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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2300318

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2300318

jeudi 11 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2300318
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantQUENNEHEN-TOURBIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 31 janvier 2023, M. A B, représenté par

Me Tourbier, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 4 janvier 2023 par lequel la préfète de l'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé la Tunisie comme pays de destination ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Oise de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié ", dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur les décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français :

- ces décisions sont insuffisamment motivées en fait ;

- elles sont entachées d'une erreur de droit dès lors que le préfet n'a pas mis en œuvre son pouvoir général de régularisation ;

- elles sont entachées d'un erreur manifeste d'appréciation ;

- elles méconnaissent l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur la décision fixant le délai de départ volontaire :

- la décision est insuffisamment motivée .

La requête a été communiquée à la préfète de l'Oise qui n'a pas produit d'observations.

Par lettre du 11 avril 2023, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le tribunal envisage de substituer aux dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le pouvoir général de régularisation appartenant au préfet.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 modifié ;

- l'accord cadre du 28 avril 2008 relatif à la gestion concertée des migrations et au développement solidaire entre le gouvernement de la République Française et le gouvernement de la République Tunisienne ;

- le protocole du 28 avril 2008 relatif à la gestion concertée des migrations entre le gouvernement de la République Française et le gouvernement de la République Tunisienne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Pellerin, rapporteure,

- et les observations de Me Delort, substituant Me Tourbier, et représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant tunisien né le 26 juin 1993, déclare être entré en France le 1er mai 2018. Il a sollicité, le 15 février 2022, son admission exceptionnelle au séjour au titre d'une activité salariée sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 4 janvier 2023, dont il demande l'annulation, la préfète de l'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé la Tunisie comme pays de destination.

Sur les décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, la décision portant refus de titre de séjour vise les textes dont elle fait application, notamment l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui fonde la demande de titre de séjour. La décision attaquée rappelle les principaux éléments relatifs à la situation personnelle et administrative de M. B. Elle indique notamment que l'intéressé est célibataire, sans enfant à charge et qu'il ne justifie pas être dépourvu d'attaches en Tunisie. La décision attaquée fait également état de ce que l'intéressé fait valoir une demande d'autorisation de travail sur un poste d'employé polyvalent de restauration rapide, mais qu'il ne démontre pas que l'emploi au titre duquel il sollicite l'autorisation de travailler le placerait dans une situation exceptionnelle, ni ne justifie d'un motif exceptionnel pour exercer cet emploi spécialement en France alors qu'il pourrait également travailler dans son pays d'origine. La décision, qui n'est pas rédigée de façon stéréotypée et qui n'est pas tenue d'énumérer l'ensemble des éléments de la situation du requérant, comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. La décision de refus de titre de séjour étant suffisamment motivée, la décision d'obligation de quitter le territoire français n'avait pas à faire l'objet d'une motivation distincte, par application des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation des décisions attaquées manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, d'une part, aux termes de l'article 11 de l'accord franco-tunisien du 17 juin 1988 en matière de séjour et de travail : " Les dispositions du présent accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux Etats sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'accord. / Chaque Etat délivre notamment aux ressortissants de l'autre Etat tous titres de séjour autres que ceux visés au présent accord, dans les conditions prévues par sa législation ". L'article 3 de la même convention stipule que : " Les ressortissants tunisiens désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent accord, reçoivent après contrôle médical et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable et portant la mention "salarié" ". Le protocole relatif à la gestion concertée des migrations entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République tunisienne, signé le 28 avril 2008, stipule, à son point 2.3.3, que : " le titre de séjour portant la mention "salarié", prévu par le premier alinéa de l'article 3 de l'accord du 17 mars 1988 modifié est délivré à un ressortissant tunisien en vue de l'exercice, sur l'ensemble du territoire français, de l'un des métiers énumérés sur la liste figurant à l'annexe I du présent protocole, sur présentation d'un contrat de travail visé par l'autorité française compétente sans que soit prise en compte la situation de l'emploi () ".

