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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2203900

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2203900

jeudi 9 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2203900
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSORRIAUX JONATHAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 8 décembre 2022, M. D A, représenté par Me Sorriaux, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 7 novembre 2022, notifié le 6 décembre 2022, par lequel la préfète de l'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé la Guinée comme pays de destination, et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Oise de procéder au réexamen de sa situation administrative dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Il soutient que :

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

- cette décision est entachée d'erreur d'appréciation en ce qui concerne l'existence d'une menace à l'ordre public ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- cette décision est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 janvier 2023, la préfète de l'Oise conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 24 janvier 2023, la clôture de l'instruction a été fixée en dernier lieu au 9 février 2023.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 14 décembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique, le rapport de Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. M. D A, ressortissant guinéen, né le 25 octobre 2003, est entré en France en 2018. Par ordonnance d'ouverture d'une tutelle d'Etat du juge des tutelles des mineurs du tribunal de grande instance de B en date du 2 octobre 2018, l'intéressé a été confié aux services de l'aide sociale à l'enfance du département de l'Oise. Le 4 octobre 2022, l'intéressé a sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Par un arrêté du 7 novembre 2022, dont il demande l'annulation, la préfète de l'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé la Guinée comme pays de destination, et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public ".

3. Pour refuser de lui délivrer un titre de séjour, la préfète de l'Oise a considéré que M. A représentait une menace pour l'ordre public. Il ressort de l'ordonnance de placement provisoire du juge des enfants au tribunal judiciaire de B en date du 25 octobre 2021 que l'intéressé a été condamné le 28 avril 2021 par le tribunal pour enfants de B pour des faits d'usage de produits stupéfiants commis le 4 janvier 2020. En outre, les écritures du requérant font également état de ce qu'il a fait l'objet d'une condamnation pénale le 13 octobre 2021 pour des faits commis au mois d'août 2020. Ainsi, les condamnations pénales précitées établissent la matérialité des infractions pénales commises le 4 janvier 2020 et en août 2020. Par ailleurs, le requérant conteste la matérialité des autres faits pour lesquels il a été entendu en tant qu'auteur et qui ont constitué les motifs de la décision attaquée, soit les faits de vol en réunion le 20 août 2019, de dégradation ou détérioration de bien destiné à l'utilité ou la décoration publique le 28 décembre 2019, d'offre ou de cession non autorisée de stupéfiants le 4 janvier 2020, de vol à l'étalage les 7 février et 11 mars 2020, de vol en réunion le 27 juillet 2020, de vol à l'arraché et de dégradation ou détérioration d'un bien appartenant à autrui le 2 septembre 2020, de recel de bien provenant d'un vol le 21 janvier 2021, d'usage illicite de stupéfiants et de détention non autorisée de stupéfiants le 29 mars 2021, de rébellion, de port sans motif légitime d'arme blanche ou incapacitante de catégorie D et d'outrage à un agent d'un exploitant de réseau de transport public de personnes. Toutefois, ces faits, qui sont en partie répertoriés dans le fichier du traitement des antécédents judiciaires, sont corroborés par le rapport éducatif du 30 juin 2021 qui fait état, sans être contesté, des nombreuses gardes à vue et convocations au tribunal dont le requérant a fait l'objet et de ses difficultés d'intégration dans la société française. M. A ne conteste pas davantage l'absence d'amélioration de son comportement à la suite de la mesure éducative judiciaire dont il a fait le 13 octobre 2021 qui est relevée par l'arrêté attaqué. Ainsi, eu égard au caractère récent et répété des faits relevés par l'arrêté attaqué, la préfète de l'Oise n'a pas fait une inexacte appréciation des circonstances de l'espèce en estimant que le séjour en France de l'intéressé constituait une menace pour l'ordre public. Par suite, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

4. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

5. M. A se prévaut de son absence d'attache familiale dans son pays d'origine, de l'ancienneté de sa résidence en France et de son intégration dans la société française. Il soutient qu'il a obtenu un titre professionnel d'installateur de réseaux de télécommunications et conclu deux contrats d'apprentissage pour chacune de ses deux années de scolarité. Toutefois, M. A n'allègue ni ne soutient disposer d'attaches en France et ne conteste pas être célibataire et sans enfants. Ainsi qu'il a été dit au point 3, il n'a pas démontré son intégration dans la société française depuis son arrivée sur le territoire. Dans ces conditions, la préfète de l'Oise n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels les arrêtés litigieux ont été pris et n'a, par suite, pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

6. En premier lieu, aucun des moyens invoqués à l'appui des conclusions dirigées contre la décision portant refus de titre de séjour n'est fondé. Par suite, le moyen tiré de l'illégalité de cette décision, soulevé à l'appui des conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français, doit être écarté.

7. En second lieu, pour le même motif que celui exposé au point 5, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

Sur la décision fixant le pays de destination :

8. Aucun des moyens invoqués à l'appui des conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est fondé. Par suite, le moyen tiré de l'illégalité de cette décision, soulevé à l'appui des conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination, doit être écarté.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

9. Aucun des moyens invoqués à l'appui des conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est fondé. Par suite, le moyen tiré de l'illégalité de cette décision, soulevé à l'appui des conclusions dirigées contre la décision portant interdiction de retour sur le territoire français, doit être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fins d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A et à la préfète de l'Oise.

Délibéré après l'audience du 16 février 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Galle, présidente,

Mme Pellerin, première conseillère,

Mme Bazin, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 9 mars 2023.

La rapporteure,

signé

C. CLa présidente,

signé

C. Galle

La greffière,

signé

Z. Aguentil

La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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