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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2300018

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2300018

mardi 3 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2300018
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantSCP JALLU-BACLET & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires complémentaires, enregistrés le 3 janvier 2023, le 7 mars 2023 et le 16 mai 2023, Mme G F et Mme D F, représentées par Me Gury, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 juillet 2022 par lequel la maire de la commune de Beauvais a délivré à la société par actions simplifiée unipersonnelle (SASU) LK Promotion un permis de construire 184 logements répartis sur cinq bâtiments après démolition totale de l'existant sur des parcelles cadastrées section V nos 210, 212, 213, 214, 215, 216, 217, 219, 220, 229, 234, 310, 311 et 715 situées 10 rue du Wage sur le territoire de la commune, ensemble la décision rejetant implicitement leur recours gracieux formé le 28 septembre 2022 ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Beauvais et de la SASU LK Promotion la somme de 4 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elles soutiennent que :

- leur requête est recevable ;

- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;

- le permis de construire a été obtenu par fraude en méconnaissance de l'article R. 423-1 du code de l'urbanisme dès lors que la société pétitionnaire n'est pas propriétaire de l'intégralité de l'unité foncière d'emprise du projet et a sciemment induit en erreur les services instructeurs chargés de l'examen de sa demande en attestant de sa qualité à la déposer.

Par deux mémoires en défense, enregistrés le 3 mars 2023 et le 7 avril 2023, la commune de Beauvais conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 1 500 euros soit mise à la charge des requérantes au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par Mmes F ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 mars 2023, la SASU LK Promotion, représentée par Me Baclet, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 4 000 euros soit mise à la charge des requérantes au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que la requête est irrecevable dès lors que Mmes F sont dépourvues d'intérêt pour agir et que, en tout état de cause, les moyens qu'elles soulèvent ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 19 mai 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 7 juin 2023 à 12h00.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Beaucourt, conseillère,

- et les conclusions de M. Lapaquette, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Le 2 décembre 2021, la société par actions simplifiée unipersonnelle (SASU) LK Promotion a déposé une demande de permis de construire 184 logements répartis sur cinq bâtiments après démolition totale de l'existant sur des parcelles cadastrées section V nos 210, 212, 213, 214, 215, 216, 217, 219, 220, 229, 234, 310, 311 et 715 situées 10 rue du Wage sur le territoire de la commune de Beauvais. Par un arrêté du 21 juillet 2022, la maire de la commune de Beauvais a délivré le permis sollicité par la société. Par leur requête, Mme G F et Mme D F demandent l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, par un arrêté du 27 mai 2020, dont le caractère exécutoire n'est pas contesté, la maire de la commune de Beauvais a donné délégation de fonctions et de signature à M. C A, premier adjoint en charge de la " Ville de demain " en matière d'urbanisme et d'action foncière. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire ne peut qu'être écarté comme manquant en fait.

3. En second lieu, aux termes de l'article R. 423-1 du code de l'urbanisme : " Les demandes de permis de construire () sont adressées par pli recommandé avec demande d'avis de réception ou déposées à la mairie de la commune dans laquelle les travaux sont envisagés : / a) Soit par le ou les propriétaires du ou des terrains, leur mandataire ou par une ou plusieurs personnes attestant être autorisées par eux à exécuter les travaux () ". L'article R. 431-5 de ce code dispose que : " La demande de permis de construire précise : / a) L'identité du ou des demandeurs, qui comprend son numéro SIRET lorsqu'il s'agit d'une personne morale en bénéficiant et sa date de naissance lorsqu'il s'agit d'une personne physique ; () / La demande comporte également l'attestation du ou des demandeurs qu'ils remplissent les conditions définies à l'article R. 423-1 pour déposer une demande de permis ". En outre, l'article A. 424-8 du même code précise, en son dernier alinéa, que : " Le permis est délivré sous réserve du droit des tiers : il vérifie la conformité du projet aux règles et servitudes d'urbanisme. Il ne vérifie pas si le projet respecte les autres réglementations et les règles de droit privé. Toute personne s'estimant lésée par la méconnaissance du droit de propriété ou d'autres dispositions de droit privé peut donc faire valoir ses droits en saisissant les tribunaux civils, même si le permis respecte les règles d'urbanisme ".

