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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2203972

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2203972

jeudi 4 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2203972
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantDEVOS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 15 décembre 2022, Mme B A, représentée par Me Devos, demande au tribunal :

1°) à titre principal, d'annuler l'arrêté du 16 novembre 2022 par lequel la préfète de l'Oise refusé son admission au séjour au titre de l'asile, et l'a invitée à quitter le territoire français pour rejoindre la Grèce ;

2°) à titre subsidiaire, de suspendre cet arrêté jusqu'à la notification de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 800 euros en application de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour au titre de l'asile :

- elle est entachée d'une erreur de fait dès lors que l'arrêté attaqué ne tient pas compte de son recours contre la décision de l'Office de protection des réfugiés et des apatrides devant la Cour nationale du droit d'asile, qui lui permet de se maintenir légalement sur le territoire ;

- cette erreur de fait démontre un défaut d'examen complet de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L.531-32 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en l'absence d'effectivité de la protection internationale en Grèce ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, compte tenu des défaillances systémiques dans le système de protection offert en Grèce ;

En ce qui concerne l'invitation à rejoindre la Grèce :

- elle est illégale par voie d'exception de l'illégalité de la décision lui refusant le séjour au titre de l'asile ;

Sur les conclusions à fin de suspension :

- l'arrêté attaqué doit être suspendu jusqu'à la notification de la décision de la Cour nationale du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 31 janvier 2023, la préfète de l'Oise conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Par un courrier du 17 juin 2024, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le tribunal était susceptible de relever d'office l'irrecevabilité des conclusions à fin d'annulation dirigées contre l'invitation à rejoindre la Grèce, dès lors que cette invitation est la conséquence nécessaire de la décision de refus de titre ne fait pas, par elle-même, grief et ne constitue pas, dès lors, une décision susceptible de recours.

Mme A a produit des observations sur ce moyen d'ordre public qui ont été enregistrées le 18 juin 2024.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Fumagalli, conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante de la République démocratique du Congo née le 11 septembre 1992, est entrée en France le 10 janvier 2022. Sa demande d'asile a été rejetée par une décision d'irrecevabilité de l'Office français de protection des réfugiés et du droit d'asile (OFPRA) du 29 septembre 2022. L'intéressée a formé un recours contre cette décision devant la Cour nationale du droit d'asile et a obtenu à ce titre l'aide juridictionnelle par une décision du 7 décembre 2022. Par un arrêté du 16 novembre 2022, dont Mme A demande l'annulation, la préfète de l'Oise a refusé son admission au séjour au titre de l'asile, l'a invitée à rejoindre la Grèce et a abrogé son attestation de demandeur d'asile.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour au titre de l'asile :

2. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que la préfète de l'Oise a, avant de prendre l'arrêté attaqué, procédé à un examen complet et personnalisé de la situation de la requérante.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L.531-32 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version applicable au litige : " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides peut prendre une décision d'irrecevabilité écrite et motivée, sans vérifier si les conditions d'octroi de l'asile sont réunies, dans les cas suivants : 1° Lorsque le demandeur bénéficie d'une protection effective au titre de l'asile dans un Etat membre de l'Union européenne () ". Aux termes de l'article L.542-1 du même code, dans sa version applicable au litige : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci. " Aux termes de l'article L.542-2 du même code, dans sa version applicable au litige : " Par dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin :

1° Dès que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a pris les décisions suivantes :

a) une décision d'irrecevabilité prise en application des 1° ou 2° de l'article L. 531-32 () ".

4. Il ressort des pièces du dossier que Mme A est arrivée en France avec sa fille après avoir obtenu la qualité de réfugiée en Grèce le 11 janvier 2021. Si la requérante conteste la protection effective des réfugiés dans ce pays, il est constant que l'OFPRA a pris, au motif que l'intéressée bénéfice d'une protection internationale en Grèce, une décision d'irrecevabilité de sa demande d'asile. La situation de Mme A entre donc dans le champ d'application du 1° de l'article L. 542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par ailleurs, il ressort des pièces produites en défense que la décision de l'OFPRA du 29 septembre 2022 rejetant sa demande d'asile comme irrecevable a été notifiée à Mme A le 13 octobre 2022. Par suite, en application des dispositions citées au point précédent, le droit de se maintenir en France de Mme A a pris fin à compter du 13 octobre 2022 et la préfète de l'Oise pouvait ainsi légalement refuser de délivrer un titre de séjour en qualité de réfugiée à l'intéressée, sans que le recours formé par Mme A devant la CNDA y fasse obstacle. La décision attaquée n'est donc entachée d'aucune erreur de fait, ni d'aucune erreur d'appréciation.

5. En troisième lieu, les allégations de la requérante sur le caractère non effectif de la protection des réfugiés en Grèce sont sans incidence sur la légalité de la décision refusant le séjour à Mme A. L'intéressée ne peut davantage se prévaloir des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales à l'encontre de la décision litigieuse, qui se borne à lui refuser le séjour au titre de l'asile. Le moyen soulevé à ce titre doit être écarté.

En ce qui concerne l'invitation à rejoindre la Grèce :

6. La décision litigieuse, portant invitation à quitter le territoire français pour rejoindre la Grèce, ne fait pas grief à Mme A, de telle sorte que ses conclusions à fin d'annulation sont irrecevables et doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin de suspension :

7. Aux termes de l'article L. 752-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont le droit au maintien sur le territoire a pris fin en application des b ou d du 1° de l'article L. 542-2 et qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions prévues à la présente section, demander au tribunal administratif la suspension de l'exécution de cette décision jusqu'à l'expiration du délai de recours devant la Cour nationale du droit d'asile ou, si celle-ci est saisie, soit jusqu'à la date de la lecture en audience publique de la décision de la cour, soit, s'il est statué par ordonnance, jusqu'à la date de la notification de celle-ci. ".

8. Mme A, qui n'entre pas dans le champ d'application du b ou du d du 1° de l'article L.542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi qu'il a été dit au point 4, et n'a pas fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français, n'est donc pas fondée à demander la suspension de l'exécution de l'arrêté attaqué.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation et de suspension de la requête de Mme A doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la préfète de l'Oise.

Délibéré après l'audience du 20 juin 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Galle, présidente,

M. Richard, premier conseiller,

M. Fumagalli, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2024.

La présidente,

Signé

C. Galle

Le rapporteur,

Signé

E. Fumagalli Le greffier,

Signé

J.-F. Langlois

La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°220397

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