vendredi 20 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2204118 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | CABINET CASSEL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 29 décembre 2022 et le 25 août 2023, Mme B A, représentée par Me Cassel, demande au tribunal :
1°) d'annuler le titre exécutoire émis le 30 juin 2022 par lequel le maire de la commune de Monchy-Saint-Eloi a mis à sa charge la somme de 6 001, 77 euros au titre d'un indu de rémunération pour la période du 22 octobre 2021 au 30 juin 2022, ensemble la décision implicite de rejet du recours gracieux du 2 septembre 2022 exercé à l'encontre de ce titre ;
2°) de la décharger de l'obligation de payer la somme de 6 001,77 euros ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Monchy-Saint-Eloi une somme de
2 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le titre exécutoire est entaché d'incompétence de son auteur, en l'absence de délégation régulière de pouvoir ou de signature lui ayant été consentie à cet effet ;
- le titre exécutoire individuel n'est, en méconnaissance de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration, pas signé ;
- ce titre ne comporte pas, en méconnaissance de l'alinéa 2 de l'article 24 du décret n°2012-1246 du 7 novembre 2012, l'indication des bases de liquidation de la créance ;
- ce titre est entaché d'erreur de droit dès lors qu'il y a lieu de considérer comme définitivement acquis le demi-traitement qui lui a été versé après l'épuisement de ses droits à congé maladie, dans l'attente de l'avis de la caisse nationale de retraite des agents des collectivités locales (CNRACL) ; en l'espèce, la circonstance que sa mise à la retraite pour invalidité, qui n'est intervenue que par arrêté du 21 juin 2022, rétroagisse au 21 octobre 2021 n'est pas de nature à remettre en cause le caractère créateur de droits des demi-traitements qui lui ont été versés du 22 octobre 2021 au mois de juin 2022 ;
- elle a subi un préjudice égal au montant du trop-perçu qui lui est réclamé et est, par suite, fondée à demander à être déchargée de l'obligation de payer la somme en cause ; ce préjudice résulte du retard fautif de la commune dans l'instruction du dossier de mise à la retraite pour invalidité transmis à la CNRACL au mois de février 2022 alors que la commission de réforme avait émis un avis favorable le 21 octobre 2021 ; le maire a également commis une faute en donnant à sa décision de mise à la retraite pour invalidité une portée rétroactive qui n'était pas nécessaire pour qu'elle soit placée dans une situation administrative régulière.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 17 mai 2023 et le 7 novembre 2023, ce dernier n'ayant pas donné lieu à communication, la commune de Monchy-Saint-Eloi, représentée par Me Castellote, conclut :
1°) au rejet de la requête ;
2°) à ce qu'une somme de 2 500 euros soit mise à la charge de Mme A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- à titre principal, la requête est irrecevable en raison de sa tardiveté ;
- à titre subsidiaire, les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 9 octobre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au
9 novembre 2023 à 12h00.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le décret n° 87-602 du 30 juillet 1987 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Lapaquette, rapporteur,
- et les conclusions de Mme Rondepierre, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, adjointe territoriale d'animation employée par la commune de Monchy-Saint-Eloi, a été placée en congé de longue maladie à compter du 26 février 2018, prolongé à plusieurs reprises et en dernier lieu jusqu'au 25 février 2021. Le 21 janvier 2021, le comité médical départemental a émis un avis d'inaptitude totale et définitive à l'exercice de toutes fonctions. Mme A a été, par un arrêté du maire du 17 mai 2021, placée en disponibilité d'office pour raisons de santé avec maintien d'un demi-traitement à compter du
26 février 2021 jusqu'à l'intervention de la décision la mettant à la retraite pour invalidité. Le
21 octobre 2021, la commission de réforme a émis un avis favorable à cette mise à la retraite. A la suite de l'avis favorable de la CNRACL, le maire de Monchy-Saint-Eloi a, par arrêté du
21 juin 2022, prononcé la mise à la retraite de Mme A pour invalidité à compter du
21 octobre 2021. Le maire lui a alors réclamé le remboursement des demi-traitements qu'elle avait perçus pour la période du 22 octobre 2021 au 30 juin 2022 et, à cette fin, a émis un titre exécutoire le 30 juin 2022 pour un montant de 6 001,77 euros. Mme A demande au tribunal d'annuler ce titre exécutoire, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux, et de la décharger de l'obligation de payer la somme de 6 001,77 euros.
Sur la fin de non-recevoir tirée de la tardiveté de la requête :
2. Il résulte de l'instruction que le titre exécutoire litigieux, qui comportait la mention des voies et délais de recours, a été adressé à Mme A par lettre simple du 19 juillet 2022. L'intéressée a ensuite et en tout état de cause exercé un recours gracieux à l'encontre de ce titre exécutoire par courrier du 1er septembre 2022, reçu par la commune de Monchy-Saint-Eloi le
2 septembre suivant. Le silence gardé pendant deux mois par le maire a alors fait naître une décision implicite de rejet le 2 novembre 2022. Mme A disposait, par conséquent, d'un délai de deux mois pour saisir la juridiction administrative d'un recours contentieux. La requête de Mme A, enregistrée le 29 décembre 2022, n'était, par suite, pas tardive et la fin de non-recevoir opposée en ce sens doit, dès lors, être écartée.