4. Il résulte des dispositions des articles R. 423-1 et R. 431-5 du code de l'urbanisme que les demandes de permis de construire doivent seulement comporter l'attestation du pétitionnaire qu'il remplit les conditions définies à l'article R. 423-1. Les autorisations d'utilisation du sol, qui ont pour seul objet de s'assurer de la conformité des travaux qu'elles autorisent avec la législation et la réglementation d'urbanisme, étant accordées sous réserve du droit des tiers, il n'appartient pas à l'autorité compétente de vérifier, dans le cadre de l'instruction d'une demande de permis, la validité de l'attestation établie par le demandeur. Ainsi, sous réserve de la fraude, le pétitionnaire qui fournit l'attestation prévue à l'article R. 423-1 du code de l'urbanisme doit être regardé comme ayant qualité pour présenter sa demande. Il résulte de ce qui précède que les tiers ne sauraient utilement invoquer, pour contester une décision accordant une telle autorisation au vu de l'attestation requise, la circonstance que l'administration n'en aurait pas vérifié l'exactitude.

5. Toutefois, lorsque l'autorité saisie d'une telle demande de permis de construire vient à disposer au moment où elle statue, sans avoir à procéder à une mesure d'instruction lui permettant de les recueillir, d'informations de nature à établir son caractère frauduleux ou faisant apparaître, sans que cela puisse donner lieu à une contestation sérieuse, que le pétitionnaire ne dispose, contrairement à ce qu'implique l'article R. 423-1 du code de l'urbanisme, d'aucun droit à la déposer, il lui revient de refuser la demande de permis pour ce motif. Il en est notamment ainsi lorsque l'autorité saisie de la demande de permis de construire est informée de ce que le juge judiciaire a remis en cause le droit de propriété sur le fondement duquel le pétitionnaire avait présenté sa demande.

6. Enfin, la fraude est caractérisée lorsqu'il ressort des pièces du dossier que le pétitionnaire a eu l'intention de tromper l'administration sur sa qualité pour présenter la demande d'autorisation d'urbanisme.

7. Il ressort des pièces du dossier que la demande de permis de construire en litige a été présentée pour le compte de la SASU LK Promotion, par M. B H, lequel a attesté, en apposant sa signature sous la rubrique n° 8 du formulaire CERFA dédié, avoir qualité pour présenter une telle demande.

8. Si Mmes F, qui produisent un acte de partage établi à leur profit les 16 et 19 septembre 2022, soutiennent être propriétaires de plusieurs parcelles composant l'unité foncière d'emprise du projet, elles ne démontrent pas par cette seule circonstance, au demeurant postérieure à l'édiction de l'arrêté attaqué, que les services instructeurs, à qui il ne revient pas de vérifier la validité de l'attestation établie par la société pétitionnaire, avaient connaissance d'éléments permettant de la remettre en cause ou faisant apparaître que cette dernière ne disposait d'aucun droit pour déposer sa demande. En outre, les requérantes n'apportent pas, par la seule production de deux correspondances entre elles et le notaire ainsi que le gérant de la société pétitionnaire, d'éléments suffisamment précis et circonstanciés de nature à révéler que la SASU LK Promotion se serait intentionnellement livrée à des manœuvres frauduleuses de nature à tromper l'administration sur sa qualité pour présenter la demande d'autorisation d'urbanisme en litige, dont l'appréciation du bien-fondé relève, par ailleurs, du seul juge judiciaire.

9. Dans l'ensemble de ces circonstances, et dès lors qu'ainsi qu'il l'a été dit, l'autorisation d'urbanisme est délivrée sous réserve des droits des tiers, la maire de la commune de Beauvais pouvait, sans méconnaître les dispositions précitées au point 3, délivrer le permis de construire sollicité par la SASU LK Promotion.

10. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée par la SASU LK Promotion, que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mmes F doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

11. D'une part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Beauvais et à la SASU LK Promotion, qui ne sont pas dans la présente instance les parties perdantes, la somme demandée par les requérantes au titre des frais exposés par elles et non compris dans les dépens. Par ailleurs, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions de la commune de Beauvais et de la SASU LK Promotion présentées sur le fondement de ces mêmes dispositions.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mmes F est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Beauvais et la SASU LK Promotion sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme G F, à Mme D F, à la société par actions simplifiée unipersonnelle (SASU) LK Promotion et à la commune de Beauvais.

Délibéré après l'audience du 19 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

- M. Binand, président,

- Mme Beaucourt et Mme E, conseillères.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 octobre 2023.

La rapporteure,

Signé

P. BEAUCOURTLe président,

Signé

C. BINAND

Le greffier,

Signé

N. VERJOT

La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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