jeudi 12 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2300265 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | MOREAU -NASSAR - HAN-KWAN |
Vu la procédure suivante :
Par un arrêt n°21DA01656 du 24 janvier 2023, la cour administrative d'appel de Douai, saisie d'un appel présenté par l'association One Voice, a annulé l'ordonnance n°1902541 du président de la 1ère chambre du tribunal administratif d'Amiens en date du 11 mai 2021 et a renvoyé l'affaire au tribunal.
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 25 juillet 2019 et 14 janvier 2021, l'association One Voice, représentée par Me Moreau, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 15 mai 2019 de la préfète de la Somme portant régulation du blaireau ;
2°) de mettre à la charge d'Etat la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens.
Elle soutient que :
- l'arrêté est entaché d'un vice de procédure dès lors que la note de présentation mise à la disposition du public n'était pas suffisamment claire et détaillée sur le contexte et les objectifs poursuivis et que la synthèse des propositions et observations du public consulté n'a pas été publiée, en méconnaissance de l'article L.123-19-1 du code de l'environnement ;
- l'arrêté est illégal dès lors qu'il n'est pas démontré que l'avis du public a été pris en considération ni que l'avis de la fédération départementale des chasseurs a été recueilli ;
- l'arrêté attaqué est illégal car il relevait de la compétence du maire en application de l'article L. 2212-2 du code général des collectivités territoriales et le préfet ne pouvait légalement se substituer à ce dernier, faute d'avoir mis en œuvre la procédure prévue à l'article L. 2215-1 du code général des collectivités territoriales ;
- il méconnaît l'article L. 427-6 du code de l'environnement dès lors qu'il prescrit des battues d'une manière générale et permanente, dont la nécessité n'est pas établie, et qu'il donne une véritable délégation de pouvoir aux lieutenants de louveterie ;
- il est entaché d'une erreur d'appréciation au regard de l'article L. 427-6 du code de l'environnement dès lors que le préfet ne démontre pas la nécessité d'organiser les battues.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 23 décembre 2020 et 22 mars 2023, le préfet de la Somme conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par l'association requérante ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'environnement ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Fumagalli, conseiller,
- les conclusions de Mme Guilbaud, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 15 mai 2019, dont l'association One Voice demande l'annulation, la préfète de la Somme a autorisé, à titre dérogatoire, les lieutenants de louveterie à organiser, commander et diriger, dans l'intérêt du public, des battues et des chasses administratives de blaireau par tirs de nuit et piégeage sur l'ensemble du département de la Somme du 22 juin 2019 au 15 septembre 2019 et a fixé le quota de destruction à 1 500 blaireaux.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 427-6 du code de l'environnement : " () chaque fois qu'il est nécessaire, sur l'ordre du représentant de l'Etat dans le département, après avis du directeur départemental de l'agriculture et de la forêt et du président de la fédération départementale ou interdépartementale des chasseurs, des opérations de destruction de spécimens d'espèces non domestiques sont effectuées pour l'un au moins des motifs suivants : () ; 2° Pour prévenir les dommages importants, notamment aux cultures (); 3° Dans l'intérêt de la santé et de la sécurité publiques ; () Ces opérations de destruction peuvent consister en des chasses, des battues générales ou particulières et des opérations de piégeage ()".
3. Pour décider d'autoriser les lieutenants de louveterie à procéder à des battues et chasses administratives au blaireau, la préfète de la Somme s'est fondée sur les dégâts agricoles causés par les blaireaux, et sur les risques pour la sécurité publique dus aux accidents liés à la présence de cette population.
4. D'une part, il ressort des pièces produites en défense, notamment d'une enquête réalisée en 2018 par la fédération départementale des syndicats d'exploitants agricoles (FDSEA) et la fédération des chasseurs de la Somme, à laquelle ont répondu trente-neuf agriculteurs, soit environ 10 % des exploitants agricoles du département, que la présence de blaireaux dans le département engendrerait des dégâts pour les cultures, notamment de blé et de maïs, ainsi que des dégâts matériels. La surface de culture endommagée par le blaireau est estimée sur la base de ces réponses à 13 hectares et 88 ares, soit une moyenne de 36 ares de surface par attestation fournie, pour un préjudice total lié aux pertes de récoltes estimé à 159 990 euros. Par ailleurs, les excavations engendrées par les blaireaux augmenteraient le risque d'affaissement du sol lors des passages des machines agricoles et, par conséquent, l'endommagement du matériel agricole.