Sur les conclusions aux fins d'annulation et de décharge :
3. Aux termes de l'article 17 du décret du 30 juillet 1987 pris pour l'application de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale et relatif à l'organisation des comités médicaux, aux conditions d'aptitude physique et au régime des congés de maladie des fonctionnaires territoriaux dans sa rédaction applicable au litige : " Lorsque, à l'expiration de la première période de six mois consécutifs de congé de maladie, le fonctionnaire est inapte à reprendre son service, le comité médical est saisi pour avis de toute demande de prolongation de ce congé dans la limite des six mois restant à courir. / Lorsque le fonctionnaire a obtenu pendant une période de douze mois consécutifs des congés de maladie d'une durée totale de douze mois, il ne peut, à l'expiration de sa dernière période de congé, reprendre son service sans l'avis favorable du comité médical. En cas d'avis défavorable, s'il ne bénéficie pas de la période de préparation au reclassement prévue par le décret du 30 septembre 1985 susvisé, il est soit mis en disponibilité, soit reclassé dans un autre emploi, soit, s'il est reconnu définitivement inapte à l'exercice de tout emploi, admis à la retraite après avis de la commission de réforme. Le paiement du demi-traitement est maintenu, le cas échéant, jusqu'à la date de la décision de reprise de service, de reclassement, de mise en disponibilité ou d'admission à la retraite. () "
4. Il résulte de ces dispositions que lorsque l'agent a épuisé ses droits à un congé de maladie ordinaire, il appartient à la collectivité qui l'emploie, d'une part, de saisir le comité médical, qui doit se prononcer sur son éventuelle reprise de fonctions ou sur sa mise en disponibilité, son reclassement dans un autre emploi ou son admission à la retraite et, d'autre part, de verser à l'agent un demi-traitement dans l'attente de la décision du comité médical. La circonstance que la décision prononçant la reprise d'activité, le reclassement, la mise en disponibilité ou l'admission à la retraite rétroagisse à la date de fin des congés de maladie n'a pas pour effet de retirer le caractère créateur de droits du maintien du demi-traitement prévu par cet article. Par suite, le demi-traitement versé au titre de cet article ne présente pas un caractère provisoire et reste acquis à l'agent alors même que celui-ci a, par la suite, été placé rétroactivement dans une position statutaire n'ouvrant pas par elle-même droit au versement d'un demi-traitement.
5. Il résulte de l'instruction que le titre de perception émis le 30 juin 2022 à l'encontre de Mme A a pour objet de recouvrer le trop-perçu résultant du demi-traitement qui lui avait été versé au titre de la période du 22 octobre 2021 au 30 juin 2022. Toutefois, en application des dispositions citées au point 3 et des principes rappelés au point 4, ce demi-traitement, qui ne présentait pas un caractère provisoire, reste acquis à Mme A alors même que celle-ci, qui a été illégalement admise à la retraite à titre rétroactif, aurait irrégulièrement perçu durant cette même période des arrérages de pension dont il appartiendrait à la CNRACL de poursuivre la récupération du trop-perçu. Par suite, le maire de Monchy-Saint-Eloi ne pouvait, sans méconnaître les dispositions précitées, demander à la requérante de reverser les sommes correspondant aux demi-traitements ainsi perçus.
6. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que Mme A est fondée à demander l'annulation du titre exécutoire litigieux, ensemble la décision rejetant le recours gracieux dirigé à son encontre, et à être déchargée de l'obligation de payer la somme de 6 001,77 euros ainsi mise à sa charge.
Sur les frais liés au litige :
7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de Mme A, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la commune de Monchy-Saint-Eloi demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la commune de Monchy-Saint-Eloi une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par Mme A et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : Le titre de perception émis le 30 juin 2022 à l'encontre de Mme A, ensemble la décision rejetant le recours gracieux dirigé à son encontre, sont annulés.
Article 2 : Mme A est déchargée de l'obligation de payer la somme de 6 001, 77 euros mise à sa charge par le titre exécutoire du 30 juin 2022.
Article 3 : La commune de Monchy-Saint-Eloi versera à Mme A une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Les conclusions présentées par la commune de Monchy-Saint-Eloi au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la commune de Monchy-Saint-Eloi.
Copies en seront adressées pour information au directeur départemental des finances publiques de l'Oise et à la caisse nationale de retraite des agents des collectivités locales.
Délibéré après l'audience du 20 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
- M. Thérain, président,
- M. Lapaquette, premier conseiller,
- M. Wavelet, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 décembre 2024.
Le rapporteur,
signé
A. Lapaquette Le président,
signé
S. Thérain
La greffière,
signé
S. Chatellain
La République mande et ordonne au préfet de l'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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N°2204118
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026