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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2300140

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2300140

mardi 18 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2300140
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantSOUIDI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires complémentaires, enregistrée les 13, 15 janvier et

17 mars 2023, dont le dernier n'a pas été communiqué, M. C A B, représenté par

Me Souidi, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 15 décembre 2022 par lequel le préfet de la Somme a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le Gabon comme pays de destination en cas d'exécution d'office de la mesure ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Somme de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " étudiant " ou, à titre subsidiaire, " vie privée et familiale " ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à son avocat sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente ;

- cet arrêté est insuffisamment motivé en fait ;

- cet arrêté est entaché d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- le refus de délivrance d'un titre de séjour est entaché d'une erreur de droit au regard de l'article 9 la convention franco-gabonaise du 2 décembre 1992 dès lors que le préfet a ajouté des conditions au renouvellement de son titre de séjour ;

- le refus de délivrance d'un titre de séjour méconnaît l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 9 la convention franco-gabonaise du 2 décembre 1992 dès lors notamment que ses études présentent un caractère réel et sérieux ;

- le refus de délivrance d'un titre de séjour méconnaît l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 9 la convention franco-gabonaise du 2 décembre 1992 dès lors qu'il dispose de moyens d'existence suffisants ;

- la décision l'obligeant à quitter le territoire français est illégale en raison de l'illégalité du refus de délivrance d'un titre de séjour qui lui a été opposé ;

- la décision l'obligeant à quitter le territoire français est entachée d'une erreur de fait dès lors que ses deux parents sont décédés ;

- la décision l'obligeant à quitter le territoire français méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation sur sa situation personnelle ;

- l'arrêté attaqué méconnaît le 4 de l'article 6 de la directive 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 octobre 2008 relative aux normes et procédures communes applicables dans les États membres au retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 2 et 15 mars 2023, le préfet de la Somme conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par un courrier du 8 mars 2023, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le tribunal est susceptible de procéder d'office à une substitution de base légale entre l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sur lequel le refus de délivrance d'un titre de séjour portant la mention " étudiant " attaqué est fondé, et l'article 9 de la convention franco-gabonaise relative à la circulation et au séjour des personnes du 2 décembre 1992.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention franco-gabonaise relative à la circulation et au séjour des personnes, signée à Paris du 2 décembre 1992 ;

- la directive 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 octobre 2008 relative aux normes et procédures communes applicables dans les États membres au retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Richard, rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A B, ressortissant gabonais né le 6 mars 1994, est entré sur le territoire français le 6 octobre 2017, sous couvert d'un visa de long séjour. Le 15 novembre 2022, il a déposé une demande de renouvellement de son titre de séjour portant la mention " étudiant " sur le fondement de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 15 décembre 2022 dont l'intéressé demande l'annulation, le préfet de la Somme a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le Gabon comme pays de destination en cas d'exécution d'office de la mesure.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président () ". Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " L'admission provisoire peut être accordée dans une situation d'urgence () / L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ".

3. Il y a lieu, en application des dispositions précitées, d'admettre M. A B au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur la légalité de l'arrêté attaqué :

4. En premier lieu, par un arrêté du 23 août 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour, le préfet de la Somme a donné délégation à Mme Myriam Garcia, secrétaire générale de la préfecture et signataire de l'arrêté attaqué, pour signer notamment toutes les décisions et tous les actes de procédure prévus en matière de police des étrangers par le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

5. En deuxième lieu, le refus de délivrance d'un titre de séjour précise les éléments que le préfet a pris en compte pour considérer que les études de M. A B ne présentaient pas un caractère réel et sérieux. Par ailleurs, la décision obligeant l'intéressé à quitter le territoire français, qui n'avait pas à faire l'objet d'une motivation distincte, précise les éléments de sa situation personnelle et familiale que le préfet a pris en compte pour l'édicter. En outre, en indiquant que M. A B n'établissait pas être exposé à des peines ou des traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour au Gabon, le préfet a également suffisamment motivé sa décision fixant le pays de destination. Enfin, la décision accordant à M. A B le bénéfice d'un délai de départ volontaire de trente jours n'avait pas à faire l'objet d'une motivation distincte en l'absence de demande par l'intéressé d'un délai plus long que celui de droit commun. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation en fait de l'arrêté attaqué doit être écarté.

