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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2300138

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2300138

jeudi 6 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2300138
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJU4
Avocat requérantSCP JALLU-BACLET & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 13 janvier 2023, M. C A, représenté par Me Tourbier, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 12 janvier 2023 par lequel le préfet de la Somme lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination pour sa reconduite à la frontière, et a l'a interdit de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an ;

2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros à verser à son conseil sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

- cette décision est insuffisamment motivée ;

- elle méconnait son droit à être entendu ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

Sur la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire :

- cette décision est insuffisamment motivée en fait ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation compte tenu de l'ancienneté de sa présence en France ;

Sur la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :

- cette décision est insuffisamment motivée faute de faire état de l'appréciation portée sur sa situation au regard des critères prévus par l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La requête a été communiquée au préfet de la Somme qui n'a pas présenté d'observations.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 8 février 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. B pour statuer sur les requêtes relevant des procédures prévues aux articles L. 614-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique :

-le rapport de M. Binand, magistrat désigné.

- et les observations de M. A, assisté de Me Basili.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant guinéen né le 7 octobre 1993, a présenté une demande d'asile qui a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 30 septembre 2016 et par la Cour nationale du droit d'asile le 20 mars 2017. Par cette requête, il demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 12 janvier 2023 par lequel le préfet de la Somme lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé la Guinée ou tout autre pays dans lequel il établirait être légalement admissible pour sa reconduite à la frontière, et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, le préfet de la Somme a indiqué de manière suffisamment précise les motifs de droit et les considérations de fait sur lesquels il s'est fondé pour faire obligation à M. A de quitter le territoire français, tirés notamment de ce que ce dernier se maintient irrégulièrement en France et qu'il entre dans le champ d'application des dispositions du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en raison du rejet définitif de sa demande d'asile. Par suite, le préfet n'a pas entaché cette décision d'un défaut de motivation. Compte tenu du caractère détaillé de la motivation exposée, qui fait état en outre d'éléments de fait propres à M. A, ce dernier n'est pas davantage fondé à soutenir que l'arrêté attaqué a été pris par l'autorité préfectorale sans procéder à l'examen de sa situation.

3. En deuxième lieu, si M. A soutient que l'arrêté a méconnu son droit à être entendu, il ressort des pièces du dossier, et notamment du procès-verbal de son audition dans le cadre de la vérification de son droit de séjour le 11 janvier 2023, que l'intéressé a été en mesure de présenter toutes observations utiles concernant tant sa situation personnelle que la perspective de son éloignement du territoire français. Par suite, le moyen doit être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. ".

5. Il ressort des pièces du dossier et il n'est pas contesté que M. A est entré irrégulièrement en France en 2016, qu'il s'y maintient sans avoir demandé la délivrance d'un titre de séjour après le rejet de sa demande d'asile et qu'il fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sous trente jours notifiée le 30 mai 2017. La seule participation à des activités de bénévolat que M. A fait valoir ne suffit à établir qu'il dispose d'attaches d'une intensité particulière sur le territoire français, alors qu'il est constant qu'il est célibataire et sans enfant à charge et qu'il n'exerce aucune activité professionnelle. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que M. A n'est pas isolé dans son pays d'origine où il a vécu pendant 15 ans et où il conserve des attaches familiales selon ses déclarations effectuées dans le cadre de la vérification de son droit de séjour. Dans ces circonstances, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la Somme a entaché l'arrêté litigieux, en tant qu'il porte obligation de quitter le territoire français, d'erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences que cette mesure emporte sur sa situation.

Sur la décision refusant d'accorder le délai de départ volontaire :

6. En premier lieu, l'arrêté attaqué fait état des considérations de fait pour lesquelles le préfet de la Somme, en se référant aux dispositions du 3° de l'article L. 612-3 et du 4° du 5° et du 8° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a estimé qu'il existe un risque que M. A se soustraie à l'obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet et qui l'ont conduit à refuser d'accorder à ce dernier un délai de départ volontaire pour déférer à cette mesure d'éloignement. Aussi, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté litigieux, en tant qu'il refuse d'accorder un délai de départ volontaire, doit être écarté.

7. En second lieu, dans les circonstances exposées au point 5, et en dépit de la durée de séjour en France dont M. A se prévaut, le préfet de la Somme n'a pas entaché l'arrêté litigieux, en tant qu'il refuse d'accorder un délai de départ volontaire, d'erreur manifeste d'appréciation.

Sur la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :

8. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".

9. Il résulte de ces dispositions que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. La décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs.

10. Il ressort des motifs de l'arrêté attaqué que pour justifier de la décision d'interdire M. A de retour sur le territoire français pour une durée d'un an, le préfet de la Somme s'est fondé sur la durée de présence de l'intéressé et son absence d'attaches sur le territoire français, ainsi que la circonstance que M. A s'est soustrait à une première obligation de quitter le territoire en date du 30 mai 2017. Il a en outre, indiqué que la situation de M. A, telle que décrite, ne faisait apparaître aucune circonstance humanitaire de nature à s'opposer à cette décision. En faisant valoir ces considérations, l'autorité préfectorale a suffisamment motivé sa décision.

11. En second lieu, dans les circonstances de l'espèce exposées au point 5, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision de retour sur le territoire français pour une durée d'un an méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni qu'elle est entachée d'une erreur appréciation.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées, en ce compris celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, au préfet de la Somme et à Me Tourbier.

Rendu public par mise à disposition au greffe de la juridiction le 6 avril 2023.

Le magistrat désigné,

Signé

C. B

Le greffier,

Signé

N. VERJOT

La République mande et ordonne au préfet de la Somme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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