par un mémoire en défense et une pièce complémentaire, enregistrés les 29 décembre 2022 et 16 janvier 2023, la préfète de l'Oise conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu, au cours de l'audience publique, le rapport de M. Le Gars, conseiller.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, ressortissante gabonaise née le 18 mars 1977, est entrée sur le territoire français le 20 juin 2018, sous couvert d'un visa court séjour touristique valable du 1er juin au 3 juillet 2018. Le 17 juin 2022, Mme B a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en qualité de conjointe de français, sur le fondement de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par décision du 29 septembre 2022, dont elle demande l'annulation, la préfète de l'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a invitée à quitter le territoire français dans un délai de deux mois.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, la décision attaquée vise les dispositions de l'article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur lesquelles elle se fonde. Pour rejeter la demande de titre de séjour de Mme B, l'autorité préfectorale indique que l'intéressée ne justifie pas d'une communauté de vie effective d'au moins six mois avec son conjoint. Par suite, la décision attaquée comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit donc être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1 ". Aux termes de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger marié avec un ressortissant français, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an lorsque les conditions suivantes sont réunies : / 1° La communauté de vie n'a pas cessé depuis le mariage ; / 2° Le conjoint a conservé la nationalité française ; (). Aux termes de l'article L. 423-2 du même code : " L'étranger, entré régulièrement et marié en France avec un ressortissant français avec lequel il justifie d'une vie commune et effective de six mois en France, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable.".

4. Il résulte des dispositions combinées des articles L. 423-1 et L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que la première délivrance d'une carte de séjour temporaire en qualité de conjoint d'un ressortissant français, est en principe subordonnée à la production par l'étranger d'un visa de long séjour. Il résulte en revanche des dispositions de l'article L. 423-2 de ce même code que cette carte de séjour peut être délivrée sans présentation d'un visa de long séjour, lorsque l'étranger justifie cumulativement d'une entrée régulière sur le territoire français, d'un mariage en France et d'une communauté de vie effective d'au moins six mois sur le territoire

5. Il ressort des termes de la décision attaquée que, pour refuser de délivrer à Mme B un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-1 du code précité, la préfète de l'Oise s'est fondée sur la circonstance que l'intéressée ne justifiait pas d'une communauté de vie effective d'au moins six mois avec son conjoint en France. Mme B soutient partager une communauté de vie avec son époux d'une durée supérieure à six mois à la date de la décision attaquée en se prévalant de son avis d'impôt sur les revenus de 2021 mentionnant une adresse commune à celle de son conjoint au 1er janvier 2022. Toutefois, il ressort, d'une part, d'un courrier adressé par Mme B et son époux à la préfecture de l'Oise le 15 septembre 2022, que les intéressés ne vivaient pas ensemble avant leur mariage le 7 mai 2022 et, d'autre part, d'un courrier électronique adressé par le conjoint de la requérante à la préfecture de l'Oise le 11 janvier 2023 afin de dénoncer un mariage de complaisance, que la communauté de vie a rapidement cessé après leur mariage. Dans ces conditions, Mme B ne justifie pas, nonobstant la production de l'avis d'impôt sur les revenus de 2021, de la réalité et de l'effectivité d'une communauté de vie d'au moins six mois avec son époux à la date de l'arrêté attaqué. Par suite, Mme B n'est pas fondée à soutenir que la préfète de l'Oise a méconnu les dispositions précitées des articles L. 423-1 et L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application des stipulations précitées, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

7. Mme B, qui est présente en France depuis le 20 juin 2018, se prévaut de la durée de son séjour, de ses attaches familiales et de son intégration professionnelle. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que l'intéressée s'est maintenue en situation irrégulière sur le territoire français après l'expiration de son visa de type C le 3 juillet 2018. Ainsi qu'il a été dit au point 5, si Mme B s'est mariée avec un ressortissant français le 7 mai 2022, il ressort des pièces du dossier que leur vie commune a été particulièrement brève. Si la requérante fait valoir que son enfant majeur poursuit ses études en France, elle n'établit pas le lien de filiation allégué avec l'intéressé dont le visa fait état d'une entrée sur le territoire français postérieure à celle de la décision attaquée, dont la légalité s'apprécie à la date de sa notification. Par ailleurs, la circonstance que Mme B se prévale de quatre bulletins de salaires au titre des mois de juillet, août, septembre et novembre 2022 pour une activité d'aide à domicile à temps partiel, ne permet pas d'établir que l'intéressée, au demeurant en situation irrégulière, soit insérée professionnellement. Enfin, elle n'est pas dépourvue d'attaches dans son pays d'origine dans lequel résident ses deux enfants et où elle a vécu jusqu'à l'âge de quarante-et-un ans. Dès lors, en ayant refusé à Mme B la délivrance d'un titre de séjour, la préfète de l'Oise n'a pas porté au droit de l'intéressée au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée, eu égard aux buts en vue desquels cette décision a été prise et n'a méconnu ni les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni commis une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle et familiale.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision l'invitant à quitter le territoire français :

8. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la recevabilité des conclusions à fin d'annulation de la décision l'invitant à quitter le territoire français, que Mme B n'est pas fondée à soutenir qu'elle serait illégale compte tenu de l'illégalité de la décision lui refusant un titre de séjour.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme B à l'encontre de la décision du 29 septembre 2022 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la préfète de l'Oise.

Délibéré après l'audience du 22 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. Thérain, président,

Mme Rondepierre, première conseillère,

M. Le Gars, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 septembre 2024.

Le rapporteur,

signé

V. Le Gars

Le président,

signé

S. Thérain

La greffière,

signé

S. Chatellain

La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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