5. Toutefois, les données produites en défense par le préfet, qui remontent à 2018 et se limitent à quelques dizaines d'agriculteurs pour l'ensemble du département, ne permettent pas d'établir de manière suffisamment probante l'importance des dégâts aux cultures causés par les blaireaux dans le département de la Somme, alors qu'au demeurant l'identification de l'espèce à l'origine des dégâts ne peut être considérée comme certaine, les dégâts causés par les blaireaux pouvant être confondus avec ceux du sanglier. Il ressort des pièces du dossier et, en particulier des documents fournis par l'association requérante, que le blaireau se nourrit principalement de vers de terre, d'insectes et de petits animaux. Il peut, à titre exceptionnel, puiser dans les cultures de maïs et de blé pour s'alimenter, mais l'impact du blaireau sur les cultures est moins important que celui du sanglier, dont les dégâts sont souvent imputés à tort au blaireau. Par ailleurs, cet impact peut être limité par des techniques alternatives telles que l'emploi de répulsif, ou par l'installation de clôtures électriques. Il ressort également des pièces du dossier que le blaireau est susceptible de jouer un rôle d'auxiliaire pour l'agriculture céréalière en ce qu'il facilite la régénération et la dispersion de certaines graines et en ce qu'il se nourrit d'insectes et de petits rongeurs néfastes aux cultures. Si le blaireau peut être amené à creuser des galeries, notamment, sous des parcelles agricoles, il ressort des documents produits par l'association One Voice que les accidents liés à l'affaissement des sols demeurent très rares et peuvent, en tout état de cause, être évités par le comblement et la condamnation des galeries, ou la création de terriers artificiels, mesures qui s'avèrent plus efficaces que la destruction de la population de blaireaux.
6. D'autre part, s'agissant des risques pour la sécurité publique, il ressort de l'étude précitée de 2018 que le blaireau, qui est un animal essentiellement nocturne, aurait occasionné 12,7% des collisions routières, soit 52 accidents en 2016 dans le département de la Somme, et notamment dans sa partie méridionale. Toutefois, la quantification de tels accidents imputables aux blaireaux n'est pas mesurée avec précision, et le préfet n'établit pas, en se bornant à produire cette seule donnée, assortie de plusieurs articles de journaux, qu'il pouvait se fonder sur ce motif pour autoriser une régulation conduisant à la destruction de 1500 blaireaux.
7. Enfin, la préfète de la Somme s'est également fondée, pour prendre l'arrêté attaqué, sur la circonstance que la population de blaireau s'accroît de manière significative dans le département, et elle précise que la population des blaireaux aurait augmenté l'ordre de 450% entre 1983 et 2013. Toutefois ces données, qui sont issues du dossier établi par la FDSEA et la fédération départementale des chasseurs de la Somme, sont fondées uniquement sur le recensement du nombre de terriers. Or, d'une part, une publication conjointe de l'Office national de la chasse et de la faune sauvage et des fédérations régionales des chasseurs de Franche-Comté et de Bourgogne de 2007, citée par l'association requérante, fait état des biais importants liés à cette méthode. D'autre part, le dossier de la FDSEA et de la fédération départementale des chasseurs montre que le nombre de prélèvements de blaireaux dans la Somme est resté relativement stable depuis 2010, et ce malgré une légère augmentation en 2018, et il ressort des pièces du dossier que l'indice de densité des blaireaux reste faible pour la Somme, et moins élevée que dans d'autres départements et que la population se caractérise par une croissance démographique faible et qu'elle s'équilibre naturellement en raison, notamment, du fort taux de mortalité infantile caractérisant cette espèce et qui compense 50% de sa croissance naturelle. Par suite, la préfète n'établit pas que le blaireau serait en surpopulation dans le département de la Somme. En tout état de cause, un tel motif n'est pas au nombre de ceux prévus par les dispositions de l'article L. 427-6 du code de l'environnement, susceptible de fonder la décision attaquée.
8. Dans ces conditions, et compte tenu des mesures de régulation existantes d'ores et déjà tout au long de l'année, la préfète de la Somme a, en prenant l'arrêté attaqué, fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 427-6 du code de l'environnement.
9. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que l'association One Voice est fondée à demander l'annulation de l'arrêté de la préfète de la Somme du 15 mai 2019.
Sur les dépens :
10. L'instance n'ayant pas donné lieu à des dépens, les conclusions en ce sens présentées par l'association One Voice ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par l'association One Voice et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté de la préfète de la Somme du 15 mai 2019 est annulé.
Article 2 : L'Etat versera à l'association One Voice une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de l'association One Voice est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à l'association One Voice et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.
Copie en sera adressée au préfet de la Somme.
Délibéré après l'audience du 28 septembre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Galle, présidente,
M. Richard, premier conseiller,
M. Fumagalli, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 octobre 2023.
La présidente,
Signé
C. Galle
Le rapporteur,
Signé
E. Fumagalli Le greffier,
Signé
J.-F. Langlois
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2300265
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026