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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2204099

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2204099

vendredi 10 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2204099
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantHOMEHR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 28 décembre 2022, M. A B, représenté par Me Homehr, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 28 novembre 2022 par lequel le préfet de la Somme lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Somme de procéder au réexamen de sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'une incompétence de son auteur ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il justifie d'une communauté de vie avec son épouse de nationalité française ainsi que d'une intégration particulière en France ;

- il est entaché d'une erreur de droit dès lors que le préfet n'a pas examiné sa situation au regard des stipulations du 5 de l'article 6 de l'accord franco-algérien ;

- il méconnait l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît les stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 31 janvier 2023, le préfet de la Somme conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués par M. B ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 18 janvier 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien né le 15 février 1987, est entré en France le 17 janvier 2020 selon ses déclarations. Il a sollicité la délivrance d'une carte de résident en se prévalant de sa qualité de conjoint d'une ressortissante française. Par un arrêté du 28 novembre 2022, dont il demande l'annulation, le préfet de la Somme a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure.

2. En premier lieu, l'arrêté contesté a été signé par Mme Myriam Garcia, secrétaire générale de la préfecture de la Somme, laquelle disposait d'une délégation de signature du préfet de la Somme en date du 23 août 2022, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de cet arrêté manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. B est entré récemment en France, selon ses déclarations, le 17 janvier 2020. S'il justifie d'une communauté de vie, depuis le 15 mars 2021, avec une ressortissante française, avec laquelle il est marié depuis le 4 septembre 2021, l'attestation du fils de son épouse qu'il verse au dossier est insuffisamment probante pour établir que cette dernière souffre d'une maladie génétique qui limiterait fortement ses capacités à accomplir des tâches journalières. Il ressort en outre des pièces du dossier que, à la date de l'arrêté attaqué, cette communauté de vie est très récente et qu'aucun enfant est né de cette union. Par ailleurs, la circonstance que le requérant apprend le français, qu'il est bénévole au sein d'associations et qu'il recherche activement du travail ne suffisent pas à établir une intégration particulièrement intense en France. Dans ces circonstances, et alors que M. B n'est pas dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge trente-deux ans et où il n'est pas contesté que résident ses parents et ses quatre frères et sœurs, le préfet de la Somme n'a pas entaché l'arrêté attaqué d'une erreur manifeste d'appréciation en ne faisant pas usage de son pouvoir de régularisation.

4. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que le requérant a sollicité la délivrance d'un certificat de résidence portant la mention " vie privée et familiale " en qualité de conjoint d'une ressortissante française ainsi qu'au titre de l'admission exceptionnelle au séjour. Par suite, et alors que le préfet de la Somme a examiné la demande de l'intéressé sur le fondement des stipulations du 2 de l'article 6 de l'accord franco-algérien et de son pouvoir de régularisation, M. B ne peut utilement soutenir que l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur de droit en ce que sa demande n'a pas été examiné au regard des stipulations du 5 de l'article 6 de cet accord dont il ne s'est pas prévalu.

5. En quatrième lieu, les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatives aux différents titres de séjour qui peuvent être délivrés aux étrangers en général et aux conditions de leur délivrance s'appliquent, ainsi que le rappelle l'article L. 110-1 du même code, " sous réserve des conventions internationales ". En ce qui concerne les ressortissants algériens, les stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 régissent d'une manière complète les conditions dans lesquelles ils peuvent être admis à séjourner en France et y exercer une activité professionnelle, les règles concernant la nature des titres de séjour qui peuvent leur être délivrés, ainsi que les conditions dans lesquelles leurs conjoints et leurs enfants mineurs peuvent s'installer en France. Par suite, M. B ne peut se prévaloir utilement des dispositions de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui prévoient la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an à l'étranger marié avec un ressortissant français.

6. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ". Et aux termes, d'autre part, du 1 de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent des enfants, qu'elles soient le fait () des tribunaux, des autorités administratives (), l'intérêt supérieur des enfants doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces dernières stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

7. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 3, et alors que M. B n'établit, par les pièces qu'il produit, ni les liens qu'il entretiendrait avec les enfants de sa conjointe ni contribuer à leur éducation ou à leur entretien, l'arrêté attaqué n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale de l'intéressé une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris. Par suite, il n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Dans ces mêmes circonstances, l'arrêté attaqué n'a pas méconnu les stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relatives aux droit de l'enfant et n'est pas entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur la situation du requérant.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de l'arrêté du 28 novembre 2022 attaqué doivent être rejetées de même que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au préfet de la Somme et à Me Homehr.

Délibéré après l'audience du 7 février 2023, à laquelle siégeaient :

M. Binand, président,

Mme C et Mme D, conseillères.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 mars 2023.

La rapporteure,

Signé

D. C

Le président,

Signé

C. BINANDLe greffier

Signé

N. VERJOT

La République mande et ordonne au préfet de la Somme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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