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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2300210

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2300210

mercredi 15 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2300210
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJU3
Avocat requérantSCP DUMOULIN CHARTRELLE ABIVEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 17 janvier 2023, le premier vice-président du tribunal administratif de Lille a, sur le fondement de l'article R. 351-3 du code de justice administratif, renvoyé au tribunal administratif d'Amiens la requête présentée par M. B.

Par cette requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 1er décembre 2022 et le 9 février 2023, M. C B, représenté par Me Chartrelle, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 30 novembre 2022 par lequel la préfète de l'Oise l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé la Côte d'Ivoire comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

3°) d'enjoindre à la préfète de l'Oise de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour sous astreinte de 152,45 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa situation.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est signé par une autorité incompétente ;

- l'obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les dispositions du 5° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- l'interdiction de retour sur le territoire français est illégale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 décembre 2022, la préfète de l'Oise conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

La présidente du tribunal administratif d'Amiens a désigné M. Thérain, vice-président, pour statuer sur les demandes telles que celle faisant l'objet du présent litige.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Thérain, vice-président désigné,

- et les observations de Me Chartrelle représentant M. B, qui conclut aux mêmes fins que ses écritures par les mêmes moyens, en soutenant, en outre, que son ancienne compagne est titulaire d'une carte de résident et qu'elle est présente sur le territoire français avec leur fille.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant ivoirien né le 23 mars 2001, déclare être entré en France en 2017. Il a bénéficié de deux autorisations provisoires de travail valables du 10 octobre 2018 au 22 mars 2019 et du 8 avril 2019 au 7 juillet 2019, puis deux cartes de séjour temporaires valables du 3 avril 2019 au 2 avril 2020 et du 3 avril 2020 au 2 avril 2021. Par un arrêté du 8 novembre 2021, la préfète de l'Oise l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé la Côte d'Ivoire comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure. Le 30 novembre 2022, M. B a été interpellé par les services de police le dans le cadre d'un contrôle d'identité. Par un arrêté du 30 novembre 2022, dont l'intéressé demande l'annulation, la préfète de l'Oise l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé la Côte d'Ivoire comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique :

" Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président () ". Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " L'admission provisoire peut être accordée dans une situation d'urgence () / L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ".

3. Il y a lieu, en application des dispositions précitées, d'admettre M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté attaqué :

4. En premier lieu, par un arrêté du 5 août 2022, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs n° 8 de la préfecture, la préfète de l'Oise a donné délégation à M. D A, sous-préfet hors classe, secrétaire général de la préfecture de l'Oise, à l'effet de signer en toutes matières, tous actes, arrêtés, correspondances, décisions, requêtes et circulaires relevant des attributions de l'Etat dans le département de l'Oise à l'exclusion de certaines mesures limitativement énumérées au nombre desquelles ne figurent pas les actes et décisions concernant le séjour et l'éloignement des étrangers. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté comme manquant en fait.

5. En deuxième lieu, la décision obligeant M. B à quitter le territoire français vise le 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et précise les éléments de sa situation personnelle et familiale que la préfète a pris en compte pour l'édicter. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () 5° L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans () ".

7. Il est constant que M. B est père d'un enfant né le 20 septembre 2020, de son union avec une ressortissante ivoirienne titulaire d'un titre de séjour de laquelle il s'est séparé. L'intéressé ne justifie toutefois pas, au vu du caractère peu circonstancié des attestations et photographies produites au dossier, qu'il procède régulièrement au versement d'une somme à titre de pension alimentaire, ni qu'il contribuerait de manière générale à l'entretien et à l'éducation de sa fille. Dans ces conditions, en obligeant M. B à quitter le territoire français, la préfète de l'Oise n'a pas méconnu les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile citées au point précédent.

8. En quatrième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; / () ". Selon l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

9. Si M. B a été en couple avec une ressortissante ivoirienne titulaire d'un titre de séjour avec laquelle il a eu un enfant, il n'apporte aucune précision quant à l'intensité des liens qu'il entretient avec sa fille et ne démontre pas, ainsi que cela vient d'être dit, qu'il contribue à l'entretien et à l'éducation de celle-ci. Par suite, l'arrêté attaqué n'a pas méconnu les stipulations précitées et n'est pas entaché d'erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle du requérant.

10. En cinquième lieu, l'obligation de quitter le territoire français n'étant pas illégale, M. B n'est pas fondé à soutenir que l'interdiction qui lui est faite de retourner sur le territoire français est illégale en conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.

11. Enfin, si M. B soutient que la mesure prescrivant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, dès lors que cette décision empêchera sa fille de voir son père, ces moyens doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux exposés ci-dessus au point 5.

12. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête de M. B doivent être rejetées, y compris les conclusions aux fins d'injonction.

D E C I D E :

Article 1er : M. B E est admis au bénéfice provisoire de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. B est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à Me Chartrelle et à la préfète de l'Oise.

Copie en sera adressée pour information au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judicaire d'Amiens.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 novembre 2023.

Le vice-président désigné,

signé

S. Thérain

La greffière,

signé

S. Fortier

La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

N°2300210

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