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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2203991

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2203991

lundi 30 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2203991
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantQUENNEHEN-TOURBIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 16 décembre 2022 et le 3 juillet 2023, M. B A C, représentée par Me Tourbier, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 21 octobre 2022 par laquelle le préfet de la Somme a refusé de prolonger la durée de validité de son visa ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Somme de réexaminer sa demande dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros, à verser à son avocat, sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- cette décision est entachée d'une erreur de droit dès lors que le préfet s'est cru à tort tenu de rejeter sa demande ;

- cette décision méconnaît les dispositions de l'article 33 du règlement (CE) du 13 juillet 2009 établissant un code communautaire des visas eu égard notamment à la gravité de la dégradation de son état de santé.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 septembre 2023, le préfet de la Somme conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le règlement (CE) n° 810/2009 du Parlement européen et du Conseil du 13 juillet 2009 ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Richard, rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, ressortissant djiboutien né le 1er janvier 1959, est entré sur le territoire français le 4 juillet 2022 sous couvert d'un visa de court séjour. Les 17 août et 15 octobre 2022, il a demandé au préfet de la Somme la prolongation de la durée de validité de son visa. Par une décision du 21 octobre 2022, dont l'intéressé demande l'annulation, le préfet de la Somme a rejeté sa demande.

Sur la légalité de la décision attaquée :

2. D'une part, l'article 33 du règlement (CE) du 13 juillet 2009 établissant un code communautaire des visas dispose que : " Prolongation - 1. La durée de validité et/ou la durée de séjour prévue dans un visa délivré est prolongée si les autorités compétentes de l'Etat membre concerné considèrent que le titulaire du visa a démontré l'existence d'une force majeure ou de raisons humanitaires l'empêchant de quitter le territoire des Etats membres avant la fin de la durée de validité du visa ou de la durée du séjour qu'il autorise. La prolongation du visa à ce titre ne donne pas lieu à la perception d'un droit. / 2. La durée de validité et/ou la durée de séjour prévue dans un visa délivré peut être prolongée si son titulaire démontre l'existence de raisons personnelles graves justifiant la prolongation de la durée de validité ou de séjour ".

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () " et aux termes de l'article L. 211-5 de ce code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

4. Il résulte de ces dispositions que la décision refusant à un étranger la prolongation de la durée de son visa de court séjour constitue une mesure de police au nombre de celles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration.

5. Si la décision attaquée précise les éléments de fait que le préfet de la Somme a pris en considération, elle ne vise ni ne se réfère à aucun texte alors qu'il ressort des pièces du dossier que le préfet a fait application des dispositions précitées de l'article 33 du règlement du 13 juillet 2009. Par suite, M. A C est fondé à soutenir que la décision est entachée d'un défaut de motivation en droit et à en demander l'annulation, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. Compte tenu du motif de l'annulation, il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Somme de réexaminer la situation de M. A C dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir en tenant compte des circonstances de droit et de fait à la date de sa nouvelle décision. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions présentées sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative :

7. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme demandée par M. A C sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 21 octobre 2022 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Somme de réexaminer la situation de M. A C dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir.

Article 3 : Les conclusions présentées sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A C, à Me Tourbier et au préfet de la Somme.

Délibéré après l'audience du 12 décembre 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Lebdiri, président,

- M. Fumagalli, conseiller,

- M. Richard, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 décembre 2024.

Le rapporteur,

signé

J. Richard

Le président,

signé

S. Lebdiri

La greffière,

signé

Z. Aguentil

La République mande et ordonne au préfet de la Somme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

No 2203991

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