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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2204107

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2204107

jeudi 9 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2204107
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationJU3
Avocat requérantPORCHER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 22 décembre 2022 au greffe du tribunal administratif de Rouen et un mémoire complémentaire enregistré le 18 janvier 2023, Mme E D, représentée par Me Porcher, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 décembre 2022 par lequel la préfète de l'Oise l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le Gabon comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Oise de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 152,45 euros par jour de retard ou à défaut, de réexaminer sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence de son signataire, à défaut de délégation de signature ;

- il est entaché d'un défaut de motivation ;

- il méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors que sa présence est nécessaire auprès de sa tante handicapée, qu'elle poursuit des activités bénévoles et que son état de santé nécessite des soins à la suite d'une opération chirurgicale ;

- pour les mêmes raisons, il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation sur sa situation personnelle ;

- la décision fixant le pays de destinations méconnait l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors qu'elle risque d'y être exposée à un mariage forcé et d'être exclue de sa famille à raison des troubles médicaux dont elle est affectée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 janvier 2023, la préfète de l'Oise conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

La présidente du tribunal administratif d'Amiens a désigné M. Thérain, vice-président, pour statuer sur les demandes telles que celle faisant l'objet du présent litige.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Thérain, vice-président désigné ;

- et les observations de Me Porcher, avocat commis d'office, représentant Mme D, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D, ressortissante gabonaise née le 24 décembre 1989, déclare être entrée en juillet 2022 sur le territoire français, munie d'un visa court séjour valable du 30 juin 2022 au 10 août 2022. A la suite de son interpellation le 21 décembre 2022, par un arrêté du même jour, dont la requérante demande l'annulation, la préfète de l'Oise l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le Gabon comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.

2. En premier lieu, par un arrêté du 2 novembre 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de l'Oise le même jour, la préfète de l'Oise a donné à M. C A, sous-préfet, directeur de cabinet, délégation à l'effet de signer, notamment, toutes les décisions prévues par le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué, signé par M. A, n'aurait pas été pris par une autorité compétente doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué comporte les motifs de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ".

5. Mme D, qui n'est entrée en France que particulièrement récemment, est célibataire et sans enfant et ne se prévaut d'aucune activité professionnelle. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la présence de la requérante soit, comme elle le soutient, indispensable auprès de sa tante handicapée, ni que les douleurs dont elle est elle-même affectée après l'intervention chirurgicale qu'elle a subie ne pourraient être pris en charge dans son pays d'origine. Enfin, l'intéressée n'établit pas ne plus disposer d'attaches dans son pays d'origine où elle a vécu jusqu'à l'âge de 32 ans. Dans ces conditions, et alors même que Mme D poursuivrait des activités bénévoles en France, l'arrêté attaqué n'a pas porté au droit au respect de sa vie privée et familiale de l'intéressée une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris et n'a ainsi pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes raisons, il n'est pas entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle.

6. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

7. Mme D n'apporte aucune pièce relative aux risques et craintes pour sa vie, sa liberté et sa sécurité qu'elle soutient encourir en cas de retour dans son pays d'origine. Il ne ressort notamment d'aucune pièce du dossier qu'elle y serait exposée à un mariage forcé ou à un rejet de sa famille à raison de son état de santé. Il s'ensuit que l'intéressée n'est pas fondée à soutenir que la décision par laquelle la préfète a fixé le Gabon, pays dont elle a la nationalité, comme pays de destination de la mesure d'éloignement dont elle a fait l'objet méconnaîtrait les stipulations précitées.

8. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme D doit être rejetée, y compris ses conclusions aux fins d'injonction, ainsi que celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme E D et à la préfète de l'Oise.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 novembre 2023.

Le vice-président désigné,

signé

S. Thérain

La greffière,

signé

M. B

La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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