6. En troisième lieu, il ne ressort ni de la motivation de l'arrêté attaqué ni d'aucune autre pièce du dossier que la situation personnelle de M. A B n'ait été dument prise en compte sans que s'y oppose la circonstance que le préfet, qui n'y était pas tenu, n'ait pas indiqué que M. A B disposait de ressources sur le territoire français. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen de cette dernière doit être écarté.

7. En quatrième lieu, aux termes, d'une part, de l'article 9 de la convention franco-gabonaise du 2 décembre 1992 : " Les ressortissants de chacune des Parties contractantes désireux de poursuivre des études supérieures ou d'effectuer un stage de formation de niveau supérieur sur le territoire de l'autre doivent, outre le visa de long séjour prévu à l'article 4, justifier d'une attestation d'inscription ou de préinscription dans l'établissement d'enseignement où s'effectue le stage, ainsi que, dans tous les cas, de moyens d'existence suffisants () ". Pour l'application de cette stipulation, il appartient à l'administration, saisie d'une demande de renouvellement d'une carte de séjour portant la mention "étudiant", d'apprécier, sous l'entier contrôle du juge, si le demandeur peut être regardé comme poursuivant effectivement ses études. Le renouvellement de ce titre de séjour est ainsi subordonné au caractère réel et sérieux des études poursuivies.

8. Aux termes, d'autre part, du l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an () ". Le renouvellement de ce titre de séjour est notamment subordonné à la justification par son titulaire du caractère réel et sérieux des études qu'il a déclaré accomplir.

9. L'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, portant sur la délivrance des catégories de cartes de séjour temporaires prévues par les dispositions auxquelles il renvoie, n'institue pas une catégorie de titres de séjour distincte, mais est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France en qualité d'étudiant. Dès lors que l'article 9 de la convention franco-gabonaise du 2 décembre 1992 prévoit la délivrance de titres de séjour pour les étrangers ayant la qualité d'étudiant, un ressortissant gabonais souhaitant obtenir un titre de séjour au titre de cette qualité doit être regardé comme relevant des stipulations de la convention précitée.

10. Il s'ensuit que le préfet de la Somme ne pouvait légalement rejeter la demande de délivrance d'un titre de séjour étudiant présentée par M. A B en se fondant sur la circonstance que ce dernier ne remplissait pas les conditions mentionnées par les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, il y a lieu de substituer à cette base légale erronée l'article 9 de la convention franco-gabonaise du 2 décembre 1992 dès lors que cette substitution n'a pas pour effet de priver l'intéressé d'une garantie, que l'administration dispose du même pouvoir d'appréciation dans sa mise en œuvre et que M. A B a été mis à même de présenter ses observations sur la demande de la préfète de la Somme tendant à cette fin.

11. Il résulte de ce qui a été dit au point 7 que M. A B n'est pas fondé à soutenir que le préfet a commis une erreur de droit en considérant que le renouvellement de son titre de séjour portant la mention " étudiant " était subordonné au caractère réel et sérieux de ses études.

12. En cinquième lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 10 que M. A B ne peut utilement se prévaloir, à l'appui de ses conclusions à fin d'annulation de l'arrêté attaqué, du moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

