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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2300326

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2300326

jeudi 13 février 2025

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2300326
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantPAPPO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 1er février 2023, M. B A, représenté par Me Pappo, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 16 novembre 2022 par laquelle la commission de discipline du Conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS) a prononcé à son encontre un interdiction temporaire d'exercice de toute activité privée de sécurité pour une durée de trois mois et une pénalité financière de 15 000 euros ;

2°) d'enjoindre à la commission de discipline de revoir la sanction prononcée " à de plus justes proportions " ;

3°) de mettre à la charge du CNAPS la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- sa requête est recevable ;

- le caractère régulier de la composition de la commission de discipline n'est pas établi, en méconnaissance de l'article R. 634-9 du code de la sécurité intérieure ;

- la sanction est disproportionnée ;

- elle repose sur trois manquements qui ont été régularisés par ses soins ;

- ses ressources ne lui permettent pas de faire face aux conséquences financières de la sanction.

La requête a été communiquée au CNAPS qui, mis en demeure à cette fin le 19 juin 2024, n'a pas produit de mémoire.

Par une ordonnance du 5 septembre 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 30 septembre 2024.

Par un courrier du 7 novembre 2024, le CNAPS a été invité, en application de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative, à produire des éléments ou des pièces en vue de compléter l'instruction.

Le CNAPS a produit un mémoire le 24 janvier 2025 qui n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de la sécurité intérieure ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Fumagalli, conseiller,

- les conclusions de M. Liénard, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. A est le président de la société HOTESECURITE qui fournit des prestations de services liées à la surveillance humaine et électronique. Cette société a fait l'objet d'un contrôle réalisé le 10 janvier 2022 par les services du Conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS) et qui a donné lieu à un rapport le 4 mars 2022. Saisie par le directeur du CNAPS, la commission de discipline a, par une décision du 16 novembre 2022, prononcé à l'encontre de M. A une interdiction temporaire d'exercice de toute activité privée de sécurité pour une durée de trois mois et une pénalité financière de 15 000 euros. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de cette décision.

2. En premier lieu, aux termes de l'article R 634-9 du code de la sécurité intérieure, dans sa version applicable au litige : " La commission de discipline comprend : 1° Un membre de la juridiction administrative, désigné par le vice-président du Conseil d'Etat, président ; 2° Un magistrat de l'ordre judiciaire, désigné par le procureur général près la Cour de cassation ; 3° Trois représentants de l'Etat ; a) Le directeur général de la police nationale ; b) Le directeur général de la gendarmerie nationale ; c) Le directeur général du travail au ministère chargé du travail. ".

3. En l'espèce, la décision de la commission de discipline a été signée par son président dont les nom et prénom, ainsi que la qualité et les fonctions sont précisées. Cette décision mentionne également les qualités des autres membres ayant siégé au sein de cette instance. La seule circonstance qu'elle ne mentionne pas le nom de ses membres n'est pas de nature à elle seule à établir que la formation aurait siégé selon une composition irrégulière. Ce moyen doit donc être écarté.

4. En deuxième lieu, pour prononcer la décision litigieuse à l'encontre de M. A, le CNAPS a retenu que la société HOTESECURITE ne l'avait pas informé du transfert de son siège social dans le délai d'un mois prévu par la loi, que deux agents avaient exercé des fonctions d'agent de sécurité pour son compte en dépit de l'expiration de leur carte professionnelle et que la plaquette publicitaire de la société proposait des prestations de protection de l'intégrité physique des personnes alors qu'aucun agent de la société n'était détenteur d'une carte l'autorisant à exercer une telle activité.

