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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2300131

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2300131

jeudi 30 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2300131
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantABDELLATIF

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 13 janvier 2023, M. A C, représenté par

Me Abdellatif, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 15 décembre 2022 par lequel le préfet de la Somme a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Somme de lui délivrer un titre de séjour à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le signataire de l'arrêté attaqué était incompétent ;

- il appartenait au préfet de la Somme de saisir de nouveau la commission du titre de séjour dans le cadre du réexamen de sa demande ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'un défaut d'examen sérieux alors que sa demande de titre de séjour était fondée sur l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnait l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile compte-tenu de son insertion en France et des liens personnels et familiaux dont il y dispose notamment ses parents et son frère ;

- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 mars 2023, le préfet de la Somme conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique, le rapport de Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant tunisien, né le 15 septembre 1975, déclare être entré en France le 20 mars 2010. Il a fait l'objet d'un arrêté portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français le 17 juillet 2013. Il a sollicité le 11 juin 2021 son admission au séjour mais a vu cette demande rejetée par un arrêté de la préfète de la Somme du 22 novembre 2021 qui lui faisait également obligation de quitter le territoire français, dont il a obtenu l'annulation par un jugement du tribunal du 17 novembre 2022. Par l'arrêté du 15 décembre 2022 dont M. C demande l'annulation, le préfet de la Somme a réitéré le refus de séjour précédemment opposé, a fait obligation à l'intéressé de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé la Tunisie comme pays où il serait reconduit en cas d'exécution forcée de cette mesure.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, par un arrêté du 23 août 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour, le préfet de la Somme a donné délégation à Mme Myriam Garcia, secrétaire générale de la préfecture et signataire de l'arrêté attaqué, pour signer notamment toutes les décisions et tous les actes de procédure prévus en matière de police des étrangers par le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. /Les modalités d'application du présent article sont définies par décret en Conseil d'Etat. ".

4. Il ressort des pièces du dossier qu'à l'occasion de l'instruction de la demande de titre de séjour présentée par M. C, la commission du titre de séjour a été consultée et a émis un avis défavorable le 27 septembre 2021. Si M. C se prévaut d'une circonstance de fait nouvelle alors qu'il entretiendrait une relation avec une ressortissante française, il se borne à produire un certificat de concubinage effectué auprès des services de la mairie d'Amiens le 2 août 2022 et une attestation de l'intéressée se bornant à énoncer qu'une relation amoureuse serait entretenue depuis janvier 2022 sans autre précision alors qu'aucun autre élément du dossier n'établit la réalité de cette relation. Dès lors, en l'absence de changement établi dans les circonstances de fait et de droit applicables à sa situation, M. C n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait dû procéder à une nouvelle consultation de la commission du titre de séjour dans le cadre du réexamen de sa demande après l'annulation prononcée par le jugement du 17 novembre 2022.

5. En troisième lieu, lorsqu'il est saisi d'une demande de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'une des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet n'est pas tenu, en l'absence de dispositions expresses en ce sens, d'examiner d'office si l'intéressé peut prétendre à une autorisation de séjour sur le fondement d'une autre disposition de ce code, même s'il lui est toujours loisible de le faire à titre gracieux.

6. Il ressort du formulaire de demande de titre de séjour de M. C que celui-ci a uniquement sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir qu'en n'examinant pas sa demande sur le fondement de l'article L. 423-23 du même code, le préfet de la Somme aurait entaché l'arrêté attaqué d'un défaut d'examen sérieux. Pour les mêmes raisons, M. C ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à l'encontre de l'arrêté attaqué alors que le préfet, qui n'était pas saisi d'une demande sur ce fondement, ne l'a pas examiné d'office.

7. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier que les parents et le frère de M. C résident en situation régulière en France. Toutefois, ainsi qu'il a été dit, la réalité d'une relation amoureuse avec une ressortissante française n'est pas établie. M. C est, par ailleurs, sans enfant et ne justifie pas d'une intégration particulièrement intense en France en se bornant à se prévaloir d'une inscription auprès du Secours populaire français. Enfin, s'il réside en France depuis plus de dix ans, après y avoir vécu quelques années durant son enfance, M. C avait 34 ans lors de sa dernière arrivée sur le territoire national et a vécu de nombreuses années en Tunisie. Dans ces conditions, en dépit de la durée de son séjour en France, M. C n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué serait entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête présentée par M. C doit être rejetée, y compris les conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La requête présentée par M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet de la Somme.

Délibéré après l'audience du 16 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Boutou, président,

Mme Pierre, première conseillère,

M. Menet, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mars 2023.

La rapporteure,

Signé

A-L B

Le président,

Signé

B. Boutou

La greffière,

Signé

A. Ribière

La République mande et ordonne au préfet de la Somme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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