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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2203976

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2203976

vendredi 30 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2203976
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantDOGAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 16 décembre 2022, Mme D F, représentée par Me Dogan, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 6 décembre 2022 par lequel le préfet du Nord a décidé son transfert aux autorités portugaises ;

2°) d'enjoindre au préfet du Nord d'enregistrer sa demande d'asile et de lui remettre un dossier de demande d'asile, sous astreinte de 100 euros par jour de retard.

Elle soutient que :

- l'arrêté a été pris par une autorité incompétente ;

- il n'est pas motivé ;

- il a été pris de façon erronée sur le fondement du paragraphe 2 de l'article 12 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 et, alors qu'elle est en possession de deux visas, le préfet ne pouvait pas se fonder sur son visa portugais.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme B a été entendu au cours de l'audience publique du 28 décembre 2022.

Les parties ont été informées à l'audience, conformément aux articles R. 611-7 et R. 776-25 du code justice administrative, de ce que le jugement est susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de la substitution du paragraphe 4 de l'article 12 du règlement (UE) n° 604/2013 au paragraphe 2 du même article, comme base légale de la détermination de l'Etat membre responsable.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 6 décembre 2022, le préfet du Nord a décidé le transfert de Mme F, ressortissante de la République démocratique du Congo née le 30 mars 1995, aux autorités portugaises en vue de l'examen de sa demande d'asile. Mme F demande l'annulation de cet arrêté.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () ". Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 : " () L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle () ".

3. Il résulte de l'instruction que Mme F a sollicité l'aide juridictionnelle. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer l'admission provisoire de Mme F au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur la légalité de l'arrêté du préfet du Nord du 6 décembre 2022 :

4. En premier lieu, l'arrêté attaqué ordonnant le transfert de Mme F aux autorités portugaises est signé par Mme A E, cheffe du bureau de l'asile, qui a reçu délégation de signature pour signer de tels actes par un arrêté du préfet du Nord du 13 octobre 2022, régulièrement publié le même jour au recueil n° 245 des actes administratifs de la préfecture. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.

5. En deuxième lieu, en application de l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la décision de transfert dont fait l'objet un ressortissant de pays tiers ou un apatride qui a déposé auprès des autorités françaises une demande d'asile dont l'examen relève d'un autre Etat membre ayant accepté de le prendre ou de le reprendre en charge doit être motivée, c'est-à-dire qu'elle doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Pour l'application de ces dispositions, est suffisamment motivée une décision de transfert qui mentionne le règlement du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 et comprend l'indication des éléments de fait sur lesquels l'autorité administrative se fonde pour estimer que l'examen de la demande présentée devant elle relève de la responsabilité d'un autre Etat membre, une telle motivation permettant d'identifier le critère du règlement communautaire dont il est fait application.

6. L'arrêté attaqué vise le règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, notamment le paragraphe 2 de son article 12, et précise que Mme F est titulaire d'un visa délivré par le Portugal en cours de validité lorsqu'elle a introduit sa demande de protection internationale. Ainsi, cet arrêté, qui indique les raisons pour lesquelles le préfet du Nord a estimé que l'examen de la demande d'asile de Mme F relève de la responsabilité des autorités portugaises, répond à l'exigence de motivation posée par l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. En dernier lieu, aux termes de l'article 12 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " () / 2. Si le demandeur est titulaire d'un visa en cours de validité, l'État membre qui l'a délivré est responsable de l'examen de la demande de protection internationale () / 3. Si le demandeur est titulaire de plusieurs () visas en cours de validité, délivrés par différents États membres, la responsabilité de l'examen de la demande de protection internationale incombe, dans l'ordre suivant : / () b) à l'État membre qui a délivré le visa ayant l'échéance la plus lointaine lorsque les visas sont de même nature ; / c) en cas de visas de nature différente, à l'État membre qui a délivré le visa ayant la plus longue durée de validité ou, en cas de durée de validité identique, à l'État membre qui a délivré le visa dont l'échéance est la plus lointaine. / 4. Si le demandeur est seulement titulaire () d'un ou de plusieurs visas périmés depuis moins de six mois lui ayant effectivement permis d'entrer sur le territoire d'un État membre, les paragraphes 1, 2 et 3 sont applicables aussi longtemps que le demandeur n'a pas quitté le territoire des États membres. / () ".

8. Il ressort des pièces du dossier, notamment du compte rendu de l'entretien individuel du 27 octobre 2022, que le visa délivré à Mme G les autorités portugaises n'était valable que jusqu'au 19 novembre 2022. Il était donc expiré à la date du 6 décembre 2022 à laquelle le préfet du Nord a pris son arrêté. Par suite, Mme F est fondée à soutenir que le préfet du Nord a retenu que l'Etat membre responsable de sa demande d'asile était le Portugal en se fondant de façon erronée sur les dispositions du paragraphe 2 de l'article 12 du règlement (UE) n° 604/2013.

9. Toutefois, lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée. Une telle substitution relevant de l'office du juge, celui-ci peut y procéder de sa propre initiative, au vu des pièces du dossier, mais sous réserve, dans ce cas, d'avoir au préalable mis les parties à même de présenter des observations sur ce point.

10. En l'espèce, si l'arrêté attaqué mentionne l'existence d'un autre visa qui aurait été délivré à Mme G les autorités espagnoles le 24 mai 2022, il ressort des pièces du dossier, notamment de la demande enregistrée dans le système Visabio le 27 octobre 2022, qu'il s'agit en réalité du même visa que celui mentionné au point 8 ci-dessus, portant le numéro PRT030242022, délivré par les autorités portugaises le 24 mai 2022 et valable jusqu'au 19 novembre 2022. Mme F, qui n'établit pas être titulaire de plusieurs visas, ne peut donc se prévaloir des dispositions du paragraphe 3 de l'article 12 du règlement (UE) n° 604/2013, ni de ce que le préfet du Nord aurait commis une erreur en se fondant sur l'existence de l'unique visa délivré par le Portugal. En outre, ce visa étant périmé depuis moins de six mois et alors qu'il ressort des pièces du dossier que Mme F n'a pas quitté le territoire des Etats membres, la décision de transfert aux autorités portugaises trouve son fondement légal dans les dispositions du paragraphe 4 de l'article 12 du règlement (UE) n° 604/2013. Ces dispositions peuvent être substituées à celles du paragraphe 2 du même article dès lors que cette substitution de base légale n'a pour effet de priver l'intéressée d'aucune garantie et que l'administration dispose du même pouvoir d'appréciation pour appliquer l'une ou l'autre de ces deux dispositions.

11. Il résulte de ce qui précède que Mme F n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du préfet du Nord du 6 décembre 2022. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction sont rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Mme F est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de Mme F est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme D F et au préfet du Nord.

Copie en sera adressée au bureau d'aide juridictionnelle.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 décembre 2022.

La présidente,

signé

M. BLa greffière,

signé

M. C

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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