5. De première part, aux termes de l'article R. 612-5 du code de la sécurité intérieure, dans sa rédaction applicable aux faits de l'espèce : " Lorsque l'activité mentionnée à l'article L. 611-1 doit être exercée par une personne physique mentionnée au 1° de l'article L. 612-1, la demande d'autorisation prévue à l'article L. 612-9 est faite, sauf pour l'activité mentionnée au 4° du même article L. 611-1, auprès de la commission locale d'agrément et de contrôle dans le ressort de laquelle cette personne est immatriculée au registre du commerce et des sociétés. Lorsque l'activité doit être exercée par une personne morale mentionnée au 1° de l'article L. 612-1, la demande est présentée par le dirigeant ayant le pouvoir d'engager cette personne et déposée, sauf pour l'activité mentionnée au 4° de l'article L. 611-1, auprès de la commission locale d'agrément et de contrôle dans le ressort de laquelle celle-ci a son établissement principal ou secondaire. La demande mentionne le numéro d'immatriculation au registre du commerce et des sociétés. Pour une personne physique, elle indique l'adresse de celle-ci. Pour une personne morale, elle comporte la dénomination, l'adresse du siège social et, s'ils sont distincts, de l'établissement principal et de l'établissement secondaire, les statuts, la liste nominative des fondateurs, administrateurs, directeurs ou gérants ainsi que la répartition du capital social et les participations financières détenues dans d'autres sociétés. ". Aux termes de l'article R. 612-10-1 du même code, dans sa rédaction applicable aux faits de l'espèce : "Toute modification, suppression ou adjonction affectant l'un des renseignements mentionnés aux articles R. 612-5 à R. 612-7 ainsi que tout changement substantiel dans la répartition du capital de la personne morale font l'objet d'une déclaration dans un délai d'un mois auprès de la commission locale d'agrément et de contrôle.".

6. Il résulte de l'instruction que la société, dont M. A est le président, a changé de siège social le 1er février 2021. Il ne résulte d'aucune pièce que le requérant aurait informé l'administration de ce changement dans le délai d'un mois prescrit par les dispositions citées au point précédent. Si M. A allègue avoir adressé un courrier en ce sens que le CNAPS n'a pas reçu, il ne l'établit aucunement. Dans ces conditions, le grief retenu par le CNAPS doit être regardé comme établi.

7. De deuxième part, aux termes de l'article R. 631-15, dans sa rédaction applicable aux faits de l'espèce : " Vérification de la capacité d'exercer. Les entreprises et leurs dirigeants s'interdisent d'employer ou de commander, même pour une courte durée, des personnels de sécurité et de recherches ne satisfaisant pas aux conditions de qualification professionnelle ou ne possédant pas les autorisations valides requises pour exercer leurs missions. Ils s'assurent de l'adéquation des compétences aux missions confiées. "

8. Il résulte du rapport de contrôle réalisé par les services du CNAPS en date du 4 mars 2022 que la société HOTESECURITE a signé sept contrats avec M. D en tant qu'agent de sécurité entre le 1er février 2021 et le 1er décembre 2021. Or ce dernier était titulaire d'une carte professionnelle valable jusqu'au 27 juillet 2020, prorogée jusqu'au 27 janvier 2021 et renouvelée seulement à compter du 17 janvier 2022. Par conséquent, cet agent a travaillé pour le compte de la société sans être titulaire de l'autorisation requise à compter de février 2021 et jusqu'à la fin de l'année civile. Par ailleurs, il résulte de l'instruction qu'à la date du contrôle, la société HOTESECURITE comptait parmi ses agents privés de sécurité M. C depuis le 2 mai 2019, alors que sa carte professionnelle n'avait pas été renouvelée après le 2 juin 2021. Le CNAPS pouvait donc considérer à juste titre que M. A avait également méconnu les dispositions de l'article R. 621-15 du code de la sécurité intérieure en faisant travailler M. C sans carte professionnelle, alors qu'il incombait au requérant de s'assurer du respect de cette obligation par son employé. Ainsi, le deuxième grief retenu par l'autorité administrative doit être tenu pour établi.

9. De troisième part, aux termes de l'article R. 631-18 du code de la sécurité intérieure, dans sa rédaction applicable aux faits de l'espèce : " Honnêteté des démarches commerciales. Les entreprises et leurs dirigeants s'interdisent toute prospection de clientèle à l'aide de procédés ou de moyens allant à l'encontre de la dignité de la profession et susceptibles de porter atteinte à son image. Ils s'interdisent de faire naître toute ambiguïté sur la nature des activités proposées, notamment au regard du principe d'exclusivité défini à l'article L. 612-2 qui interdit aux acteurs de la sécurité privée toute activité non connexe à la mission de sécurité privée ainsi que le cumul de certaines activités privées de sécurité. Ils informent, préalablement à la signature de tout contrat de prestation ou de mandat, leurs donneurs d'ordre, clients ou mandants de l'impossibilité légale d'utiliser les agents affectés à l'exécution de ladite prestation pour effectuer, même partiellement, d'autres tâches que celles prévues par le contrat. "

