lundi 30 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2203963 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | SELARL AEQUAE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 13 décembre 2022 et 10 février 2023, M. D B C, représenté par Me Vitel, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 14 octobre 2022 par laquelle le préfet de l'Aisne a refusé sa demande d'autorisation de regroupement familial au bénéfice de son épouse, ensemble la décision du 25 novembre 2022 portant rejet de son recours gracieux ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Aisne d'autoriser le regroupement familial sollicité dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative
Il soutient que :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée en fait ;
- cette décision est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;
- cette décision est entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 434-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que le préfet de l'Aisne s'est crue lié par le constat de l'insuffisance de ses ressources ;
- cette décision méconnaît les dispositions des articles L. 434-2 et L. 434-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors notamment qu'il remplissait les conditions de ressources pour être autorisé à être rejoint par son épouse ;
- cette décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 9 janvier 2023, le préfet de l'Aisne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- les moyens de la requête ne sont pas fondés ;
- la décision est d'autant plus justifiée que le second enfant français de M. B C n'a pas été pris en compte.
Par une ordonnance du 14 février 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 28 février 2023 à 12 heures.
M. B C a produit des pièces le 11 décembre 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Richard, rapporteur,
- et les observations de Me de Grazia, assistant M. B C et substituant Me Vitel.
Considérant ce qui suit :
1. M. D B C, ressortissant tunisien né le 25 février 1980, est titulaire d'une carte de résident valable du 16 juin 2017 au 14 juin 2027. Le 16 septembre 2021, il a sollicité le bénéfice du regroupement familial pour son épouse de nationalité tunisienne. Par une décision du 14 octobre 2022, le préfet de l'Aisne a refusé de faire droit à sa demande. M. B C a présenté un recours gracieux contre cette décision le 4 novembre 2022 qui a été rejeté le 25 novembre 2022. M. B C demande l'annulation de la décision du 14 octobre 2022, ensemble la décision portant rejet de son recours gracieux.
2. En premier lieu, la décision attaquée précise que les ressources de M. B C sont insuffisantes pour subvenir aux besoins de sa famille ainsi que les éléments de la situation personnelle et familiale de l'intéressé que le préfet de l'Aisne a pris en considération. Dès lors, M. B C n'est pas fondé à soutenir que cette décision est insuffisamment motivée en fait.
3. En deuxième lieu, il ne ressort ni de la motivation de la décision attaquée ni d'aucune autre pièce du dossier que la situation personnelle de M. B A n'ait été dûment prise en compte. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen de cette dernière doit être écarté.
4. En troisième lieu, il ressort des termes mêmes de la décision attaquée que le préfet de l'Aisne, qui s'est expressément référée à des éléments de la situation personnelle et familiale de l'intéressé, ne s'est pas fondé uniquement sur l'insuffisance des ressources de M. B C pour prendre la décision attaquée. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la préfet se serait cru à tort en situation de compétence liée pour refuser sa demande.
5. En quatrième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 434-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui séjourne régulièrement en France depuis au moins dix-huit mois, sous couvert d'un des titres d'une durée de validité d'au moins un an prévus par le présent code ou par des conventions internationales, peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre du regroupement familial : / 1° Par son conjoint, si ce dernier est âgé d'au moins dix-huit ans ; / 2° Et par les enfants du couple mineurs de dix-huit ans ". Aux termes de l'article L. 434-7 du même code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui en fait la demande est autorisé à être rejoint au titre du regroupement familial s'il remplit les conditions suivantes : / 1° Il justifie de ressources stables et suffisantes pour subvenir aux besoins de sa famille ; / 2° Il dispose ou disposera à la date d'arrivée de sa famille en France d'un logement considéré comme normal pour une famille comparable vivant dans la même région géographique ; / 3° Il se conforme aux principes essentiels qui, conformément aux lois de la République, régissent la vie familiale en France, pays d'accueil ".
