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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2204117

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2204117

vendredi 10 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2204117
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJU4
Avocat requérantANGLADE & PAFUNDI A.A.R.P.I

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 29 décembre 2022, M. B C, représenté par Me Pafundi, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 7 décembre 2022 par lequel la préfète de l'Oise lui a refusé l'admission au séjour au titre de l'asile, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination pour sa reconduite à la frontière ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Oise de délivrer une attestation de demande d'asile, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'un vice d'incompétence de son signataire ;

- il est insuffisamment motivé,

- il méconnait les dispositions des articles L. 541-1 et L. 541-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnait les stipulations de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- en tant qu'il fixe le Nigéria comme pays de renvoi, il méconnait les stipulations des articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 janvier 2023, la préfète de l'Oise conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n°2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 18 janvier 2023.

La présidente du tribunal a désigné M. A pour statuer sur les requêtes relevant des procédures prévues aux articles L. 614-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Binand, magistrat désigné.

Considérant ce qui suit :

1. M. B C, ressortissant nigérian né le 6 mai 1995, a présenté une demande d'asile qui a été rejetée par l'office français de protection des réfugiés et apatrides le 30 juin 2022. Par cette requête, il demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 7 décembre 2022 par lequel la préfète de l'Oise a refusé son admission au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le Nigéria ou tout autre pays dans lequel il établirait être légalement admissible pour sa reconduite à la frontière.

2. En premier lieu, l'arrêté contesté a été signé par M. Sébastien Lime, secrétaire général de la préfecture de l'Oise, lequel disposait d'une délégation de signature de la préfète de l'Oise en date du 5 août 2022 régulièrement publiée au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté en litige manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, la préfète de l'Oise a indiqué de manière suffisamment précise l'exposé des motifs de droit et des considérations de fait sur lesquelles elle s'est fondée pour prendre son arrêté, en faisant état d'éléments propres à la situation personnelle de M. C, et notamment du rejet de sa demande d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté contesté doit être écarté.

4. En troisième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 541-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le demandeur d'asile dont l'examen de la demande relève de la compétence de la France et qui a introduit sa demande auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français. ". Selon l'article L. 541-2 du même code : " L'attestation délivrée en application de l'article L. 521-7, dès lors que la demande d'asile a été introduite auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, vaut autorisation provisoire de séjour et est renouvelable jusqu'à ce que l'office et, le cas échéant, la Cour nationale du droit d'asile statuent. ". L'article L. 542-1 de ce code dispose : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision./ Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci. ". Aux termes de l'article L. 542-3 de ce code : " Lorsque le droit au maintien sur le territoire français a pris fin dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 ou L. 542-2, l'attestation de demande d'asile peut être refusée, retirée ou son renouvellement refusé. ". Enfin, il résulte des dispositions du 4° de l'article L. 611-1 du même code que l'étranger dont la demande d'asile ou de protection subsidiaire a été définitivement rejetée ou qui ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français peut faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français.

5. D'autre part, il résulte de l'article 9-4 de la loi du 10 juillet 1991 que lorsqu'une demande d'aide juridictionnelle est adressée au bureau d'aide juridictionnelle de la cour nationale du droit d'asile, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, le délai d'un mois prévu à l'article L. 532-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est suspendu et un nouveau délai court, pour la durée restante, à compter de la notification de la décision relative à l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

6. Il ressort des pièces du dossier que M. C a déposé le 6 juillet 2022, dans le délai de quinze jours suivant la notification, le 30 juin 2022, de la décision par laquelle l'office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté sa demande d'asile, une demande d'aide juridictionnelle, à laquelle il a été fait droit par décision du 26 juillet 2022 qui a également désigné l'avocat chargé d'assister l'intéressé. Il résulte des mentions portées sur la fiche TelemOfpra en date du 17 janvier 2023 produite par la préfète de l'Oise, qui ne sont pas contestées, que M. C n'a pas saisi la Cour nationale du droit d'asile avant l'expiration du délai de recours qui a recommencé de courir pour la durée restante à compter de la notification de cette décision d'admission à l'aide juridictionnelle. Aussi, en application des dispositions de l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile rappelées au point 4 le droit de M. C au maintien sur le territoire français a pris fin le 30 juin 2022. Il s'ensuit que les moyens tirés de la méconnaissance, par l'arrêté du 7 décembre 2022 litigieux, de l'article L. 542-3 et de l'article L. 611-1 de ce code doivent être écartés.

7. En quatrième lieu M. C, s'il ne bénéficie pas du droit de se maintenir sur le territoire français jusqu'à ce que la Cour nationale du droit d'asile ait statué sur son recours, a pu contester, auprès du juge administratif, l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre. Ce recours présente un caractère suspensif et le juge, saisi de conclusions en ce sens, a la possibilité, le cas échéant, en application de l'article L. 752-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de suspendre l'exécution de la mesure d'éloignement et de permettre au requérant de se maintenir sur le territoire français jusqu'à ce que la Cour nationale du droit d'asile ait statué sur son recours. Ainsi, eu égard notamment à ces garanties procédurales, M. C n'est pas fondé à soutenir que son droit à un procès équitable tel que garanti par l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales a été méconnu.

8. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; ".

9. Il ressort des pièces du dossier que M. C est entré sur le territoire français en 2019. Il est célibataire et sans enfants à charge, et ne démontre pas avoir créé de liens suffisamment intenses, stables et anciens sur le territoire français, alors d'ailleurs qu'il conserve de fortes attaches dans son pays d'origine, où il a vécu jusqu'à l'âge de vingt ans. Dans ces circonstances, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, doit être écarté. Pour les mêmes raisons, la préfète de l'Oise n'a pas entaché son arrêté d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences emportées sur la situation de M. C.

10. En sixième lieu, aux termes de l'article 2 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Le droit de toute personne à la vie est protégé par la loi. ". Selon l'article 3 de la même convention : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".

11. Si M. C se prévaut de craintes pour sa vie en cas de retour dans son pays d'origine, notamment en raison de son appartenance confessionnelle, il ne produit aucune pièce permettant d'apprécier le bien-fondé de ses assertions, alors, d'ailleurs, que sa demande d'asile a été rejetée. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, doivent être écartés.

12. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. En conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à la préfète de l'Oise et à Me Pafundi.

Rendu public par mise à disposition au greffe de la juridiction le 10 mars 2023.

Le magistrat désigné,

signé

C. A

Le greffier,

signé

N. VERJOT

La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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