10. A l'occasion du contrôle réalisé par les services du CNAPS, M. A a produit, au titre de la plaquette publicitaire de sa société, un document faisant état d'une prestation de sécurité rapprochée en plus des missions de surveillance et de gardiennage. Or il est constant qu'une telle prestation de service n'est pas assurée par la société HOTESECURITE. Si M. A soutient que ce document n'est plus utilisé par sa société depuis 2017, cette allégation n'est cependant pas établie, alors qu'il résulte au contraire du rapport du CNAPS que l'intéressé " s'engage à refaire sa plaquette publicitaire ", cette mention datant du 4 mars 2022. Par suite, l'administration pouvait légalement retenir que le requérant avait commis une faute au regard des obligations qui lui incombaient en application des dispositions de l'article R. 631-8 du code de la sécurité intérieure. Dès lors, le troisième grief imputé à M. A doit être considéré comme établi.

11. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 634-7 du code de la sécurité intérieure, dans sa rédaction issue de l'ordonnance du 30 mars 2022 relative aux modalités d'organisation, de fonctionnement et d'exercice des missions du Conseil national des activités privées de sécurité : " Tout manquement aux lois, règlements et obligations professionnelles et déontologiques applicables aux activités privées de sécurité peut donner lieu à sanction disciplinaire. Le Conseil national des activités privées de sécurité ne peut être saisi de faits remontant à plus de trois ans s'il n'a été fait aucun acte tendant à leur recherche, leur constatation ou leur sanction. ". Aux termes de l'article L. 634-9 du même code, dans sa rédaction issue de l'ordonnance précitée : " Les sanctions disciplinaires applicables aux personnes physiques et morales exerçant les activités définies aux titres Ier, II et II bis du présent livre sont, en fonction de la gravité des faits reprochés, l'avertissement, le blâme et l'interdiction d'exercice de l'activité privée de sécurité ou de l'activité mentionnée à l'article L. 625-1 à titre temporaire pour une durée qui ne peut excéder sept ans. Ces sanctions peuvent être assorties de pénalités financières dont le montant est fonction de la gravité du ou des manquements commis et, le cas échéant, des avantages tirés du ou des manquements, sans pouvoir excéder 150 000 euros pour les personnes morales et les personnes physiques non salariées et 7 500 euros pour les personnes physiques salariées ". Aux termes de l'article L. 634-12 du code de la sécurité intérieure, dans sa rédaction issue de l'ordonnance précitée : " Saisie en application du second alinéa de l'article L. 634-10 ou de l'article L. 634-11, la commission de discipline prononce les sanctions mentionnées à l'article L. 634-9 assorties, le cas échéant, de pénalités financières. ".

12. A l'appui de son moyen, le requérant se borne à se prévaloir notamment de l'absence d'antécédents disciplinaires et de la situation financière difficile due à la pandémie de la covid 19. Toutefois, le requérant ne peut utilement se prévaloir des conséquences financières de la décision litigieuse sur les résultats de son entreprise. Par ailleurs, si les fautes disciplinaires mentionnées aux points 4 à 10 présentent des degrés de gravité inégaux, ces faits traduisent en revanche un manque de rigueur de la société HOTESECURITE dans le respect des lois et règlements applicables aux activités de sécurité privées. M. A ne justifie pas des dispositions qu'il aurait prises, en sa qualité de président de la société, pour s'assurer du respect de ces dispositions au sein de ses services. Dans ces conditions, l'interdiction temporaire d'une durée de trois mois, alors que la loi prévoit un maximum de sept années, et la pénalité financière de 15 000 euros, eu égard à un plafond du quantum de 150 000 euros prévu par la loi, ne sont pas disproportionnées. Ce moyen doit donc être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et celles au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au Conseil national des activités privées de sécurité.

Délibéré après l'audience du 30 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

M. Lebdiri, président,

M. Richard, premier conseiller,

M. Fumagalli, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 février 2025.

Le président,

signé

S. Lebdiri

Le rapporteur,

signé

E. Fumagalli La greffière,

signé

Z. Aguentil

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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