4. D'autre part, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".

5. Portant sur la délivrance des catégories de cartes de séjour temporaire prévues par les dispositions auxquelles il renvoie, cet article n'institue pas une catégorie de titres de séjour distincte mais est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France soit au titre de la vie privée et familiale, soit au titre d'une activité salariée. Il fixe ainsi, notamment, les conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France au titre d'une activité salariée. Dès lors que l'article 3 de l'accord

franco-tunisien prévoit la délivrance de titres de séjour au titre d'une activité salariée, un ressortissant tunisien souhaitant obtenir un titre de séjour au titre d'une telle activité ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 435-1 du code, à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national, s'agissant d'un point déjà traité par l'accord franco-tunisien, au sens de l'article 11 de cet accord.

6. Toutefois, si l'accord franco-tunisien ne prévoit pas, pour sa part, de semblables modalités d'admission exceptionnelle au séjour, il y a lieu d'observer que ses stipulations n'interdisent pas au préfet de délivrer un titre de séjour à un ressortissant tunisien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit. Il appartient au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, en fonction de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.

7. Il s'ensuit que la préfète de l'Oise ne pouvait légalement rejeter la demande d'admission exceptionnelle au séjour en qualité de salarié présentée par M. B en se fondant sur la circonstance que ce dernier ne remplissait pas les conditions mentionnées par les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il y a lieu, dès lors, de substituer à cette base légale erronée celle tirée du pouvoir dont dispose le préfet de régulariser ou non la situation d'un étranger dès lors que cette substitution de base légale n'a pour effet de priver l'intéressé d'aucune garantie, que l'administration dispose du même pouvoir d'appréciation dans sa mise en œuvre et que les parties ont été mises à même de présenter leurs observations sur ce point.

8. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué que la préfète de l'Oise a procédé à l'examen de l'opportunité d'une mesure de régularisation de la situation de M. B. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

9. En troisième lieu, si M. B justifie avoir été employé en tant que livreur par la société Faiza du 16 janvier au 31 juillet 2019, puis avoir été recruté en tant qu'employé polyvalent dans une entreprise de restauration rapide à compter du 2 mars 2020, dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée, cette seule circonstance ne suffit pas, eu égard à la nature de cet emploi et à sa durée, à justifier d'une circonstance exceptionnelle et ce, alors même que son employeur rencontrerait des difficultés de recrutement et que M. B a obtenu notamment, en juin 2014, un certificat d'aptitude professionnelle en Tunisie pour la spécialité " Agent de Restaurant et Bar ". En outre, à supposer que la préfète de l'Oise se soit fondée à tort sur la circonstance que M. B ne pouvait ignorer que son employeur était connu des services de la police et de la gendarmerie pour des faits d'emploi d'étranger non muni d'une autorisation de travail salarié et de travail clandestin, elle aurait pris la même décision si elle s'était fondée sur le seul motif tiré de la nature de l'emploi occupé. De plus, M. B célibataire et sans enfant, n'établit pas le caractère indispensable de sa présence au côté de ses deux cousins. Enfin, les circonstances que M. B soit présent depuis 2018 sur le territoire français, qu'il y travaille et qu'il dispose d'un logement depuis le 1er mars 2020 ne permettent pas d'établir que l'autorité préfectorale a entaché sa décision de refus de titre de séjour d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'appréciation de sa situation.

10. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

11. Ainsi qu'il a été dit au point 9, M. B, qui est célibataire et sans enfant, n'établit pas le caractère indispensable de sa présence au côté de ses deux cousins. Il n'établit pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la préfète de l'Oise a méconnu les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur la décision fixant le délai de départ volontaire :

12. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. Elle peut prolonger le délai accordé pour une durée appropriée s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. L'étranger est informé par écrit de cette prolongation ".

13. Il ressort des dispositions de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que l'autorité administrative n'est pas tenue de motiver sa décision fixant le délai de départ volontaire lorsqu'elle accorde, comme en l'espèce, un délai de trente jours. Au demeurant, l'arrêté attaqué indique que les pièces du dossier de M. B ne révélaient pas le caractère inadapté à sa situation du délai de départ volontaire de trente jours et que l'intéressé n'avait pas demandé à bénéficier d'un délai de départ supplémentaire. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision attaquée doit être écarté.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fins d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète de l'Oise.

Délibéré après l'audience du 20 avril 2023 à laquelle siégeaient :

Mme Galle, présidente,

Mme Pellerin, première conseillère,

Mme Bazin, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 11 mai 2023.

La rapporteure,

Signé

C. PellerinLa présidente,

Signé

C. Galle

Le greffier,

Signé

J.F. Langlois

La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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