13. En sixième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. A B est entré en France le 6 octobre 2017 afin d'y effectuer des études et s'est inscrit à cette fin dans une préparation au diplôme européen de compétences professionnelles de marketing à l'institut d'études commerciales de Pau, sans obtenir de diplôme. En 2018, il s'est inscrit en première année de licence de d'économie et de gestion dont il a réussi les examens en 2020. Il a ensuite réussi une partie des examens de sa deuxième année de licence d'économie et de gestion en 2021 mais a été ajourné en 2022 tant sur ce qu'il lui restait à valider de sa deuxième année de licence d'économie et de gestion qu'aux examens de troisième année de licence, qu'il continue de préparer durant l'année universitaire 2022-2023. Si M. A B fait état de ce que le premier établissement dans lequel il a été inscrit ne délivrait pas de diplôme reconnu, du décès de son père en 2019 et des difficultés qui ont résulté pour lui de l'épidémie de covid-19, ces circonstances ne sont pas de nature à établir que le préfet aurait méconnu les dispositions précitées de l'article 9 de la convention franco-gabonaise du 2 décembre 1992 en considérant que ses études ne présentaient pas un caractère réel et sérieux.

14. En septième lieu, le préfet n'a pas fondé le refus de délivrance d'un titre de séjour qu'il a opposé à M. A B sur la circonstance que ce dernier ne disposait pas de moyens d'existence suffisants mais sur la seule absence de caractère réel et sérieux des études de l'intéressé, ainsi qu'il pouvait légalement le faire. Dans ces conditions, M. A B n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué méconnaît l'article 9 la convention franco-gabonaise du

2 décembre 1992 dès lors qu'il dispose de moyens d'existence suffisants.

15. En huitième lieu, il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que M. A B n'est pas fondé à soutenir que la décision l'obligeant à quitter le territoire français serait illégale à raison de l'illégalité du refus de délivrance d'un titre de séjour qui lui a été opposé.

16. En neuvième lieu, si le préfet a relevé de manière erronée que ses deux parents résidaient au Gabon alors qu'ils étaient décédés à la date de l'arrêté attaqué, il ressort des pièces du dossier qu'il aurait pris la même décision s'il ne s'était pas fondé sur cette circonstance.

17. En dixième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

18. Si M. A B réside sur le territoire français depuis le 6 octobre 2017 où sa fratrie réside et où il a travaillé en parallèle de ses études en intérim pour des durées conséquentes et à tout le moins depuis 2019, il est célibataire et sans enfant. Par ailleurs, il n'établit pas être dépourvu de toute attache au Gabon, où il a vécu jusqu'à l'âge de vingt-trois ans. Dans ces conditions, le préfet de la Somme n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en prenant l'arrêté attaqué et n'a ainsi pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes raisons, l'arrêté attaqué n'est pas entaché d'une erreur manifeste d'appréciation sur sa situation personnelle.

19. En onzième lieu, aux termes du 4 de l'article 6 de la directive 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 octobre 2008 relative aux normes et procédures communes applicables dans les États membres au retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier : " À tout moment, les États membres peuvent décider d'accorder un titre de séjour autonome ou une autre autorisation conférant un droit de séjour pour des motifs charitables, humanitaires ou autres à un ressortissant d'un pays tiers en séjour irrégulier sur leur territoire. Dans ce cas, aucune décision de retour n'est prise. Si une décision de retour a déjà été prise, elle est annulée ou suspendue pour la durée de validité du titre de séjour ou d'une autre autorisation conférant un droit de séjour ".

20. M. A B ne peut utilement se prévaloir de ses dispositions qui ont été transposées. En tout état de cause, ces dispositions n'imposaient pas au préfet de se prononcer d'office sur l'admission exceptionnelle au séjour de M. A B avant de prendre la décision l'obligeant à quitter le territoire français.

21. Il résulte de tout ce qui précède que M. A B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. En conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. A B est admis au bénéfice provisoire de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. A B est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A B, à Me Souidi et au préfet de la Somme.

Copie en sera transmise au bureau d'aide juridictionnelle, près le tribunal judiciaire d'Amiens.

Délibéré après l'audience du 22 mars 2023, à laquelle siégeaient :

- M. Thérain, président,

- Mme Rondepierre, première conseillère,

- M. Richard, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 avril 2023.

Le rapporteur,

signé

J. Richard

Le président,

signé

S. Thérain

La greffière,

signé

S. Chatellain

La République mande et ordonne au préfet de la Somme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

No 2300140

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