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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2300335

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2300335

jeudi 11 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2300335
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSCP CARON - DAQUO - AMOUEL - PEREIRA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 2 février 2023, Mme A B, représentée par Me Pereira, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 17 janvier 2023 par lequel le préfet de la Somme a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de sa reconduite à la frontière ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Somme de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 3 paragraphe 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa situation familiale et personnelle, ainsi que sur celle de ses enfants.

Par un mémoire en défense enregistré le 10 mars 2023, le préfet de la Somme conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par une décision du 8 février 2023, Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bazin, rapporteure,

- et les observations de Me Pereira, représentant Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante géorgienne née le 10 juillet 1981, est entrée sur le territoire français le 9 novembre 2016, selon ses déclarations, démunie de visa, pour y solliciter l'asile le 18 novembre 2016. Sa demande a été rejetée par une décision du 18 janvier 2017 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), confirmée par une décision du 19 octobre 2018 de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA). Sa demande de réexamen de sa demande d'asile présentée le 5 avril 2019 a été rejetée par une décision du 18 avril 2019 de l'OFPRA confirmée par une décision du 2 août 2019 de la CNDA. Le 21 juin 2019, Mme B a fait l'objet d'un arrêté portant obligation de quitter le territoire français, dont la légalité a été confirmée par un jugement du 8 août 2019 du tribunal administratif d'Amiens. Le 24 novembre 2022, elle a sollicité son admission au séjour en raison de ses liens personnels et familiaux en France. Par un arrêté du 17 janvier 2023, dont Mme B demande l'annulation, le préfet de la Somme a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de sa reconduite à la frontière.

2. Aux termes de l'article 3, paragraphe 1, de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

3. Mme B fait valoir qu'elle réside à Amiens, avec ses trois enfants nés en France les 21 décembre 2016, 4 mars 2018 et 20 décembre 2018, chez sa sœur titulaire d'un titre de séjour pluriannuel, que ses enfants sont scolarisés en France et ont tissé des liens avec leurs cousins, et que son frère, titulaire d'une carte de résident, réside également à Amiens. Par ailleurs, la requérante ajoute qu'elle craint pour sa vie et sa liberté, ainsi que pour celles de ses enfants en cas de retour en Géorgie, en raison de leurs origines yezides, dès lors, s'agissant de ses enfants, qu'ils risquent d'être discriminés durant leur scolarité et leur vie socio-professionnelle. Toutefois, d'une part, la requérante ne justifie de ses dernières allégations, notamment de l'origine yezide de ses enfants, par aucune pièce produite au dossier, alors, au demeurant, que sa demande d'asile a été rejetée par une première décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 18 janvier 2017, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 19 octobre 2018, puis par une seconde décision de l'OFPRA du 18 avril 2019 confirmée par une décision de la CNDA du 2 août 2019. D'autre part, Mme B ne justifie ni de la nécessité de sa présence en France aux côtés de sa sœur ou de son frère y résidant, ni de ce que ses enfants ne seraient pas en mesure de poursuivre une scolarité normale dans le pays dont ils ont la nationalité. En outre, la requérante, qui indique être sans emploi et sans ressources, a fait l'objet d'une précédente mesure portant obligation de quitter le territoire du 21 juin 2019 à laquelle elle n'a pas déféré et ne justifie pas être dépourvue de toute attache dans son pays d'origine où elle a vécu jusqu'à l'âge de trente-cinq ans. Dans ces conditions, Mme B n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté attaqué méconnaît les stipulations de l'article 3, paragraphe 1, de la convention internationale relative aux droits de l'enfant. Elle n'est pas davantage fondée à soutenir, pour les mêmes motifs, que l'arrêté attaqué méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ou qu'il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de cet arrêté sur sa situation familiale et personnelle ou sur celle de ses enfants. Par suite, ces moyens doivent être écartés.

4. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de Mme B tendant à l'annulation de l'arrêté du 17 janvier 2023 doivent être rejetées. Par voie de conséquence, il y a également lieu de rejeter ses conclusions présentées à fin d'injonction.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet de la Somme.

Délibéré après l'audience du 20 avril 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Galle, présidente,

Mme Pellerin, première conseillère,

Mme Bazin, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 mai 2023.

La rapporteure,

Signé

L. Bazin

La présidente,

Signé

C. GalleLe greffier,

Signé

J.-F. Langlois

La République mande et ordonne au préfet de la Somme en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

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