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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2203817

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2203817

mardi 7 février 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2203817
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantQUENNEHEN-TOURBIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 30 novembre 2022, Mme A D B, représentée par Me Tourbier, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 7 octobre 2022 par lequel le préfet de la Somme a refusé de lui délivrer une carte de séjour en qualité de parent d'une enfant française, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Somme de lui délivrer le titre de séjour sollicité dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à son avocat en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- il est intervenu à l'issue d'une procédure irrégulière dès lors qu'elle n'a pas été invitée à produire les pièces ou informations complémentaires utiles à l'instruction favorable de la demande de titre de séjour en méconnaissance des dispositions de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- il est entaché d'erreur manifeste dans l'application de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît les articles L. 611-1 et L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît le point 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ainsi que l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 janvier 2023, le préfet de la Somme conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que la requête est irrecevable comme tardive et que les moyens soulevés par Mme D B ne sont pas fondés.

Mme D B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle par une décision du 14 décembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme E a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A D B, ressortissante camerounaise née le 29 août 1992, déclare être entrée en France le 3 mai 2019 démunie de tout visa régulièrement délivré. Par un arrêté du 7 octobre 2022, dont elle demande l'annulation, le préfet de la Somme a refusé de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " en qualité de parent d'une enfant française, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination en cas d'exécution de cette mesure d'éloignement.

2. En vertu de l'article L. 614-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français, assortie d'un délai de départ volontaire, résulte d'un refus de délivrance d'un titre de séjour, en application du 3° de L. 611-1 du même code, " () le tribunal administratif est saisi dans le délai de trente jours suivant la notification de la décision. / L'étranger peut demander le bénéfice de l'aide juridictionnelle au plus tard lors de l'introduction de sa requête en annulation () ". Par ailleurs, aux termes du I de l'article R. 776-2 du code de justice administrative : " Conformément aux dispositions de l'article L. 614-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la notification d'une obligation de quitter le territoire français avec délai de départ volontaire () fait courir un délai de trente jours pour contester cette obligation ainsi que les décisions relatives au séjour, au délai de départ volontaire, au pays de renvoi et à l'interdiction de retour ou à l'interdiction de circulation notifiées simultanément ". Enfin, l'article 43 du décret du 28 décembre 2020 portant application de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique dispose que " () lorsqu'une action en justice ou un recours doit être intenté avant l'expiration d'un délai devant les juridictions de première instance ou d'appel, l'action ou le recours est réputé avoir été intenté dans le délai si la demande d'aide juridictionnelle s'y rapportant est adressée au bureau d'aide juridictionnelle avant l'expiration dudit délai () ".

3. Il incombe à l'administration, lorsqu'elle oppose une fin de non-recevoir tirée de la tardiveté d'une action introduite devant une juridiction administrative, d'établir la date à laquelle la décision attaquée a été régulièrement notifiée à l'intéressé. Dans le cas où le pli contenant la décision attaquée, envoyé en recommandé à l'adresse de l'administré, a été retourné à l'administration avec la mention " pli non réclamé ", le délai mentionné ci-dessus court de la date à laquelle l'administré doit être regardé comme ayant été régulièrement avisé que ce pli était à sa disposition au bureau de poste dont il relève. Cette date résulte des mentions précises, claires et concordantes portées sur l'enveloppe et de l'avis de réception retournés à l'expéditeur ou, à défaut, des attestations de l'administration postale ou de tout autre élément de preuve.

4. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté contesté du 7 octobre 2022 portant obligation de quitter le territoire français, qui mentionne les voies et délais de recours, a été notifié à Mme D B par lettre recommandée avec avis de réception à l'adresse à laquelle l'intéressée soutient avoir déménagé, soit au 86 rue de Castille à Amiens. Il ressort des mentions figurant sur l'enveloppe retournée à l'administration, ainsi que du suivi informatisé du pli par l'administration postale fourni par le préfet, que cette lettre a été présentée le 11 octobre 2022, sans pouvoir être distribuée, et qu'un avis de passage invitant l'intéressée à retirer le courrier au bureau de poste a été déposé le même jour à cette adresse. A défaut d'avoir été retiré dans le délai prévu pour ce faire, le pli a été retourné à l'expéditeur, le 2 novembre 2022 revêtu de la mention " pli avisé et non réclamé ". Dès lors, l'ensemble des mentions précises, claires et concordantes figurant sur l'enveloppe retournée aux services de la préfecture de la Somme ainsi que sur l'historique du pli constituent la preuve de la notification régulière, le 11 octobre 2022, à Mme D B de l'arrêté en cause. L'intéressée disposait ainsi, à compter de cette date, d'un délai de trente jours, expirant le lundi 14 novembre 2022, pour saisir le tribunal d'un recours contentieux. En outre, si la requérante a bénéficié d'une décision d'admission à l'aide juridictionnelle, sa demande, qui a été enregistrée le 18 novembre 2022, soit au-delà du délai de recours contentieux de trente jours, n'a pu avoir pour effet de le conserver. Il suit de là qu'à la date du 30 novembre 2022 à laquelle la requête a été enregistrée, le délai de recours contentieux imparti par l'article L. 614-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile était expiré. Par suite, il y a lieu d'accueillir la fin de non-recevoir soulevée par le préfet de la Somme tiré de la tardiveté de la requête.

5. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de Mme D B doivent être rejetées comme irrecevables. Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions à fin d'injonction ainsi que de celles relatives aux frais de l'instance.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme D B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A D B, au préfet de la Somme et à Me Tourbier.

Délibéré après l'audience du 24 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

- M. Binand, président,

- Mme C et Mme E, conseillères.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 février 2023.

La rapporteure,

signé

P. ELe président,

signé

C. BINAND

Le greffier,

signé

N. VERJOT

La République mande et ordonne au préfet de la Somme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

5

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