6. D'autre part, aux termes de l'article L. 434-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour l'appréciation des ressources mentionnées au 1° de l'article L. 434-7 toutes les ressources du demandeur et de son conjoint sont prises en compte, indépendamment des prestations familiales, de l'allocation équivalent retraite et des allocations prévues à l'article L. 262-1 du code de l'action sociale et des familles, à l'article L. 815-1 du code de la sécurité sociale et aux articles L. 5423-1 et L. 5423-2 du code du travail. () ". Aux termes de l'article R. 434-4 du même code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour l'application du 1° de l'article L. 434-7, les ressources du demandeur et de son conjoint qui alimenteront de façon stable le budget de la famille sont appréciées sur une période de douze mois par référence à la moyenne mensuelle du salaire minimum de croissance au cours de cette période. Ces ressources sont considérées comme suffisantes lorsqu'elles atteignent un montant équivalent à : / 1° Cette moyenne pour une famille de deux ou trois personnes ; / 2° Cette moyenne majorée d'un dixième pour une famille de quatre ou cinq personnes ; () ".
7. Il ressort de ces dispositions que le caractère suffisant du niveau des ressources d'un ressortissant étranger, demandeur d'une autorisation de regroupement familial et de son conjoint s'apprécie sur la période de douze mois précédant le dépôt de la demande de regroupement familial, par référence à la moyenne mensuelle du salaire minimum interprofessionnel de croissance, au cours de cette même période, même si, lorsque ce seuil n'est pas atteint au cours de la période considérée, il est toujours possible, pour le préfet, de prendre une décision favorable en tenant compte de l'évolution des ressources du demandeur, y compris après le dépôt de la demande. Dans ce dernier cas, la période de référence de douze mois est celle précédant la date de la décision par laquelle le préfet statue sur la demande de regroupement familial. Par ailleurs, il résulte de ces mêmes dispositions que lorsqu'elle se prononce sur une demande de regroupement familial, l'autorité compétente doit, pour apprécier la condition de ressources, se fonder sur le montant des ressources du demandeur et de son conjoint, mais aussi sur leur stabilité.
8. Contrairement à ce que soutient M. B C, il ressort des pièces du dossier que le préfet de l'Aisne a considéré que sa famille était composée de deux personnes et n'a pas tenu compte, pour prendre la décision attaquée, ainsi qu'il aurait pu légalement le faire, notamment de la présence du second enfant français que le requérant n'avait pas déclaré avant la production de sa requête. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que les ressources moyennes de M. B C pour la période de septembre 2020 à août 2021 étaient inférieures au salaire minimum de croissance. De plus, si les ressources de M. B C pour la période d'octobre 2021 à septembre 2022 étaient supérieures à ce salaire, l'intéressé travaillait alors en intérim jusqu'à ce qu'il subisse un accident du travail le 29 avril 2022 à la suite duquel ses ressources étaient constituées d'indemnités journalières. Dans ces conditions, le préfet de l'Aisne n'a pas méconnu les dispositions citées aux points 5 et 6 en considérant que M. B C ne justifie pas de ressources stables et suffisantes pour subvenir aux besoins de sa famille et en rejetant sur ce fondement sa demande.
9. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
10. Il ressort des pièces du dossier que M. B C s'est marié avec son épouse le 22 août 2015 alors qu'il résidait déjà en France depuis plusieurs années. Par ailleurs, l'intéressé n'établit pas avoir déjà vécu avec celle-ci. Dans ces conditions, le préfet de l'Aisne n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale de M. B C en prenant la décision attaquée et n'a ainsi pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de M. B C doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et les conclusions qu'il présente sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D B C et à la préfète de l'Aisne.
Délibéré après l'audience du 12 décembre 2024, à laquelle siégeaient :
- M. Lebdiri, président,
- M. Fumagalli, conseiller,
- M. Richard, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 décembre 2024.
Le rapporteur,
signé
J. Richard
Le président,
signé
S. Lebdiri
La greffière,
signé
Z. Aguentil
La République mande et ordonne à la préfète de l'Aisne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
No 2203963
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