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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2203997

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2203997

jeudi 19 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2203997
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantRABBE LAURENT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 17 décembre 2022 et 14 février 2024, M. B C, représenté par Me Rabbé, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 11 octobre 2022 par laquelle la directrice par interim du centre hospitalier de Beauvais a prononcé sa révocation ;

2°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Beauvais la somme de 3 450 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la signataire de la décision attaquée était incompétente ;

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- les faits reprochés ne sont pas établis ;

- il n'a commis aucune faute et la sanction de révocation apparait disproportionnée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 janvier 2024, le centre hospitalier de Beauvais, représenté par Me Lesné, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de

2 500 euros soit mise à la charge de M. C en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- la requête est tardive ;

- les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 15 février 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 15 mars 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- le code de la santé publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Pierre,

- les conclusions de M. Menet, rapporteur public,

- et les observations de Me Rabbé, représentant M. C, et de Me Lesné, représentant le centre hospitalier de Beauvais.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, aide-soignant titulaire au sein du centre hospitalier de Beauvais demande l'annulation de la décision du 11 octobre 2022 prononçant sa révocation.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 532-1 du code général de la fonction publique : " Le pouvoir disciplinaire appartient à l'autorité investie du pouvoir de nomination ou à l'autorité territoriale qui l'exerce dans les conditions prévues aux sections 2 et 3. ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 6143-7 du code de la santé publique : " () Le directeur dispose d'un pouvoir de nomination dans l'établissement. (). ".

3. Il ressort des termes de la décision attaquée que celle-ci a été adoptée par

Mme Phlippoteau, secrétaire générale du centre hospitalier de Beauvais, nommée directrice par intérim de l'établissement par une décision du 12 septembre 2022 du directeur général de l'agence régionale de santé Hauts-de-France. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision attaquée manque en fait et doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 532-5 du code général de la fonction publique : " L'avis de cet organisme et la décision prononçant une sanction disciplinaire doivent être motivés. ". Le législateur a ainsi entendu imposer à l'autorité qui prononce une sanction l'obligation de préciser elle-même, dans sa décision, les griefs qu'elle entend retenir à l'encontre du fonctionnaire de sorte que ce dernier puisse, à la seule lecture de la décision qui lui est notifiée, connaître les motifs de la sanction qui le frappe.

5. La décision attaquée comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui la fonde et précise notamment que les fautes reprochées concernent des actes d'attouchement et de pénétration sexuelles commis sur les personnes de Mmes D. et G ce qui constitue également, aux termes de cette décision, une atteinte à la dignité des personnes vulnérables accueillies au sein de l'établissement, une atteinte à la dignité des fonctions, un manquement grave aux obligations professionnelles et déontologiques et une atteinte à la réputation de l'établissement. Ces griefs apparaissent suffisamment circonstanciés pour permettre à l'intéressé de connaître les motifs de la sanction qui le frappe, sans qu'il soit nécessaire de préciser la date de chaque fait. Par suite, M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée serait insuffisamment motivée.

6. En troisième lieu, il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un agent public ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire sont matériellement établis, constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.

7. Il ressort des pièces du dossier que des faits d'attouchement et de pénétration digitale ont été reprochés à M. C par Mme A dans les suites de son hospitalisation le 31 janvier 2022, faits dénoncés dès le lendemain par la famille de l'intéressée auprès de l'établissement après un départ précipité de la patiente contre décharge, la veille. Les faits reprochés se seraient déroulés pendant la douche de la patiente effectuée, seul, par M. C. Si cette patiente souffre d'un trouble cognitif pouvant la conduire à être incohérente, il ressort également des pièces du dossier et notamment de ses auditions dans le cadre de son dépôt de plainte et du récit qu'elle a pu faire de son agression, notamment à la psychologue de l'hôpital, qu'elle a présenté un discours cohérent et crédible des faits qui ont été dénoncés dans les suites immédiates de son hospitalisation après que ses proches ont constaté leur retentissement sur l'intéressée.

8. Il ressort également des pièces du dossier que des faits similaires d'attouchement et de pénétration digitale ont été reprochés à M. C par Mme D. dans les suites de son hospitalisation au mois de juin 2022, faits dénoncés dès le lendemain par l'époux de l'intéressée auprès de l'établissement après que celle-ci a fait part des actes commis la veille, le 13 juin 2022, lors du change d'une garniture après avoir reconnu la voix de M. C présent dans le couloir. Si cette patiente, victime d'un accident vasculaire cérébral souffre de troubles du langage, il ressort toutefois des pièces médicales du dossier que son discernement n'est aucunement altéré. Un dépôt de plainte a été effectué dans les suites de cette hospitalisation. Entendue par la psychologue de l'établissement, Mme D. a pu réitérer son témoignage en dépit de ses difficultés d'élocution et faire état de l'acte de pénétration subi. A cet égard, si M. C nie avoir procédé au change en question le 13 juin 2022, il ressort des plannings de garde qu'il était en service au moment des faits et il ne ressort d'aucune pièce du dossier qu'un autre soignant aurait pris en charge l'intéressée qui l'a reconnu et dénoncé.

9. Dans ces conditions, compte-tenu des deux témoignages effectués à cinq mois d'intervalle par deux patientes ne disposant d'aucun lien entre elle, pour des faits similaires dénoncés par les familles des intéressées dans les suites immédiates de leur commission et dont les témoignages indirects attestent du retentissement psychologique sur elles, les actes d'attouchements et de pénétrations sexuelles imputés à M. C doivent être regardés comme matériellement établis. Ces faits sont, en outre, fautifs.

10. En égard à la nature et la gravité des fautes reprochées qui ont porté atteinte à l'intégrité physique de deux patientes de l'établissement, la sanction de révocation n'apparait pas disproportionnée.

11. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, que la requête de M. C doit être rejetée.

Sur les frais d'instance :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que le centre hospitalier de Beauvais, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à M. C la somme que celui-ci réclame au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. C la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par le centre hospitalier de Beauvais en application des mêmes dispositions.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : M. C versera la somme de 1 500 euros au centre hospitalier de Beauvais en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au centre hospitalier de Beauvais.

Délibéré après l'audience du 5 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Boutou, président,

Mme Pierre, première conseillère,

Mme Sako, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2024.

La rapporteure,

Signé

A-L Pierre

Le président,

Signé

B. Boutou

La greffière,

Signé

A. Ribière

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et de la prévention en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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